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Sans contact

Wizway, le standard tant attendu?

Gemalto, Orange, la SNCF et la RATP créent le consortium Wizway Solutions, pour proposer aux AOT une solution clés en main de mobilité sans contact NFC. Multitransporteur, multimodale, ouverte et mutualisée, cette plateforme doit permettre de moderniser la billettique en France.

Serait-ce la clé qui débloquera le développement d’une billettique modernisée et sans contact dans les transports France? L’initiative est en tout cas de taille et voit les choses en grand pour résoudre l’équation de l’interopérabilité des systèmes billettiques.

Le fabricant de cartes à puce Gemalto, l’opérateur télécoms Orange, les transporteurs SNCF et RATP se sont associés pour créer le consortium Wizway Solutions et atteindre un objectif: mettre à disposition des transporteurs et des autorités organisatrices de transport (AOT) une solution clés en main de mobilité sans contact NFC. Standardisée et pouvant être adoptée par le plus grand nombre, elle pourra s’étendre sur tout le territoire.

Arriver à un NFC standard

En clair, il s’agit de permettre aux voyageurs équipés d’un mobile d’acheter les titres de transport du réseau de leur choix, via l’application de leur transporteur. Les titres seront stockés de manière sécurisée sur sa carte SIM, tandis que le smartphone servira de valideur aux bornes, même éteint ou déchargé, se comportant comme une carte sans contact. L’image semble idyllique… « Les transporteurs recherchent un coût optimal pour leur solution sans contact, valable avec tous les fournisseurs pour un service unifié, Wizway est la réponse commune de tous les membres fondateurs », a expliqué Olivier Piou, directeur général de Gemalto, lors de la présentation de Wizway, fin décembre à Paris. Œcuménique, cette joint-venture réunissant quatre industriels français a été impulsée dans le cadre du plan de la Nouvelle France industrielle, lancé en septembre 2013 par le gouvernement et soutenu par les ministères de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, et des Transports. Wizway a été financée à parts égales par les quatre industriels fondateurs et affiche d’emblée sa volonté d’accueillir d’autres membres, transporteurs ou opérateurs mobiles. Opérationnelle depuis début janvier, la structure, qui comptera dans l’année une dizaine de personnes, est dirigée par Louis Brosse, ex-SNCF.

Wizway cherche à combler le chaînon manquant dans la mobilité sans contact et tenter d’imposer, une fois pour toutes, un standard NFC pour les transports publics en France, à travers une plateforme technique centralisée et en valorisant la notoriété et l’expertise de ses membres fondateurs.

Jusqu’à présent, seule une poignée de villes ont testé le sans contact NFC dans les transports à partir de smartphones (Nice, Strasbourg, Caen, et récemment Grenoble avec Transdev – mais le support était une carte bancaire). Interlocuteur unique des AOT sur les fonctions techniques du service liées au mobile, Wizway ne semble donc pas vouloir intervenir sur toute la chaîne de la billettique, mais plutôt laisser aux AOT et à leurs transporteurs opérateurs le choix et les niveaux d’offres et de gammes de services (applications mobiles, expérience client, tarifs).

Premiers tests via le smartphone

C’est donc surtout dans le domaine technique que Wizway vise à imposer sa marque, en s’appuyant sur deux standards: la norme de billettique Calypso et la technologie sans contact NFC. « La plate-forme Wizway assure la dématérialisation des titres sur les mobiles, les tickets sont émis de bout en bout et les voyageurs pourront combiner plusieurs modes de transport avec achat et validation à travers leurs smartphones ». Conçue et testée courant 2016, la solution Wizway devrait être déployée à grande échelle en 2017. « Nous souhaitons offrir un écosystème, des investissements mutualisés avec des acteurs majeurs, l’expertise de la RATP et de la SNCF sur la billettique », rappelle Olivier Piou de Gemalto.

Porte-parole du développement du sans contact dans les transports, Wizway souhaite donc fédérer le secteur du transport public pour favoriser le développement d’une billettique moderne. « C’est une nouvelle étape, on nous reproche souvent la complexité du transport public comparé à la voiture individuelle, nous apportons une réponse aujourd’hui », a expliqué Guillaume Pepy, Pdg de la SNCF, « la solution réside dans le porte à porte, nous apportons la confiance avec le poids de nos marques et une solution française. Ce service sera proposé aux AOT, elles le choisiront ou non, mais je pense que c’est le meilleur système possible ». Même enthousiasme pour Élisabeth Borne, Pdg de la RATP, qui rappelle que « beaucoup de nos voyageurs viennent en TGV, plutôt que d’acheter leur titre à l’arrivée, nous espérons qu’ils pourront acheter un e-billet avec leur billet de train ».

Une nouvelle ère du transport public

Pour Barbara Dalibard, si le succès est au rendez-vous, le cap qui pourrait être franchi est colossal. « L’objectif est de créer un standard multitransporteur et d’avoir un effet réseau », explique la directrice générale de SNCF Voyageurs, avant de trouver un parallèle ambitieux: « dans les télécoms, l’absence de standard technique dans les sms entre les opérateurs freinait leur développement, la création d’une plateforme commune a eu un effet immédiat. »

« Nous appelons l’ensemble des opérateurs à nous rejoindre sur cette plateforme ouverte, d’autres opérateurs télécoms, SFR et Bouygues Telecom, ont d’ores et déjà annoncé leur participation, et pour les transporteurs, ils pourront offrir leur expérience sans contact à leur nom », a souligné Olivier Piou, avant de rappeler que si « certains ont consacré plus d’efforts pour nous rejoindre dès le départ, Wizway est ouvert à tous. » Le message d’ouverture aux autres transporteurs semble en tout cas avoir été entendu, même si chacun affiche sa volonté de conserver la maîtrise de sa stratégie et de son expertise opérationnelle et technique en matière de services clients innovants, face à leurs clients AOT. Le principe est de rappeler que la RATP et la SNCF, membres fondateurs de Wizway, sont avant tout des concurrents…

À chacun son offre… compatible Wizway

Pour Keolis, filiale de la SNCF, Wizway n’est pas non plus perçu comme une menace. « La solution Wizway intervient à un autre niveau et elle sera compatible avec PlanBookTicket », explique Arnaud Julien, directeur Innovation & Digital de Keolis. « C’est notre solution globale de navigation et de distribution, qui intègre du ticketing en NFC avec une norme évolutive, capable de s’interfacer avec Wizway et son NFC Intercode, et qui propose également le sans contact avec les codes-barres 2D. »

Le responsable se félicite de « l’engouement actuel du secteur pour le sans contact ». Il met en avant les avantages des choix technologiques actuels de Keolis dans PlanBookTicket: ce sont des outils déjà en exploitation dans des réseaux, « comme à Strasbourg pour le NFC ou à Londres pour les codes-barres 2D ». Ils ne nécessitent pas de « modifier les parcs de valideurs des réseaux et sont compatibles avec tous les types de smartphones, ils sont plus simples et rapides à mettre en œuvre et moins coûteux au final, tout dépendra du coût de la solution qui sera proposée par Wizway, de la taille et du choix fait par le réseau. »

Quelques heures à peine après l’annonce de la création de Wizway, Transdev envoyait un communiqué pour confirmer son intention de participer à cette plateforme. « Transdev participera à son déploiement, tout en poursuivant sa propre stratégie et ses partenariats en matière de développement d’applications de mobilité », expliquait le groupe dans ce communiqué, en précisant que sa stratégie est celle de la « création d’applications basées sur deux briques essentielles, l’information voyageurs temps réel et multimodale, et les solutions de paiement pour lesquelles Transdev se fixe les impératifs de simplicité d’utilisation, de coût maîtrisé et d’universalité. »

Il faudra attendre le second semestre 2016 pour voir les premiers tests et les premiers résultats des solutions labellisées Wizway, déployées en premier lieu par la SNCF et par la RATP. Ensuite, les réseaux et les AOT pourront choisir d’adopter ou non ce standard. À moins que d’ici là, une nouvelle technologie ne vienne révolutionner la mobilité sans contact?

Lexique
Sans contact? NFC? Tag? 2D?

En technologie, la confusion des termes est courante. Et le sans contact n’échappe pas à la règle, puisque plusieurs technologies répondent à ce nouveau mode de communication.

NFC: ce sont les initiales de Near Field Communication, ou communication en champ proche. Cette technologie radio à courte portée (10 cm) est dérivée du RFID (Radio Frequency Identification, ou identification par radiofréquence). Présente dans les cartes de paiement et les smartphones, son usage se développe. Limité aux smartphones Android jusqu’à présent, Apple devrait bientôt proposer le NFC dans ses nouveaux iPhone, la célèbre marque ayant récemment rejoint l’organisme en charge du développement de la technologie, le NFC Forum. En France, d’après les chiffres de l’observatoire de l’association française du sans contact mobile (AFSCM), on compte 8,6 millions de smartphones NFC et près de 39 millions de cartes de paiement NFC, soit 60 % du parc total.

Tags: ces étiquettes électroniques, apposées sur une vitrine ou un arrêt de transport, communiquent en NFC avec le smartphone sur un mode particulier, le mode lecteur. Il suffit d’approcher l’appareil de l’étiquette pour déclencher une action.

À ne pas confondre avec les QRcode, ces graphiques en 2D, qui eux, fonctionnent avec l’appareil photo du smartphone et une application.

« Le contenu de Wizway ne nuit pas au projet ABC porté par les AOT. »
Frédéric Neveu, membre du conseil d’administration du Gart (Groupement des autorités responsables de transport), vice-président Transport et Mobilités de la communauté d’agglomération de Saintes.

Quelles peuvent êtres les avancées et les limites apportées dans la standardisation d’une billettique sans contact suite à cette annonce?

Il faut d’abord comprendre le contour du consortium et de son projet Wizway. Il s’agit de la mise en œuvre d’un des 34 chantiers du plan de la nouvelle France industrielle, lancé par le gouvernement. À ce moment-là, nous avions déjà échangé avec leurs équipes techniques sur le périmètre du projet, pour créer une offre de service clés en main qui propose une plateforme NFC support de gamme de services mobile qui puisse être multi-opérable, ouverte et flexible, et enfin, qu’il ne puisse y avoir qu’un seul interlocuteur pour tous les opérateurs. Du reste, nous avons interrogé nos adhérents experts en charge du projet ABC (application billettique commune) sur le contenu de Wizway. Ils nous ont confirmé que cela ne nuisait pas à ABC, porté par les AOT.

De plus, il faut savoir que nous travaillons déjà avec la centrale d’achat du transport public (CATP) sur le développement d’une billettique standardisée qui rentrera dans son catalogue. De toute façon, les AOT resteront libres de choisir le produit qu’elles jugent le mieux adapté à leur demande et au coût qui convient. Soit l’autorité prendra un produit standard et elle s’y adaptera, soit elle fera développer un produit sur mesure, et au coût important que nous connaissons tous.

Des travaux sont déjà menés en France dans ce domaine, cette initiative ne risque-t-elle pas de créer plus de confusion?

Non, la confusion n’a pas lieu d’être, étant donné que nous travaillons en collaboration avec des acteurs clés tels que l’Agence française de l’information multimodale et billettique (Afimb), la Centrale d’achat du transport public (CATP) et l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP). Notre action se concrétise, notamment par l’organisation de groupes de travail au sein du Gart, ainsi que par la présidence de la normalisation CN03 (information multimodale et billettique) et du GC ITS (groupe de coordination des systèmes de transport intelligents). Les AOT et les exploitants sont tenus informés par chacune de ces entités.

Le risque n’est-il pas de se couper des projets menés à l’échelle européenne?

Les projets menés à l’échelle nationale ne nous empêchent pas de poursuivre notre travail à l’échelle européenne. Les projets européens sont également suivis par le Gart à travers notre engagement avec les acteurs de la normalisation et l’Afimb, il en va de même avec l’UITP (Union internationale des transports publics).

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Auteur

  • Bruno Gomes
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