JEAN-GERARD PAUMIER, vice-président en charge des transports de l’agglomération de Tours, fait partie des rares élus de terrain à se passionner pour les questions de mobilité. Convaincu que le transport public accroît l’attractivité des territoires, cet élu pragmatique et consensuel s’est fait le porte-voix de l’intermodalité.
À Saint-Avertin, petite commune cossue de l’agglomération de Tours dont il est maire depuis 2001, Jean-Gérard Paumier (LR) est une personnalité incontournable. Petit à petit, il s’est même imposé parmi les figures politiques de premier plan en Indre-et-Loire. Il y siège au conseil départemental en tant que premier vice-président.
Ce fils de vigneron, né en Touraine en 1952, est l’ancien assistant parlementaire d’André-George Voisin. Il a aussi été son directeur de cabinet au conseil général d’Indre-et-Loire, avant d’exercer les mêmes fonctions auprès d’Antoine Rufenacht, au conseil général de Haute-Normandie. Jean-Gérard Paumier connaît donc par cœur le fonctionnement des collectivités locales.
Quand il a rejoint l’équipe des élus communautaires, le maire de Saint-Avertin (15 000 habitants) s’est d’abord penché sur les questions d’assainissement.
Ses collègues ne se bousculant pas pour le poste de vice-président en charge des transports qui s’offrait à eux, il a postulé, et ne l’a jamais regretté: « Ce domaine a longtemps été l’apanage des techniciens. C’est une grammaire, un langage particulier qui a sans doute fait peur aux élus. Il faut qu’ils se réapproprient cette question. Le transport, c’est la vie quotidienne de nos concitoyens ». Peu d’élus il est vrai s’enthousiasment comme lui à l’évocation des transports publics.
Celui qui est rapidement devenu le spécialiste local de la mobilité gère l’un des plus gros postes budgétaires de l’agglomération (60 M€ par an). « J’ai toujours été convaincu de l’importance des réseaux de transport. Au Sitcat [Syndicat intercommunal des transports en commun de l’agglomération tourangelle, ndlr], j’ai été ravi de participer au comité de pilotage du tramway. Je me suis rendu compte à quel point le transport touchait au lien social, à l’aménagement de la ville, aux aspects esthétiques et culturels. C’était un dossier d’un intérêt exceptionnel, probablement l’un des plus passionnants auquel j’ai eu à participer dans mon parcours d’élu. »
Par le passé, Jean-Gérard Paumier avait été impressionné par la construction du tramway de Rouen, alors qu’il travaillait pour le conseil général de Haute-Normandie. « La ville avait été transformée par ce nouveau mode de transport qui avait relié et unifié les deux rives. À Tours, nous regardons maintenant la ville avec des lunettes différentes, grâce à ce tramway à la beauté inouïe. Ce n’est pas un hasard si nous l’avons appelé le quatrième paysage. »
Jean-Gérard Paumier est persuadé qu’une deuxième ligne verra le jour dans l’agglomération tourangelle. « Nous devons maintenant relier les hôpitaux et les universités, car ce sont d’importants flux d’usagers. Aucune agglomération qui est entrée dans la génération tram ne s’est arrêtée à une seule ligne. » Tour(s) Plus a lancé une étude de corridors et un schéma directeur qui doit déterminer les grands axes sur lesquels des dispositifs de type tramway ou bus à haut niveau de service (BHNS) pourraient être déployés afin d’améliorer le réseau de transports en commun Fil Bleu.
La question du financement divise, mais le vice-président se félicite que Philippe Briand, le président LR de l’agglomération et maire de Saint-Cyr-sur-Loire « voie les choses en grand ». Avancer ne sera pas facile pour autant. Les marges de manœuvres sont étroites: « Le transport représente les trois quarts de la dette de Tour(s) Plus », indique-t-il.
Jean-Gérard Paumier ne défend pas le tramway contre les autres modes de transport. « Beaucoup de déplacements se font à pied ou à vélo. Nous ne devons pas raisonner monotransport, mais penser le réseau dans sa globalité. C’est l’intermodalité. » Il encourage d’ailleurs la pratique du vélo auprès des élèves de sa ville en construisant des pistes cyclables: « À Saint-Avertin, nous avons le plus grand nombre d’enfants de l’agglomération qui se rendent chaque jour au collège à vélo », se félicite-il. Dès son élection à la mairie, il s’est aussi démené pour obtenir une meilleure desserte de sa ville: « Du centre de Saint-Avertin à Tours, les trajets duraient une heure à cause d’une quarantaine de points d’arrêt. Cette amélioration nous était demandée par les usagers habituels et par les nouveaux résidents ».
Homme de consensus, Jean-Gérard Paumier va maintenant s’attaquer à un nouveau chantier: assainir la flotte de véhicules de Fil Bleu. Dès la révélation de l’affaire Volkswagen, et sous la pression des écologistes, il a demandé aux responsables du réseau de faire expertiser les données de ses nouveaux bus diesel du constructeur Scania, filiale du groupe allemand. « Ils vont faire l’objet d’une surveillance particulière. Nous demandons au constructeur de nous fournir l’ensemble des données du véhicule. Nous prendrons ensuite l’un de ces bus au hasard, il fera l’objet d’un contrôle par un expert indépendant. ». Cette année, quinze nouveaux bus diesel estampillés Scania ont rejoint le parc de Keolis Tours. En tout, la filiale du groupe Volkswagen doit livrer 44 véhicules à Fil Bleu d’ici 2018.
Au four et au moulin, Jean-Gérard Paumier se consacre pleinement à sa vie d’élu local, prenant les dossiers les uns après les autres avec une apaisante sérénité. Il nourrit cette sagesse en citant Jiddu Kishnamurti. Sur l’un des murs de son bureau à la mairie de Saint-Avertin, une maxime du philosophe indien l’aide chaque jour sur le chemin à suivre: « Qui sommes-nous? D’où venons-nous? Où allons-nous? Tu demeureras alors que mille soleils se seront couchés derrière la montagne ».
