Newsletter S'inscrire à notre newsletter

Magazine

Emploi

1. La formation anticipe de nouvelles opportunités

Avec l’ouverture des lignes nationales régulières et le développement des services à la personne, le marché de la formation vit une révolution silencieuse. En coulisses, les professionnels s’organisent.

Libéralisation des lignes régulières longue distance ouvrant de nouveaux horizons aux transporteurs, explosion du phénomène de voiture de transport avec chauffeur (VTC) aiguisant l’esprit entrepreneurial de plus en plus de salariés et boom des services à la personne inspirant les autorités organisatrices, le contexte actuel a donné du grain à moudre au monde de la formation.

Traditionnellement en position dominante du fait d’un cadre réglementaire strict, les spécialistes de la formation pourraient voir ces opportunités favoriser une nouvelle montée en puissance de leur volume d’affaires. Déjà, plusieurs d’entre eux estiment ressentir les prémisses de cette dynamique sur leurs cursus classiques: l’AFT revendique 450 candidats présentés à l’attestation de capacité en 2014 contre 300 l’année précédente, l’Ifrac 163 en 2015 contre 93 en 2014, tandis que l’Aftral prévoit une activité multipliée par trois pour 2015.

Effet comportemental

S’il semble encore un peu prématuré de parler d’un impact en termes d’inscriptions, la loi Macron et ses effets nourrissent les spéculations sur le comportement de leurs clients. « Au sein des sociétés, l’application de cette loi peut se traduire par un transfert d’activité, par une création d’activité supplémentaire ou par la recrudescence de prestations de sous-traitance », distingue Édith Guenneteau, chargée de mission à l’AFT.

Quel que soit le cas de figure, les entreprises devront adapter leur politique de ressources humaines pour intégrer la montée en compétences des postes qui s’ouvriront sur ce créneau. « Cela pourrait donner lieu à une vague de promotion interne, en particulier pour les chauffeurs scolaires qui aspirent à un emploi à temps complet et motivés pour acquérir un savoir-faire supplémentaire », prévoit Pierre de Surône, directeur du développement, de la communication et des écoles à l’Aftral.

Faute de profils adaptés en interne, les sociétés pourraient se tourner vers des candidats issus de formations supérieures, « par exemple de jeunes issus de BTS Tourisme qui seront mis à disposition sur les nouvelles lignes », explique Pierre de Surône. Par chance, ces organismes se positionnent aussi sur ce versant, souvent par le biais de partenariat avec les écoles traditionnelles de transport.

Créer son emploi

Autre tendance de fond observée par les professionnels: une appétence à la création d’entreprise. À l’origine de ce phénomène, le succès des VTC et de plateformes de services de mise en relation BtoC, et une volonté de créer son activité en réaction à un contexte économique toujours compliqué. « Aujourd’hui, le marché du service à la personne se développe massivement », constate Raphaël Couturier, président de l’Ifrac.

C’est le transport de moins de 10 places qui tire principalement son épingle du jeu, le transport de personnes à mobilité réduite (TPMR) aux avant-postes. Prestataires, exploitants ou décideurs, tous entendent surfer sur cette spécialité. « L’effet d’opportunisme attire les entreprises, tandis que les autorités organisatrices (AO) découvrent, en mettant en place leurs services, qu’elles empiètent sur du transport public nécessitant une formation minimum », plaide Édith Guenneteau.

Tous affichent le même objectif, mais n’ont pas nécessairement les mêmes attentes en matière de formation. « Les AO hésitent de moins en moins à ajouter une ligne de crédit dans leurs appels d’offres, car elles estiment avoir leur rôle à jouer dans la création d’emploi que cela suscite », analyse Vincent Baldy, directeur adjoint au développement de l’Aftral.

De leur côté, les entreprises inscrivent de plus en plus souvent leurs salariés à des formations annexes sur des thématiques précises. Un exemple, l’Ifrac, qui a vu le public de sa formation TPMR passer de 100 personnes en 2014 à 650 en 2015.

Une réponse ciblée

Pour répondre efficacement à ces évolutions, les professionnels de la formation doivent faire preuve d’anticipation. « Notre titre professionnel de chauffeur routier comporte désormais des modules complémentaires, comme l’accueil commercial ou la conduite de véhicule à double étage », confie Pierre de Surône.

D’autres, comme l’Ifrac, sont allés plus loin dans leur démarche. En effet, l’organisme lancera mi-décembre la première session de l’Ifrac Academy sur son site d’Orléans. S’adressant aux futurs chauffeurs longue distance, l’objectif est d’accompagner les entreprises dans le déploiement des compétences de leurs salariés opérant sur ces lignes. Au menu des 8 modules du programme: anglais du transport touristique et de l’hôtellerie, réglementation nationale et internationale, géographie, histoire de l’art, communication, psychologie de la relation client, qualité de service, etc. Pour passer de la théorie à la pratique, ce cursus de 245 heures prévoit un voyage d’étude de 4 jours sur des thématiques comme la prise en charge d’un groupe, l’application des réglementations, la gestion des aléas, etc.

En parallèle, tous les acteurs de la formation se sont emparés de la thématique du moins de 10 places, lançant des cursus spécifiques en « adaptant nos contenus à cette spécialité, excluant par exemple tout ce qui concerne le transport international, et la réglementation européenne qui nous paraissait inutile dans ce cadre. Pour autant, le niveau de difficulté reste identique à celui de la filière classique », assure Édith Guenneteau.

Là aussi, la réglementation apporte sa pierre à la structuration du marché. « Depuis février 2015, date initiale d’application de la loi Handicap de 2005, nous avons l’obligation de mettre en place un module lié à l’accessibilité dans toutes nos formations, alors qu’auparavant il s’agissait de modules de sensibilisation », note Pierre de Surône.

Si l’arrivée de nouvelles opportunités semble directement impacter les qualifications du personnel roulant, ceux qui sévissent à l’exploitation pourraient bien être les prochains bénéficiaires de cette dynamique. « Depuis environ 5 ans, nous assistons à un engouement croissant pour les stages de perfectionnement en management. Jusque-là, les entreprises consacraient l’essentiel de leur budget formation aux métiers de la conduite du fait des obligations légales auxquels ils sont exposés. Aujourd’hui, elles s’intéressent aussi au management opérationnel pour favoriser les passerelles d’une fonction à une autre », observe Pierre de Surône.

Vincent Baldy, directeur adjoint au développement de l’Aftral

« Les AO hésitent de moins en moins à ajouter une ligne de crédit dans leurs appels d’offres, car elles estiment avoir leur rôle à jouer dans la création d’emploi que cela suscite. »

Pierre de Surône, directeur du développement, de la communication et des écoles à l’Aftral

« Depuis environ 5 ans, nous assistons à un engouement croissant pour les stages de perfectionnement en management. »

Raphaël Couturier, président de l’Ifrac

« Aujourd’hui, le marché du service à la personne se développe massivement. »

Retour au sommaire

Auteur

  • Diane-Isabelle Lautrédou
Div qui contient le message d'alerte

Envoyer l'article par mail

Mauvais format Mauvais format

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format

Div qui contient le message d'alerte

Contacter la rédaction

Mauvais format Texte obligatoire

Nombre de caractères restant à saisir :

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format