Le 19 novembre, en prélude à la COP21 et par la voix du président de son directoire Philippe Yvin, la Société du Grand Paris a présenté son livret d’engagement pour le futur métro écologique de la région capitale. Sept objectifs environnementaux très ambitieux. Florilège.
Pour la première fois dans le cas d’une infrastructure de transport, une évaluation stratégique environnementale a été réalisée dès la conception du projet. Elle a porté sur un périmètre de trois kilomètres autour du tracé (au lieu des 500 mètres habituels) intégrant 160 communes, à 100 mètres sous terre et dans l’atmosphère. Qualité de l’air, bruit, énergie, ressources minérales et en eau, faune et flore, risques naturels et technologiques, agriculture, patrimoine architectural, archéologique et paysager, etc. Tout a été passé au crible!
Soumis à débat public en 2010-2011, cet état des lieux a débouché sur de multiples mesures concrètes. Ainsi, autant que faire se peut, le tracé évite les anciennes carrières souterraines, et la ligne 16 contourne les étangs classés Natura 2000. En ce qui concerne les vibrations du train, une semelle antivibratile sera installée entre le sol et le rail sur tout le tracé à roulement fer.
En cas d’impacts négatifs inévitables, des mesures d’accompagnement ou de compensation seront prises, comme la création de mares dans le bois régional de Célie (Seine-et-Marne) ou l’aménagement de frayères artificielles à Sèvres (Hauts-de-Seine).
Les besoins énergétiques du futur métro correspondent à la consommation d’une ville de 225 000 habitants. L’électricité représentera la première dépense d’énergie pour les trains (600 Gwh/an) et les bâtiments (350 Gwh pour les gares, 60 Gwh pour les sites de maintenance).
Côté éclairage, la lumière naturelle sera partout privilégiée, grandes verrières à Villejuif, atrium et puits de lumière à Saint-Denis Pleyel, etc. Le choix de matériaux clairs et réfléchissants renforcera la luminosité des ouvrages. Les luminaires performants à haut rendement (de type LED) seront généralisés, tout comme l’usage de détecteurs de présence.
Par ailleurs, l’accent sera mis sur la récupération et la valorisation des énergies. Les ouvrages du réseau qui consomment de l’électricité seront aussi producteurs d’énergie thermique grâce à la chaleur dissipée. Plus économe de 50 % en consommation que le métro actuel, le matériel roulant récupérera environ 30 % de l’énergie pour la réinjecter dans la caténaire, notamment en phase de ralentissement grâce à la technologie du freinage électrique. D’autre part, le futur métro du Grand Paris roulera en traction coupée à l’approche des points d’arrêt.
Sur le plan thermique, la profondeur des gares (20 seront à plus de 50 m) sera utilisée pour permettre un gain par rapport à la température extérieure de + 5 °C en hiver et – 5 °C en été. Des dispositifs techniques économes, dont des pompes à chaleur, seront omniprésents. Enfin, sur la ligne 15 Sud, cinq gares (Pont-de-Sèvres, Issy RER, Les Ardoines, Vert de Maisons et Créteil-L’Échat) devraient avoir recours à la géothermie.
Chaque ouvrage du Grand Paris Express prendra en compte les patrimoines architecturaux et paysagers environnants, en respectant les « continuités écologiques » pour préserver ou participer à la biodiversité. Pour leur aménagement intérieur, les chartes d’architecture des gares et des sites industriels accordent une attention toute particulière aux matériaux, recyclés ou recyclables, et leur facilité d’entretien. L’intégration de critères qualitatifs doit également procurer une sensation de confort (visuel, tactile, etc.) aux voyageurs.
Quelques exemples: la gare de Saint-Denis Pleyel a été conçue comme une extension sur 9 000 m2 de l’espace public reliant les deux parties de l’agglomération de Saint-Denis. Son atrium sera à 27 mètres de profondeur au niveau des quais, pour que les voyageurs bénéficient de la lumière naturelle. L’entrée de la gare de Vitry Centre apparaîtra sous une grande voûte végétalisée, tandis que celle de Noisy-Champs donnera sur une prairie fleurie. Dans les gares de Champigny Centre, Créteil-L’Échat et Noisy-Champs, les eaux pluviales seront utilisées pour nettoyer les sols, arroser les espaces verts et alimenter les sanitaires. La toiture du site industriel de Champigny sera dotée d’une couverture végétalisée de 2 hectares qui servira pour la recherche agronomique. Accueillant 450 employés, il intégrera aussi des paramètres de confort hygrothermique, d’acoustique, de qualité de l’air, de confort visuel et d’éclairage naturel.
Le futur Grand Paris Express applique le principe de résilience urbaine, qui veut qu’une ville soit capable de retrouver un fonctionnement normal après un événement catastrophique. Dans ce but, la Société du Grand Paris a élaboré une stratégie inondation qui fixe les lignes directrices de conception des infrastructures concernées par ce risque. La protection des usagers est également intégrée grâce à des dispositifs provisoires (barrages, portes étanches) ou permanents (rehausse des niveaux planchers ou des accès). Par ailleurs, sur les boucles de la Marne et de la Seine, le futur métro prendra en compte les crues des deux fleuves.
Les 68 gares du futur métro de la région capitale sont appelées à devenir des espaces d’intermodalité, favorisant l’usage du vélo et de tous modes de transports doux… y compris, la marche! Pour réaliser ces « hubs de mobilité apaisée et durable », une attention spécifique sera portée à la qualité de la voirie et aux aménagements paysagers, pour créer des espaces paisibles, ouverts, faciles d’accès pour les piétons, les vélos et les personnes à mobilité réduite. Aux abords de toutes les gares, les pistes cyclables seront largement dimensionnées, des parcs vélos accueillants seront prévus, ainsi que des espaces dédiés au covoiturage et aux offres nouvelles en libre-service.
En début d’année, la Société du Grand Paris a adopté une charte Environnement des chantiers, signée par les entreprises de travaux et leurs sous-traitants. Ce document impose une démarche continue d’amélioration, de formation et de mise en œuvre des méthodes visant à réaliser des chantiers écoresponsables. Tous les aspects sont pris en compte: bruit, vibrations, poussières, propreté des voiries, nuisances visuelles, gestion des déblais et des déchets (réduction à la source, tri et élimination, comptabilité et traçabilité), protection des milieux (sols, ressources en eau et milieux aquatiques, air et gaz à effet de serre, biodiversité), gestion et économie des ressources (matériaux, énergie, eau). Il s’agit d’anticiper les nuisances pour les réduire au maximum.
Des consignes d’entreposage pour les produits dangereux (gasoil, huiles, peintures, etc.) aux exercices de mise en situation, en passant par les dispositifs antipollution, tout est prévu!
La réalisation du Grand Paris Express va générer 43 millions de tonnes de déblais! Un seul tunnelier pouvant produire plus de 2 000 tonnes de déblais par jour, soit l’équivalent de près d’une centaine de camions ou de deux barges de transport, le défi est immense. Traçabilité, transports alternatifs, valorisation, etc.; la gestion d’un tel volume, 20 millions de mètres cubes, constituera une gigantesque opération. Le principe est de limiter à la source les quantités et la toxicité des déchets produits. Pour ceux qui seront inévitablement générés, la Société du Grand Paris souhaite privilégier la valorisation au détriment des solutions d’élimination par incinération ou enfouissement. Chaque prestataire devra s’engager à respecter ce principe avec un schéma organisationnel de gestion et d’élimination des déchets (Soged). Celui-ci organise la réduction à la source, favorisant la livraison de produits en vrac et en volume adapté, ainsi que la reprise des emballages par le fournisseur. Démolitions et constructions devront respecter des règles strictes, tandis que l’utilisation des eaux de process (lavage, refroidissement) fera l’objet d’un suivi attentif.
Fixé avec le maître d’ouvrage, un dispositif de bonus/malus, lié à la valorisation des déchets, sera précisé dans chaque bon de commande.
