Avec sa solution Scoop, appli mobile d’information voyageurs destinée aux petits et moyens réseaux urbains, la centrale d’achat du transport public entend démocratiser et démystifier les services numériques. À travers cette appli mutualisée, évolutive, abordable techniquement et financièrement, l’indépendant Agir souhaite démontrer que l’expertise technologique n’est plus l’apanage des groupes de transport et leurs filiales spécialisées
Pour faciliter la transition numérique de l’information voyageurs des réseaux de transport de taille intermédiaire, la centrale d’achat du transport public (CATP), créée par l’association Agir, étoffe son catalogue avec un nouveau produit, une appli mobile baptisée Scoop. Annoncée aux Rencontres nationales du transport public de Lyon en octobre dernier, Scoop est une solution que les réseaux pourront personnaliser à leurs couleurs et avec leurs informations. Elle reprend les fonctionnalités type de l’appli de transport en commun: versions iOS et Android, site web responsive adapté aux consultations depuis un mobile, informations sur les horaires temps réel et prochains passages, fiches horaires, calcul d’itinéraires par adresse, arrêt ou position géolocalisation, plan des arrêts et services à partir de la géolocalisation, plans des réseaux et lignes, fil info trafic, offre tarifaire, informations push (en option), etc.
Mais au-delà des choix techniques retenus pour concevoir son produit, la CATP a gardé en tête son objectif économique d’arriver à proposer une solution à un tarif moins élevé que ceux habituellement pratiqués sur le marché. Un choix économique et industriel que les sociétés de technologie du secteur des transports n’ont pas souhaité suivre. « Notre approche était de travailler sur un outil mutualisé, évolutif et à la carte, défini à partir des besoins que nous avons identifiés et partagés à travers la plupart des réseaux et territoires », explique Julie Brunier, directrice du développement de la CATP. « Mais leur modèle économique est plus orienté vers des développements sur mesure d’applis, beaucoup plus coûteux, parfois trois à quatre fois supérieurs. » Parmi les six candidats retenus, la CATP a donc fait le choix de travailler avec Airweb, une agence spécialisée dans le développement d’applis mobiles, basée en France et en Allemagne.
Après la signature d’un accord-cadre en septembre 2014, Airweb et la CATP ont défini les spécifications communes de base et les options de l’appli mobile Scoop. « Une fois défini le niveau de performance attendu, nous avons identifié les formats de données à intégrer, le travail sur le nettoyage de ces données, la cartographie Here, l’ajout en option de la brique logiciel ticket virtuel mobile, développé avec le soutien d’Agir par les réseaux STGA d’Angoulême et Vitalis de Poitiers, mais aussi d’autres développements futurs, comme l’intégration des offres vélo ou covoiturage dans le calcul d’itinéraire », énumère Julie Brunier. Et de conclure: « Airweb n’avait pas d’expertise transport, nous la leur avons apportée en les faisant travailler sur ces questions ».
La première version complète de Scoop est sortie des ateliers d’Airweb à l’été 2015, avant d’être soumise pour test et débogage à un adhérent Agir, premier client de Scoop, les transports en commun de l’agglomération de Troyes (TCAT). Le réseau a pu valider l’appli pour tous les futurs clients de Scoop, autre avantage de la mutualisation de l’offre.
Officiellement lancée début 2016, l’appli de la TCAT est la première vitrine de Scoop: disponible en version iPhone depuis le 29 janvier et en version Android depuis le 5 février, le réseau du Grand Troyes informe désormais ses voyageurs sur les horaires, les itinéraires, la géolocalisation, les plans et l’info trafic de ses bus.
Le déploiement de Scoop pour les réseaux clients à venir a un calendrier plus court, atout supplémentaire de la mutualisation, explique la CATP. « Trois semaines après avoir passé le marché et la fourniture des données, l’appli est mise à disposition pour test auprès du réseau, le déploiement est très rapide », confirme Julie Brunier.
Pour Arnaud Rabier, directeur de la CATP et secrétaire général d’Agir, « Scoop doit répondre aux besoins des collectivités de proposer à leurs usagers un produit d’information voyageurs à un coût abordable, grâce à une mutualisation dès les phases de conception ». Car dans les domaines technologiques, la définition des besoins prend rapidement une tournure complexe et illisible pour les collectivités. « Les réseaux n’ont pas toujours en interne les capacités ou les compétences informatiques et de développement pour mener à bien à ces projets. Scoop apporte de la simplification pour que les collectivités puissent disposer des mêmes outils numériques que les grands réseaux », explique Christophe Chenilyer, directeur méthodes et informatique de la TCAT de Troyes.
Outre le niveau de compétence interne, c’est aussi le choix du prestataire informatique qui peut mener à des impasses explique la CATP. « Sur la recherche d’itinéraires, les formats des données et les horaires en temps réel, les réseaux sont amenés à travailler avec des PME locales qui n’ont pas d’expérience dans le transport et ses spécificités », relève Magalie Dujancourt, responsable de la communication d’Agir. « Ils peuvent ensuite être liés à ces PME sans possibilité d’évolution à coûts raisonnables, tandis qu’en mutualisant le développement, nous parvenons à rendre le produit plus abordable et plus sûr. »
Pour la CATP et Agir, il s’agit aussi de démontrer que l’innovation n’est plus un domaine réservé aux grands groupes et leurs filiales spécialisées dans les développements de solutions digitales, comme Kisio pour Keolis, Cityway pour Transdev ou Ixxi Mobility pour la RATP. Plus accessible techniquement et à un tarif « inférieur de 50 à 70 % comparé aux prix habituels », Scoop apporte une réponse concurrentielle qui doit séduire avant tout les réseaux de petite ou moyenne taille, souvent sous-équipés en ce qui concerne ces outils pourtant très demandés par les voyageurs et qui contribuent à améliorer l’image et la qualité du transport public. « L’accueil a été très bon, avec un peu plus d’un millier de téléchargements pour la version iOS, nous attendons un décollage encore plus net des téléchargements avec la version Android », se félicite Christophe Chenilyer, « l’attente pour une appli était grande parmi nos usagers, notamment pour la réception d’alertes personnalisées ». Troyes ne compte d’ailleurs pas s’arrêter. Le ticket virtuel mobile sera proposé, comme sur les deux réseaux fondateurs d’Angoulême et de Poitiers. « Un module de gestion des réseaux sociaux » sera aussi ajouté.
Dans quelques semaines, le réseau Évidence du Grand Cahors lancera à son tour son appli mobile conçue à partir de Scoop, tandis que le TUB (transports urbains briochins) de Saint-Brieuc, adhérent d’Agir, la prévoit pour le mois d’avril. « Une trentaine d’autres réseaux a déjà manifesté leur intérêt pour Scoop », déclare Julie Brunier.
Plus de transparence, plus d’indépendance, les objectifs de la CATP s’appliquent avec encore plus de légitimité dans les domaines plus pointus de l’innovation. « L’objet du partenariat avec le Gart est la standardisation et l’ouverture des données. Le Gart travaille sur les normes, Agir et la CATP les intègrent ensuite », résume Arnaud Rabier, « aujourd’hui, ce ne sont plus uniquement les industriels qui pilotent les normes, mais les clients qui étudient avec les experts et les industriels pour les contraindre à une plus grande ouverture et plus d’échanges. Nous cherchons à combiner les travaux du Gart et de la CATP pour convertir une norme contractuelle en produit opérationnel sur le territoire. »
Après les SAEIV Navineo de Cofely Ineo, les SAE et la billettique scolaire et légère d’Ubi Transports, c’est le chantier de référencement pour les systèmes de billettique plus lourde qui est en cours. « Nous aurons deux titulaires sur les besoins standards matériels, et ensuite, comme sur les SAE, il y aura une remise en concurrence de chacun sur les prix et les délais. »
Les solutions plus lourdes et coûteuses n’effraient plus la CATP. « Nous avons gagné en expérience sur l’innovation et les domaines pointus, et avec 80 M€ de volume d’affaires, nous sommes déjà coutumiers des gros dossiers, comme ceux traités sur les véhicules », assure Arnaud Rabier.
