Les spécialistes de la télématique se montrent ambitieux dans le secteur des cars et bus et cherchent aujourd’hui à implanter leurs solutions logicielles. Géolocalisation, écoconduite, chronotachygraphe… les informations transmises sont de plus en plus nombreuses et l’intégration de ces données dans l’exploitation par les éditeurs devient un enjeu majeur.
En attendant les véhicules autonomes, les autobus et autocars sont déjà très bavards. Consommation, style de conduite, géolocalisation, maintenance… les données générées par le véhicule sont de plus en plus nombreuses à être exploitées. Et pour pouvoir les gérer, les logiciels informatiques restent l’outil clé. Un terrain que les fabricants de matériels et les constructeurs cherchent à conquérir: ne plus uniquement fournir le matériel mais aussi le logiciel pour pouvoir visualiser et exporter ces données.
Les services télématiques sont encore peu répandus dans le transport de voyageurs, on estime ce taux à 12 ou 13 %, alors que dans le transport de marchandises et la logistique il est beaucoup plus important. Peu mature, le marché des cars et bus intéresse les généralistes de la télématique comme MiX Telematics, représenté en France par Sirac, ou encore TomTom Telematics.
Illustration avec les éthylotests antidémarrage (EAD), devenus obligatoires à bord des autocars depuis le 1er septembre. TomTom Telematics et Alcolock ont annoncé avoir signé un partenariat pour permettre à leurs deux équipements de pouvoir communiquer ensemble via la plateforme de gestion WEBFLEET de TomTom. Résultat du contrôle d’alcoolémie, situation de dysfonctionnement suite à une déconnexion volontaire, démarrage forcé du véhicule ou by-pass du système: toutes ces informations sont envoyées à l’exploitant en temps réel. Il pourra les conserver durant les 45 jours obligatoires.
Peu présent dans les cars et bus, TomTom Telematics saisit ainsi l’opportunité de mettre un pied dans le secteur en permettant de transmettre les données de l’EAD et pousser sa solution de gestion de flotte avec toute sa gamme de produits. « Notre volonté est de vendre davantage nos solutions dans le transport de voyageurs, que ce soit en moins de 9 places ou au-delà », explique Stéphane Schriqui, directeur commercial de TomTom Telematics France. La société estime sa part de marché à 8 % dans les cars et bus, principalement grâce à ses outils de navigation GPS et de remontée d’informations d’usage de conduite. « Nous travaillerons avec Alcolock à partir de leur base clients et prospects, ainsi qu’avec notre réseau TomTom Telematics, que nous sommes en train de renforcer, et nos revendeurs agréés. »
Pour pénétrer ce marché, au-delà des référencements déjà signés dans des groupements ou des fédérations, Stéphane Schriqui souligne « le poids de la décision finale qui revient au chef d’entreprise. L’offre est très fragmentée, il y a beaucoup d’acteurs et Alcolock nous aidera pour approcher ces réseaux locaux et ces décideurs. » Mais TomTom Telematics vise aussi à connecter d’autres équipements à bord (caméras de recul, connexions avec les chronotachygraphes). « Nous sommes des généralistes, nos solutions s’adaptent à tout type de véhicule car elles répondent aux mêmes besoins, les cars et bus restent des véhicules comme les autres, même s’ils conservent cette spécificité de transporter des passagers », poursuit le responsable. D’ici à deux ans, l’entreprise souhaite doubler sa part de marché pour atteindre les 16 % dans les cars et bus.
Ce mouvement des généralistes de la télématique dans le secteur des cars et bus se retrouve aussi chez MiX Telematics. Pour Jonathan Bates, responsable marketing, « la France est encore relativement peu équipée en télématique, on estime qu’il est le quatrième marché en Europe. » Après le Ribas, équipement installé à bord qui informe le conducteur en temps réel sur son style de conduite (surrégime, ralenti excessif, freinage ou accélération brusque, excès de vitesse), la société a lancé plusieurs nouveaux logiciels depuis le début de l’année. Ils intègrent la gestion des données du véhicule, en passant par la billettique jusqu’aux logiciels installés chez l’exploitant.
Suivi du conducteur, gestion de carburant, écoconduite, etc., le logiciel MiX Fleet Manager propose de concentrer tous les outils d’analyse et toutes les données recueillies par son ordinateur, installé à bord et relié aux équipements du véhicule (enregistreur d’accident, caméra de sécurité, etc.).
Autre nouveauté, Mix3D. Ce logiciel permet le téléchargement à distance des données du tachygraphe (de marque Stoneridge et VDO Continental) à partir du matériel embarqué. Elles peuvent être consultées sur la plateforme logicielle maison MiX Fleet Manager ou exportée vers d’autres logiciels. « Cela permet de voir les heures des conducteurs sur une frise chronologique interactive pour une planification plus efficace », explique le responsable marketing.
Si ces solutions télématiques cherchent « à devenir le noyau central dans lequel passeront toutes les informations des systèmes embarqués », comme l’a analysé MiX Telematics, le fait qu’elles proposent d’apporter de nouveaux logiciels sur les écrans des autocaristes risque de constituer un frein à leur développement et à leurs sources de revenus. Car elles devront composer avec la présence très forte des éditeurs de logiciels métiers chez les autocaristes, ABC Informatique, SNO Ordicars, Perinfo, etc. Ces logiciels disposent en effet d’une base importante installée chez les autocaristes et constituent un interlocuteur incontournable pour des logiciels tiers, qu’ils soient édités par les équipementiers ou les constructeurs.
Pour Ari Dadoun, directeur de Perinfo, éditeur de Gescar, « grâce aux web services, Gescar est la plateforme la plus ouverte possible, l’interfaçage avec le véhicule, ses équipements et les SAEIV qui renvoient des informations est simple et léger. » Selon lui, les logiciels métiers des autocaristes représentent la meilleure solution pour intégrer toutes ces données.
Gestion commerciale (fichiers clients, facturation, CRM), gestion de l’exploitation (définition des segments, des services conducteurs, habillage, génération du planning), gestion sociale (calcul des heures planifiées et réalisées à partir des remontées d’informations des chronotachygraphes et GPS): le socle de l’équipement logiciel des autocaristes assure le fonctionnement du métier. Il est difficilement délogeable par des logiciels tiers, même ceux issus des grands noms de la télématique qui comptent s’appuyer sur la géolocalisation pour installer plus largement leurs solutions. « Au niveau mondial, on ne compte que deux éditeurs de cartographie, TeleAtlas et Navlink, mais de très nombreux acteurs utilisent leurs cartes et y ajoutent des fonctionnalités comme la navigation, la topographie, l’optimisation des itinéraires », rappelle le responsable de Perinfo. « Ces éditeurs cherchent à combler les vides qui existent dans la remontée d’informations, comme c’est le cas avec les EAD par exemple, mais les transporteurs cherchent le maximum d’intégration et notre métier d’éditeur de logiciel est de répondre à cette demande, en leur offrant le maximum de passerelles avec tous leurs équipements et véhicules. »
Perinfo compte bien renforcer son rôle d’intégrateur et préserver sa position en répondant avec des solutions innovantes aux évolutions du métier des autocaristes et à l’élargissement de leur périmètre géographique d’activité, de l’interurbain vers l’urbain. « Gescar est le seul logiciel à permettre à l’autocariste de gérer son exploitation en urbain et en interurbain à partir de la même interface et de la même base de données », se félicite Ari Dadoun: graphicage, habillage, algorithme d’optimisation plus poussé pour optimiser les temps d’utilisation des véhicules et des conducteurs, etc. Tous ces services plus complexes requis pour l’urbain peuvent venir s’ajouter à la solution déjà installée.
La bataille de l’innovation et de l’intégration des informations embarquées dans les cars et bus ne fait que commencer. Les logiciels métiers sont aujourd’hui protégés par leur forte spécificité, mais les ambitions des Google et Apple dans l’automobile pourraient bien, à moyen terme, bousculer toutes les stratégies.
