Chargée d’exporter le savoir-faire de la maison mère depuis 2002, la filiale du groupe RATP a remplacé Transdev au pied levé sur le réseau de Valenciennes. Elle espère décrocher la nouvelle délégation de service public et s’installer durablement dans la région.
Qui exploitera les transports de Valenciennes en 2016? C’est la grande question pour RATP Dev, filiale du groupe parisien. Suite à une décision du Syndicat intercommunal des transports urbains de Valenciennes (SITURV), RATP Dev a succédé à Transdev le 1er janvier dernier, héritant des clauses de la délégation de service public (DSP) en cours, et ce, jusqu’au 31 décembre. Prise entre les contraintes d’un réseau compliqué et l’objectif de décrocher la nouvelle DSP sur un territoire stratégique, la filiale fait le point sur ce réseau, Transvilles, près d’un an plus tard.
Transvilles, c’est tout d’abord le tramway (33 km). Doté de deux lignes, la première construite en 2006, la seconde datant de février 2014, son réseau concentre 75 % du trafic valenciennois. « Au départ, il devait y avoir quatre lignes de tramway », explique Philippe Gaillard, directeur de Transvilles pour RATP Dev. « L’avantage, c’est qu’il requalifie la ville: c’est propre, c’est beau. L’inconvénient, c’est que c’est cher, sans compter les travaux. Pour une ligne de tramway, le réseau doit être enterré. C’est le bazar pendant 18 mois. Les habitants se sont opposés à une ligne vers la Belgique. Nous étudions des projets de BHNS à la place. »
La ligne 2 du tramway de 15,5 km est « l’un des plus longs tramways à voie unique », à savoir doté d’un seul rail, avec des évitements aux stations pour permettre la circulation à double sens. Cela ne facilite pas son exploitation, confie le directeur. Valenciennes compte aussi une trentaine de lignes de bus pour une flotte de 130 véhicules, des lignes de transport à la demande assurées par des sociétés de taxi locales gérées par une centrale autonome et de nombreuses lignes affrétées. « Nous transportons 19 millions de voyageurs par an, avec une typologie particulière puisque nous transportons 50 % de scolaires », explique Philippe Gaillard. Le tout est géré depuis le poste de commande centralisé, « centre névralgique de Transvilles », où une équipe de quatre permanents scrute le réseau vidéosurveillé de 4 heures à 22 h 30, et jusqu’à 00 h 30 les soirs de matchs de foot importants. Ce site, et deux autres sur le réseau, contrôlent et supervisent le fonctionnement des transports.
Pour RATP Dev, Valenciennes est une terre de challenges. « Le réseau couvre un territoire et une population très hétéroclites », constate Philippe Gaillard. Et d’ajouter: « Le tram traverse cinq kilomètres de champs de betteraves. » Les deux lignes (fréquence de 12 minutes) se croisent mais ont un tronc commun (fréquence de 6 minutes). Elles traversent forêts, résidences, zones industrielles et centre-ville. Côté population, la filiale doit séduire un public très disparate. « Il y a des gens très nécessiteux ici, et Valenciennes a une forte culture du ticket unitaire [à 1,60 €, ndlr].Au départ, les gens se méfiaient de la RATP. Dans les premiers mois, ils pensaient que nous allions remplacer les bus de Valenciennes par des bus verts et blancs, comme à Paris », sourit le directeur de Transvilles. Finalement « rassurée », la population doit encore apprendre un certain sens des transports en commun. « Beaucoup de gens ici roulent sans permis… Il y a même eu un accident de tramway il y a près de deux mois. La rame est montée sur un mur », illustre-t-il en montrant le véhicule accidenté, parqué dans le dépôt de Saint-Waast (à l’ouest de Valenciennes). Et « nous avons une vitre cassée par jour environ pendant les vacances scolaires », déplore-t-il.
Cependant, RATP Dev souhaite moderniser son réseau et devenir plus attractive, auprès des jeunes notamment. Grâce aux subventions des conseils départemental et régional, l’opérateur a pu lancer un titre spécial à 100 € pour l’année, vacances comprises, à destination des scolaires. Cet abonnement, baptisé Booster,aurait déjà trouvé son public. « Sur 12 000 scolaires, plus de 1 800 ont déjà pris cet abonnement, soit 15 %, alors que la campagne n’est pas finie », se félicite Philippe Gaillard.
Emmanuel Ansard, directeur du département France, Suisse et Italie de RATP Dev, observe la situation: « Le contrat était fortement déficitaire pour l’opérateur. Il y avait trop de déséquilibre ». Cependant, il est confiant: « Maintenant, le transport est un service public. Les subsides viennent de la collectivité. Cela fait moins d’un an que nous exploitons le réseau, mais on pense équilibrer nos comptes. »
RATP Dev souhaite également développer de nouvelles technologies, « sans tomber dans l’“applicacionite” », prévient François-Xavier Perin, président du directoire de la filiale. Présent pour négocier la future DSP avec le Sytral, il explique: « d’ici la fin de l’année, nous allons lancer un nouveau site web pour Transvilles, compatible sur smartphone. C’est l’un des tout premiers projets mis en place à l’arrivée de RATP Dev ». Les systèmes billettiques, pour un comptage fiable des voyageurs, devraient eux aussi être modernisés.Emmanuel Ansard constate: « Quand on a repris le réseau, on travaillait encore sur des chiffres de 2013, avant la mise en place du T2. C’est très difficile d’avoir des références fiables sur la fréquentation ». RATP Dev a par ailleurs lancé une enquête sur la fraude début octobre. Le verdict du SITURV tombera donc d’ici la fin de l’année.
Pourquoi être si attaché au réseau de Valenciennes? « La RATP est un modèle pour les trams en Ile-de-France, RATP Dev est devenu un modèle pour les trams à l’international. Mais pour autant, nous n’étions pas un modèle pour les trams en France », analyse Emmanuel Ansard. Et François-Xavier Perin d’ajouter: « Nous sommes présents dans le Nord [à Boulogne-sur-Mer, ndlr], parce que c’est une région à très fort potentiel: les gens utilisent les transports en commun et l’innovation est possible. »
La future DSP semble bien partie, « Nous sommes en discussion et nous sommes en bonne voie. Il faut trouver le bon compromis dans les finances publiques », glisse Emmanuel Ansard, avant de soutenir: « Notre atout fondamental, c’est que l’on est presque né dans un bus ou un car! Et nous avons une appartenance très forte au groupe RATP. »
« D’ici la fin de l’année, nous allons lancer un nouveau site web pour Transvilles, compatible sur smartphone. »
2 lignes de tramway (75 % du trafic)
30 lignes de bus
40 000 habitants à Valenciennes
19 millions de voyageurs par an
2 agglomérations desservies
31 communes
12 000 scolaires transportés
3 sites de contrôle
500 collaborateurs dont 300 conducteurs
« Notre atout fondamental, c’est que l’on est presque né dans un bus ou un car! Et nous avons une appartenance très forte au groupe RATP. »
« Le réseau couvre un territoire et une population très hétéroclites. »
