Consommation à la carte, package multimodal, création d’un opérateur-intégrateur des offres, le concept de MaaS est décrit comme l’avenir du transport face à la voiture particulière. Mais la technologie et un partenariat public-privé sont impératifs pour ce modèle développé en Finlande.
Et si la solution pour le report modal était la création de forfaits transport multimodaux, multi-opérateurs, accessibles en temps réel par smartphone et incluant des temps de consommation packagés ou facturés à l’utilisation? C’est l’idée qui émerge en Finlande et qui pourrait se propager dans le reste de l’Europe, sous l’appellation MaaS pour “mobility as a service”. Le terme est la déclinaison d’une offre proposée dans le domaine du logiciel où l’on parle de SaaS, c’est-à-dire de “software as a service”. « Avant, on achetait un logiciel et ses mises à jour. Aujourd’hui, la logique dominante est celle de l’utilisation à la demande, c’est la même chose dans la mobilité », explique Yann Leriche, directeur de la performance de Transdev.
Comme ce que l’on trouve déjà dans les offres de téléphonie mobile, le service MaaS pourrait donc proposer des forfaits et des temps de consommation mensuels pour chacun des modes de transport présent sur un territoire: 15 voyages sur le réseau de transport public urbain, autant sur les lignes interurbaines ferroviaires, 20 heures de location de voiture en autopartage, 20 heures de location de vélo, 3 jours de stationnement dans les parkings, 10 voyages courte distance à bord d’un taxi ou d’un VTC, etc. Chaque forfait pourrait s’adapter en termes de tarif aux différents types de consommation et de parcours géographique selon le profil des voyageurs, étudiant, retraité, salarié, famille ou homme d’affaires. Autre possibilité: facturer les voyageurs à la consommation réelle.
Séduisante, l’idée est toutefois confrontée à d’importants chantiers techniques, organisationnels et financiers. Elle impose en effet de rassembler sur une même plateforme tous les acteurs de services gérés distinctement. La solution passe par la création d’un opérateur-intégrateur. Il serait le garant de l’écosystème qui présente les offres de mobilité de tous les acteurs pour répondre aux besoins du voyageur. Il pourra choisir des options selon sa situation: quel prix puis-je mettre? Quelle durée de parcours? Quel niveau de confort? Suis-je prêt à associer plusieurs modes de transport comme le bus, le vélo et ma voiture individuelle?
Les solutions technologiques et l’émergence de multiples solutions de mobilité apportent de nouvelles pistes pour faire avancer ces chantiers. Le laboratoire expérimental de ce que l’on commence à décrire comme l’avenir de la mobilité est situé en Finlande, à Helsinki (voir encadré). « MaaS est une nouvelle approche pour faire évoluer la mobilité, elle s’appuie sur les services et les réseaux de transports existants », explique le père du concept, Sampo Hietanen, Pdg de ITS Finlande. En 2016, la Finlande compte lancer le premier service intégré, et l’expérience sera partagée au niveau européen. Au total, 32 acteurs se sont associés pour créer le premier opérateur MaaS de transport en Europe, des sociétés de technologie (Ericsson, IQ Payments, Siemens, Uber), Transdev, mais aussi des collectivités locales et des instituts gouvernementaux.
Ce concept de MaaS devient un sujet de premier ordre pour les groupes de transport, soucieux de proposer des offres innovantes à leurs clients donneurs d’ordres, et pour éviter que les grands du nom du Web, comme Google, ne s’accaparent ce marché avec leurs applis “one stop mobility shop”. La révolution des usages et du numérique impose de bien analyser ce changement dans les transports, considéré par Rasmus Lindholm de l’ERTICO-ITS Europe comme « le plus important changement de paradigme dans les transports depuis l’apparition de la voiture individuelle à faible coût ».
« Le MaaS est notre vision d’avenir de la mobilité », souligne de son côté Jean-Marc Janaillac, Pdg de Transdev. Car le potentiel de développement s’avère exponentiel pour le transport public. « Ce qui est visé par cette approche MaaS, ce n’est pas le transport public, mais l’ensemble de la mobilité », a expliqué au journal Les Échos Nicolas Samsoen, directeur stratégie et innovation de Transdev. « En France, le chiffre d’affaires du transport public est de l’ordre de 25 Md€, celui de la mobilité et de la voiture individuelle est six fois plus élevé, à 150 Md€ ». Le groupe français se positionne sur ce nouveau créneau d’opérateur-intégrateur de mobilités et développe une stratégie MaaS basée sur sept critères de qualité qui doivent être réunis pour un tel service. Il doit être « room to room »: « une commande de service doit être possible depuis son salon, un PMR aura besoin d’un accompagnement jusque chez lui, dans sa pièce ». Deuxième aspect, il doit être « individualisé, avec l’idée de liberté de choix, mais aussi de fiabilité avec des solutions de secours en cas de problème, comme la commande d’un taxi. Le système est plus ramifié et décentralisé, il apporte plus de solutions », détaille Yann Leriche. De plus, le service MaaS doit répondre à des conditions « sociales et de solidarité », « écologiques », être « agréable et séducteur » pour répondre aux codes de consommation numériques.
Enfin, dernier critère et non des moindres, « il doit être abordable financièrement, même si le modèle économique reste à inventer ». Ce point crucial doit trouver sa réponse dans le potentiel financier du marché ciblé de l’automobile individuelle. « L’information multimodale est gratuite, mais on pense pouvoir faire payer les gens à partir du moment où le service apporte de l’intégration et la garantie qu’en cas de retard ou d’incident, on est capable d’apporter une solution alternative immédiate, la réservation d’un taxi par exemple comme c’est le cas avec Ubigo, à Malmö en Suède. »
Transdev souhaite importer le modèle MaaS et le proposer aux collectivités selon les contrats et les accords en place avec les institutionnels, « mais nous attendons aussi le soutien de l’État et des collectivités. En Finlande, l’équivalent de l’ADEME a participé au financement », glisse Yann Leriche. Pas sûr toutefois que le potentiel économique en France soit le même qu’en Finlande. Le pays a en effet une filière industrielle numérique XXL justifiant les investissements des organisations gouvernementales.
Affaire à suivre
« En France, le chiffre d’affaires du transport public est de l’ordre de 25 Md€, celui de la mobilité et de la voiture individuelle est six fois plus élevé, à 150 Md€. »
« Il est temps de faire du secteur du transport celui qui sera le plus avancé sur le numérique », a souhaité Anne Berner, ministre finlandaise du Transport et des Communications, lors du Congrès ITS qui s’est tenu à Bordeaux et a officialisé la création d’une alliance européenne sur le concept des MaaS. À l’avant-garde du concept, la Finlande a saisi l’intérêt qu’elle pouvait tirer de son expérience dans les télécoms.
Le pays pourrait y trouver un nouvel l’âge d’or, comme celui qu’elle a connu à partir des années 1990, avec la création de champions industriels mondiaux comme Nokia ou Ericsson et avant leur déclin à la fin des années 2000. Le mot-clé est l’innovation, comme le rappelait Minna Kivimaki, directrice générale des services au ministère finlandais des transports, lors d’une intervention au Congrès ITS.
« Pourquoi le secteur des transports ne deviendrait-il pas une industrie de consommation, alors qu’il s’agit du deuxième de poste de dépenses des familles? C’est ce constat que nous avions fait dans les années 1990 à propos des télécommunications et des mobiles, et qui a permis à la Finlande d’occuper les premiers rangs mondiaux du secteur pendant plus de vingt ans. »
