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Révolution

Les SwissPass à l’heure du 2.0

L’abonnement général suisse, qui permet de circuler dans tous les transports en commun du pays, est désormais intégré à la carte SwissPass. Quels sont les avantages et les inconvénients du nouveau système?

Le 1er août, les transports publics suisses ont inauguré une petite révolution sur leurs réseaux. En effet, c’est à cette date que le SwissPass a été mis en circulation. C’est une carte à puce de transport plastifiée rouge, de la taille d’une carte de crédit, présentant de multiples avantages. Mis en place par les CFF (Chemins de fer fédéraux, la SNCF suisse), l’Union des transports publics suisses (UTP) et 240 entreprises de transport du pays, ce titre permet aux abonnés des CFF de faire un pas de plus vers la multimodalité.

Avec ce précieux sésame, en plus des avantages de leur abonnement général ou demi-tarif qui leur donnait déjà accès à la quasi-totalité des bus, trains, et bateaux du pays, les voyageurs ont la possibilité d’intégrer le service d’autopartage Mobility car sharing, les vélos en libre-service PubliBike, le réseau de mobilité douce SuisseMobile et les abonnements de ski. À terme, l’idée est même de pouvoir stocker sur son SwissPass les billets d’entrée à des infrastructures telles que les stades sportifs ou les musées. Autre atout, il est possible de recharger son abonnement en ligne pour éviter les files d’attente aux guichets.

Enfin, la carte reste valable pendant plusieurs années, l’abonnement est donc automatiquement renouvelé, sauf demande de la part de l’usager qui est alerté à temps de la date limite de résiliation (60 jours avant). Cette option répond à une logique bien précise, car « plus de la moitié de nos clients prolongent leur abonnement sans interruption », indiquent les CFF.

La solution RFID

Concrètement, le SwissPass fonctionne de la manière suivante: la petite carte rouge est équipée de deux puces électroniques RFID (technologie de la radio-identification), sur lesquelles est enregistré un nombre très réduit d’informations concernant le client. Comme l’expliquent les CFF: « Une des deux puces contient un identifiant relatif aux prestations de transport public, l’autre un identifiant relatif aux prestations de loisir, comme les abonnements de ski par exemple. La carte ne contient que ces deux identifiants, aucune des données relatives n’y est inscrite. » Sur la carte en tant que telle, peu d’informations sont visibles, exceptés le nom, la date de naissance, la photo du titulaire et son numéro de client. Le type d’abonnement n’est pas précisé, pour permettre au client d’en changer sans changer de carte. Résultat, lors du contrôle des titres de transport, les agents sont équipés d’appareils électroniques spécifiques pour vérifier la validité du pass.

Les avantages du pass

Mais pourquoi avoir choisi de lancer le SwissPass? Le pays était déjà fortement en avance sur ses voisins européens en termes de solutions de billettique multimodale, grâce à son fameux abonnement général. Mais les acteurs du transport suisse voulaient aller plus loin pour faciliter toujours plus les déplacements, la recharge du pass, et la possibilité d’inclure plusieurs services en une carte. « Le but du SwissPass est de simplifier encore l’accès aux offres de mobilité et de loisir pour les usagers, et d’y intégrer successivement d’autres offres partenaires », confirme l’UTP. Autre raison de ce choix: réduire les coûts de production. En effet, chaque abonné gardant sa carte plusieurs années, les coûts de fabrication des titres de transport sont moindres. Pour rappel, la Suisse comptait tout de même 442 000 abonnements généraux et 2,3 millions d’abonnements demi-tarifs.

Premier pas vers le 100 % électronique

Pour autant, une question demeure: pourquoi ne pas avoir opté pour des solutions telles que la NFC ou le 100 % numérique? « Les voyageurs ne sont pas tous des geeks », a indiqué Ueli Stückelberger, directeur de l’UTP, cité par la Tribune de Genève le 10 mars dernier. Ils vont de l’ado, né avec la technologie, au nonagénaire qui apprécie le contact avec le personnel. Un tel saut serait trop brusque pour une partie de la clientèle. » De plus, il semble qu’il aurait été difficile que toutes les entreprises de transport que compte le pays aient pu se convertir rapidement à une technologie NFC. En revanche, l’option du 100 % numérique n’est pas abandonnée: « Le SwissPass est une transition en direction de la billetterie entièrement électronique qui devrait venir plus tard. Mais c’est une étape significative », avait ajouté Ueli Stückelberger.

Une préparation nécessaire

Quoiqu’il en soit, le passage à la RFID est un bond en avant qu’il a été nécessaire de préparer et de coordonner dans les moindres détails. Ainsi, entre l’annonce officielle du lancement du projet le 22 février 2013 et le 1er août 2015, plusieurs tests ont été réalisés, notamment dans la région de Lucerne, pour déterminer le degré de fiabilité du système et la simplicité d’utilisation. Le lancement du projet s’est aussi accompagné d’une large audition jusqu’au mois de mai 2013, s’adressant à tous les acteurs du transport, y compris les usagers, dans le but de déterminer l’offre de transport la plus adaptée.

Des débuts difficiles?

Malgré cette préparation, force est de constater que les débuts du SwissPass n’ont pas été des plus simples aux yeux de certaines parties prenantes. Plusieurs problèmes techniques ont effectivement compliqué la tâche de son démarrage. Le premier d’entre eux est le fait que lors du lancement, si les grandes sociétés de transport étaient équipées pour pouvoir contrôler les nouveaux titres de transport, les autres ne l’étaient pas, en raison de retards de livraison et du coût des appareils allant jusqu’à 1 500 CHF l’unité.

Autre souci: le temps de contrôle est désormais plus long, « trois fois plus de temps », estime le syndicat du personnel des transports suisse (SEV) sur son site, et le nombre des agents de contrôle n’a pas été augmenté. Résultat: « Nous craignons que les voyageurs ne remarquent à un moment donné que le personnel contrôle moins de gens, qu’il y ait une augmentation du nombre de resquilleurs et, en conséquence, du nombre de protestations et d’agressions », a estimé Pascal Fiscalini, vice-président de la sous-fédération du personnel des trains (ZPV), interrogé par SEV.

Le constat de ces difficultés a égratigné le réseau, mais l’UTP ne partage pas les avis négatifs. Si l’Union a reconnu, dans un communiqué du 2 septembre, que « pour le moment, les contrôles effectués par le personnel des trains prennent un certain temps », elle a considéré que le lancement du SwissPass s’était « déroulé comme prévu ». Chiffres à l’appui, elle a rappelé que « depuis son lancement national début août, quelque 212 000 personnes utilisent le SwissPass pour leurs déplacements. Cela représente 136 000 abonnements demi-tarifs et 76 000 abonnements généraux (1re et 2e classes). Chaque semaine, environ 50 000 abonnements viennent s’y ajouter. » De même, « les nouveaux processus de vente et de contrôle ont passé avec succès les premiers tests de charge pratiques. Presque 300 000 nouvelles cartes ont été contrôlées à la fin août. Plus de 90 % des entreprises de transport de Suisse sont déjà équipées des nouveaux appareils de contrôle; il y en a 3 000 en service. »

Un pass très critiqué

Le système a aussi dû essuyer de nombreuses critiques. La première a été son coût, car la mise en place du pass (de l’ordre de 62 M€ au total) n’a pas été des plus économiques. Certains acteurs d’autres services proposés par le SwissPass ont eux aussi critiqué le dispositif. Parmi les plus vindicatifs, la faîtière des stations de ski. Elle s’est insurgée contre le prix que les Remontées mécaniques suisses (RMS) devait payer pour proposer ce service à leurs clients. Outre le fait que les stations doivent débourser la somme de 4 000 CHF (environ 3 665 €), une commission de 6 % par forfait vendu leur a été demandée.

Quant à la protection des données, elle a été pointée du doigt, notamment par le conseiller national Jean-Christophe Schwaab (PS/VD). Bien que le SwissPass ait été validé par le préposé fédéral à la protection des données, l’élu s’est insurgé que « les données des détenteurs peuvent être utilisées à des fins marketing, à moins que ceux-ci ne s’y opposent expressément. Elles peuvent aussi être transmises à des tiers. Les usagers ne sont pas explicitement avertis de cette possibilité et doivent faire les démarches eux-mêmes pour empêcher une diffusion, ce qui contrevient aux concepts modernes en matière de protection des données », a-t-il indiqué le 3 septembre, cité par le quotidien 20 minutes.

Enfin, le nouveau système a été dans la mire des syndicats du pays, le SEV entre autres, qui craignent que cette petite révolution n’entraîne une réduction du personnel: « Les employés doivent déjà inciter les clients à aller se renseigner sur Internet. Cela fait partie de leurs objectifs liés au salaire », a expliqué au quotidien Le Temps, le 31 juillet, Valérie Solano, secrétaire syndicale au SEV. Elle constate que la mise en place de titres de transport électroniques a déjà entraîné une baisse des billets vendus en guichet. En effet, « selon les CFF, 13 % des billets sont achetés en ligne et 58 % à l’automate. Ils prévoient que ces proportions passent à 21 % et à 56 % en 2020 », a précisé le quotidien. Conséquences: cela risque d’aboutir à une politique de réduction du nombre de guichets dès cette date, principalement dans les gares périphériques.

Ueli Stückelberger, directeur de l’UTP

« Le but du SwissPass est de simplifier l’accès aux offres de mobilité et de loisir pour les usagers, et d’y intégrer successivement d’autres offres partenaires. »

Quelques chiffres

Au 1er août 2015

212 000 personnes utilisent le SwissPass

136 000 abonnements demi-tarif

76 000 abonnements généraux

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Auteur

  • Shahinez Benabed
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