Les mille et une vies de l’ancien député Yanick Paternotte l’ont mené jusqu’à Charles Beigbeder. Ensemble, ils ont acquis 30 % des parts de Starshipper, saisissant l’opportunité, attendue depuis plusieurs décennies par toute une profession et offerte par la loi Macron, de figurer parmi les premiers gestionnaires des lignes nationales par autocars.
Dans le sillage de Charles Beigbeder, Yanick Paternotte est un nouveau venu dans le secteur du transport de voyageurs. Ensemble, ils ont choisi d’investir dans le groupement d’entreprises Starshipper.
Ce nouveau chapitre dans la vie du pharmacien et ancien député-maire (LR) de Sannois (Val-d’Oise), n’est pas le fruit du hasard. Sur les bancs de l’Assemblée nationale (de 2007 à 2012) ou au conseil départemental du Val-d’Oise, il a été l’un des rares élus à suivre avec attention les problématiques ayant trait à la mobilité. « Il est vrai que les politiques s’intéressent peu à ces questions. Les systèmes de transport et leurs modèles économiques sont complexes. Le conventionnement de l’autocar est très particulier et le domaine libre n’existe que depuis très peu de temps. Le transport apparaît souvent comme une question vieillotte, alors que ce n’est pas du tout le cas », expose le rapporteur de la commission Développement durable et aménagement du territoire, ses deux autres champs de prédilection. Usager du métro parisien, il guette en temps réel les incessantes innovations technologiques des modes de transport: « Nous sommes passés du poinçonneur des lilas aux rames automatiques, à la billettique et à la multimodalité. Étant passionné d’histoire, j’observe que toute civilisation s’est construite autour de la mobilité et de ruptures technologiques. Les stratégies de développement économique sont liées. »
Ce goût pour la mobilité remonte à l’enfance. Sa famille a beaucoup voyagé au gré des changements de poste de son père, gendarme mobile. « Cela a façonné mon regard sur le monde et mon esprit de découverte. La technologie a changé la dimension de notre planète et l’espace-temps. Nous accomplissons aujourd’hui des voyages en quelques heures, quand il nous fallait plusieurs jours dans un passé pas si lointain. » Cette vie sur les routes contraste avec le quotidien sédentaire de ses grands-parents, agriculteurs en Moselle: « Dans les villages, quand on se mariait ailleurs, c’était une sorte de révolution ». Et Yanick Paternotte rêve d’ailleurs. Ses modèles se nomment Chopin ou Voltaire, dont les voyages exaltaient leur imaginaire, nourrissant leur œuvre: « Jadis, le rayonnement intellectuel se faisait par le voyage ».
Dès ses premiers mandats locaux, dans son Val d’Oise d’adoption, il prend en charge les dossiers transport et développement économique, lui qui compte à son actif de nombreuses créations d’entreprises telle qu’Aspir-Aspivenin (cédée en 2001). « Au début des années 1980, quand je suis devenu conseiller général, j’ai refusé de m’occuper des affaires sociales, car je ne voulais pas rester étriqué dans un monde que je connaissais bien par mon métier de pharmacien ». Son premier dossier: la réduction des nuisances sonores de l’aéroport de Roissy, en s’inspirant de l’approche japonaise à Tokyo et Osaka où il se rend à la faveur d’un jumelage.
Politiquement, Yanick Paternotte s’engage d’abord dans les rangs des écologistes. En 1981, tandis que les Verts n’existaient pas encore, il réalise aux élections législatives « l’un des meilleurs scores de France » de cette famille politique alors embryonnaire. Homme de « culture libérale, humaniste et sociale », il ne prolonge pas l’aventure écologiste: « S’opposer sans proposer ne correspond pas à ma vision de la politique ». D’un tempérament indépendant, il rallie le Parti républicain, sous le patronage de François Léotard, puis Démocratie libérale dirigée par Alain Madelin, l’UMP et LR, conservant une solide fibre environnementaliste. Il va même jusqu’à parrainer Antoine Waechter, candidat à l’élection présidentielle de 1988, « un écologiste modéré et pondéré » comme il les aime. Son goût pour les idées et le débat le mène sur des terrains a priori hostiles, comme la fête de l’Humanité où il est invité à trois reprises, ce qui lui vaut une double page dans le quotidien communiste.
Aujourd’hui libéré de ses mandats locaux et de parlementaire, il est resté fidèle à sa famille politique et soutient ouvertement Jean-François Copé pour la prochaine primaire de droite. Mais Yanick Paternotte ne semble pas vouloir retrouver les bancs de l’Assemblée nationale: « Mon parcours en politique est une parenthèse, plus longue que prévue. En 2017, il n’est pas du tout certain que je me représente. Je n’ai jamais pris mes mandats comme une fin, mais comme un moyen de faire bouger les choses. » Sa vie semble aujourd’hui toute tournée vers les affaires.
Le pari Starshipper ne peut être que fructueux: « Ceux qui prétendent que l’autocar est un retour en arrière se trompent, par méconnaissance ou par démagogie. À la différence, le ferroviaire, mode de transport lourd avec un retour sur investissement très long, d’au moins trente à quarante ans, nécessite de la massification. L’autocar est plus souple et permet au contraire une diversité de l’offre ». Il espère toucher deux types de clients: les étudiants connectés, au pouvoir d’achat limité, et les séniors libérés des contraintes liées au temps.
Avant de prendre pied dans le transport routier, Yanick Paternotte et Charles Beigbeder ont pensé à investir dans le ferroviaire, convenant rapidement que les conditions n’étaient pas encore réunies: « La SNCF n’a pas la volonté d’ouvrir le marché. Il faudrait d’abord qu’elle arrête de déconstruire des rames qu’elle juge obsolètes et de détruire, en somme, de la valeur pour éviter la concurrence ». Il regrette que la France ait fait le choix de la très grande vitesse pour irriguer ses lignes ferrées. « Dans les pays voisins, en Allemagne ou aux Pays-Bas, les décideurs ont opté pour la grande vitesse, ce qui facilite l’ouverture à la concurrence. Quand le matériel sera moins cher, nous regarderons de plus près ».
Yanick Paternotte aimerait aussi que la France inaugure de nouveaux modes de transport, comme le téléphérique urbain ou interurbain. « Relier Nancy au Luxembourg par un mode de transport collectif hors sol serait, par exemple, très intéressant. Cela permettrait aux transfrontaliers d’éviter les bouchons. En choisissant cette solution moins coûteuse, nous valoriserions une technologie et un savoir-faire français. » Il regrette que les politiques ne s’inspirent pas davantage des exemples étrangers.
Il est impressionné par la Suisse et tous les pays « à fortes contraintes géographiques et climatiques » où les idées fusent. « Il y a des villes comme Zürich ou Dresde qui ont opté pour la mixité d’usage pour leurs trains, occupés par les passagers en journée et réservés la nuit en wagons postaux ou pour du fret. J’avais déposé un amendement afin que le nouveau métro automatique du Grand Paris aille dans ce sens pour réduire la pollution urbaine. J’avais regroupé ces idées dans mon rapport parlementaire Dix propositions pour remettre le fret sur les rails ». Autant de pistes que Yanick Paternotte réussira peut-être à mener à bien en tant qu’investisseur, porté par le léger souffle de libéralisme qui balaie la France depuis la prise de fonction d’Emmanuel Macron.
