Gouverner, c’est prévoir! Si tout le monde s’accorde sur le bien-fondé de cet adage, combien de gouvernants le mettent-ils en application? Le triste spectacle du conflit entre les taxis et les VTC est assez révélateur de la capacité de nos responsables politiques à trop souvent glisser les problèmes sous le tapis. Au fond, nous assistons, depuis quelque temps déjà, à l’émergence d’un nouveau modèle économique qui met logiquement à mal un monde ancien, fondé sur le principe d’une pénurie volontairement organisée (le fameux numerus clausus), si chère aux professions dites réglementées.
Au-delà des divers points de vue légitimement développés concernant la pertinence sociale de cette ubérisation du travail, le fond des difficultés rencontrées dans ce dossier vient surtout du prix des fameuses licences de taxi. Considérées comme une assurance retraite par nombre d’artisans du secteur, ces derniers voient désormais la valeur de leur patrimoine décroître, et s’en alarment à juste titre. Pouvait-on prévoir ce phénomène? Oui. Était-il envisageable il y a cinq ou six ans de créer un fonds, abondé par une taxe quelconque, qui aurait permis de rembourser leur plaque à chaque taxi désireux de quitter le métier? Oui. Doit-on toujours attendre que des émeutes se déroulent dans l’espace public pour que les ministères dits « concernés » se penchent sérieusement sur des sujets aussi sensibles? Non.
Plutôt qu’une loi Thévenoud inepte (ce monsieur était-il vraiment l’homme de la situation?), qui n’eut pour seul mérite que de calmer temporairement un des protagonistes, c’est bien plutôt d’une loi-cadre Transport de personnes dont ce secteur aurait besoin. Et comme le monde a beaucoup évolué depuis 1982 (qui parlait alors de révolution numérique?), il faudrait intégrer dans ce texte les modes doux, les taxis, les VTC, et l’ensemble des transports alternatifs, autopartage en tête…
Autrement dit, plutôt que de colmater les brèches qui apparaissent chaque jour dans un système hors d’âge, il s’agirait d’anticiper les évolutions sociétales dans le domaine des transports de personnes. Une telle clairvoyance politique permettrait peut-être d’éviter le triste spectacle des pneus qui désormais brûlent régulièrement sur le périphérique parisien et autour des aéroports.
