Citiz Créé en 2002, le réseau Citiz s’est donné pour mission de promouvoir l’autopartage à l’échelle régionale dans l’Hexagone. Avec 15 adhérents aujourd’hui et une croissance annuelle de l’ordre de 20 %, le réseau innove en développant de nouveaux concepts comme le freeflotting. Rencontre et explications avec Jean-Baptiste Schmider, son directeur général.
Si le concept d’autopartage est clairement à la mode, Citiz n’a pas attendu qu’il soit sur toutes les lèvres pour en faire la promotion. Partant des expériences qui s’installent durablement au début des années 2000, notamment à Strasbourg, Marseille ou Lyon, l’idée de mutualiser investissements et expériences fait son chemin, pour aboutir en 2002 à la création d’un réseau coopératif. « Notre objectif est simple, il s’agit pour nous d’organiser la mutualisation du savoir-faire et des outils techniques nécessaires à la gestion d’un service d’autopartage, explique Jean-Baptiste Schmider, directeur de Citiz Alsace et directeur général du réseau. Par ailleurs, nous visions aussi l’interopérabilité des systèmes entre nos différents adhérents, afin que nos abonnés puissent utiliser le service sur l’ensemble des villes concernées. »
Pour répondre à ce cahier des charges précis en termes de mutualisation, Citiz a donc passé des accords avec les constructeurs automobiles et les assureurs – sans aller toutefois jusqu’à la création d’une véritable centrale d’achat –, tout en laissant une grande liberté d’action aux dirigeants des services adhérents. Dans la même optique, le système informatique a été « unifié » en 2011 pour que l’ensemble des services du réseau fonctionne avec le même. Un atout de première importance lorsqu’il s’agit d’intégrer l’offre d’autopartage dans un champ intermodal ou multimodal et de négocier avec les réseaux urbains ou interurbains des propositions tarifaires ad hoc. « Pour illustrer ce travail d’intégration que nous menons, disons que nous avons par exemple signé des accords tarifaires avec les TER en Alsace et Rhône-Alpes. Nous sommes clairement un des acteurs de la mobilité », précise Jean-Baptiste Schmider.
La philosophie générale du réseau est assez claire quant à la volonté affirmée de tous les adhérents de développer l’autopartage aux fins de lutter contre le réchauffement climatique (à travers la démotorisation des particuliers), de gagner de l’espace urbain grâce à la mutualisation de l’usage des véhicules et de favoriser le report modal vers les transports collectifs. Au-delà, Citiz se fait aussi l’apôtre de la coopération entre ses membres, notamment à travers le partage permanent des bonnes pratiques, le respect des zones géographiques de chacun et une certaine forme de transparence financière. Pragmatisme encore dans le modèle économique choisi, puisque l’usage, la simplicité et la notion de service doivent toujours primer sur la technologie. « Ces différents choix, ainsi que l’expérience accumulée au fil du temps par l’ensemble des adhérents, nous permettent aujourd’hui de nous prévaloir d’un modèle économique pérenne et transposable dans la plupart des villes de plus de 100 000 habitants, note ainsi Jean-Baptiste Schmider. C’est ce que nous voulons mettre en lumière dans le cadre de nos prochaines Rencontres. »
L’autre piste d’évolution que les dirigeants de Citiz souhaitent mettre en exergue est sans conteste l’offre Yea! développée à Strasbourg (voir encadré) et qui consacre le principe du freeflotting. Un système d’autopartage en libre-service et sans réservation, visiblement en phase avec le phénomène sociétal que beaucoup résument en uberisation de la société.
En ces temps de disette financière pour les collectivités, Citiz se veut aussi apporteur de solutions économiques. Il en va par exemple du principe de l’autopartage appliqué directement aux flottes des collectivités. « Nous avons testé le concept de l’autopartage pour la flotte de l’agglomération de Dijon, illustre Jean-Baptiste Schmider. Et le résultat a visiblement séduit, car sans nuire au bon fonctionnement de cette administration, nous pouvons dire aujourd’hui qu’elle a réduit son parc d’environ 30 %. Une économie loin d’être négligeable pour le budget des villes moyennes. »
L’expérience Citiz est-elle compatible avec la mode des véhicules électriques qui semble s’être abattue sur l’Hexagone?
La question se pose en tout cas avec acuité à un réseau qui cherche précisément aujourd’hui de nouveaux axes de développements. « Face au défi électrique, il est clair que notre modèle économique thermique peine à s’adapter. Avec l’électrique, le temps de charge diminue la disponibilité des véhicules, les voitures sont aussi purement urbaines, ce qui pénalise le concept en termes d’usage. Enfin, nous considérons aujourd’hui que les bornes de rechargement, comme les batteries, manquent encore de fiabilité », reconnaît Jean-Baptiste Schmider. Pour autant, des expériences ont bien été menées par quelques adhérents, notamment à Marseille où Totem a travaillé en collaboration avec Toyota, et certains services sont bel et bien électriques. « À vrai dire, un service d’autopartage purement électrique est bien exploité par un de nos adhérents à Niort, continue le directeur général, mais nous ne sommes là-bas que des exploitants contractualisés dans le cadre d’un marché public. »
Traduisez: le surcoût lié à l’usage du mode électrique est supporté par la collectivité.
Enfin, si l’autopartage est désormais bien intégré en tant que composante de l’offre de mobilité urbaine, la question se pose de son utilité – et de son développement – en zone rurale. Sans solutions clé en main à ce jour, Citiz mène toutefois une réflexion sur le sujet. « Le problème est complexe, concède Jean-Baptiste Schmider. Il est possible que certaines petites communes puissent mettre à disposition de leurs administrés un ou deux véhicules, mais il faudrait pour en avoir le cœur net que des études puissent être menées sur l’intérêt réel d’une telle offre. D’un autre côté, il sera peut-être aussi possible d’imaginer un système d’autopartage que je qualifierais de low cost en s’appuyant sur les voitures de certains particuliers. Les réflexions sont en cours. »
Une conclusion qui détermine sans doute les limites de l’autopartage conçu comme un complément de l’offre de transport public. Novatrice il y a dix ans, elle se heurte aujourd’hui de plein fouet au foisonnement des nouvelles idées nées de l’économie dite collaborative: covoiturage, location entre particuliers, etc. Autant d’alternatives nouvelles dans la stratégie actuelle de démotorisation des ménages…
Le réseau Citiz regroupe 15 services locaux d’autopartage.
– 800 voitures (300 voitures achetées chaque année) d’une moyenne d’âge de 3 ou 4 ans.
– 20 000 abonnés.
– Présent dans 80 gares.
– 60 salariés.
– CA en 2014: 7 millions d’euros (5 services sont aujourd’hui bénéficiaires, 5 à l’équilibre et 5 équilibrent grâce aux subventions).
Le 1er octobre, dans le cadre des Rencontres nationales du transport public à Lyon (Eurexpo), Citiz organise son propre événement sur l’autopartage avec le thème: « Voiture et transport public: je t’aime, moi non plus? »
Quatre débats seront organisés tout au long de cette journée (en salle Confluences):
• Les différentes formes d’autopartage, leurs usages et leur impact sur l’environnement.
• La voiture: amie ou ennemie du transport public?
• Le numérique, accélérateur des nouvelles mobilités?
• Pérenniser le modèle économique de l’autopartage grâce aux usages des professionnels.
Inscriptions:
Depuis juillet 2015, les habitants de Strasbourg bénéficient d’un nouveau service d’autopartage baptisé Yea!. Sa particularité? Les 30 voitures concernées – des smart forfour – n’ont plus de lieu de prise ou de dépôt attitrés. Les abonnés, « pour l’instant le premier cercle des adeptes de la démotorisation » précise Jean-Baptiste Schmider, peuvent voir grâce à l’application ad hoc où se trouve le véhicule disponible le plus proche, et le laisser après usage où bon leur semble dans les limites d’un périmètre (le centre-ville et Neudorf) prédéterminé. « L’idée était d’offrir plus de choix et de flexibilité », poursuit le directeur de Citiz Alsace. Les voitures sont en effet disponibles 24/7, utilisables sans réservation et rendues à n’importe quelle heure. Pour Jean-Baptiste Schmider, il s’agit bien là « d’une nouvelle génération d’autopartage ». Une étude d’impact sera menée auprès des utilisateurs à partir de janvier 2016.
