Simple pour l’usager depuis un smartphone, l’appli multimodale est complexe du point de vue de sa conception. Les techniciens proposent des débuts de solutions ou de produits pour mettre sur pied sa propre plateforme intégrée.
L’enjeu de la maîtrise technologique devient centrale dans les transports. Pour conserver leur autonomie, les opérateurs ou les autorités doivent se pencher sur la conception de plateformes intégrées, agrégeant un maximum de modes de déplacement pour ne pas laisser des acteurs puissants (Google, Apple, Facebook ou Uber) concentrer les flux.
Les savoir-faire se diffusent pourtant et les filiales technologiques d’industriels des transports, d’opérateurs ou de start-up proposent leurs solutions. « Les données sont naturellement très présentes dans la mobilité, les services d’échanges se multiplient et les plateformes d’intégration avec », résume Nico Weiner, responsable produit chez Bosch Software Innovations, à l’occasion d’une table ronde au salon IT-Trans de Karlsruhe, « de plus, les voyageurs veulent pouvoir utiliser toute la panoplie de modes de transport avec leur smartphone, toute la journée, et le tout est d’une grande complexité ». Car pour supporter plusieurs modes, plusieurs scénarios d’interaction, assurer une qualité de service, travailler sur des protocoles et des standards en constante évolution, obtenir l’autorisation des utilisateurs, garantir la sécurité des transactions, etc., la route est longue mais pas impossible. Bosch SI contribue par exemple à l’élaboration du projet de plateforme de Stuttgart ou encore celle du portail Open Mobility à Berlin.
L’intégration de services de taxis ou de VTC en parallèle des transports publics reste une constante dans ces projets de plateforme. C’est ce service en particulier qu’une start-up, Doublemap, basée à Indianapolis aux États-Unis, a présenté au salon IT-Trans. Elle propose d’assurer l’intégration de Uber ou Lyft et d’en faire un mode comme un autre, comme elle l’a fait pour des campus universitaires américains ou des groupes privés, désireux de proposer ce service de lignes de transport à la demande à ses employés.
En France, Kisio, la filiale de services technologiques de Keolis, prévoit elle aussi l’ajout de nouveaux services dans sa solution de recherche d’itinéraire, de réservation et d’achat, Plan Book Ticket, en partie basée sur Navitia. « L’ouverture de nos plateformes est aujourd’hui indispensable pour répondre aux besoins des voyageurs », explique Nicolas Furgé, Pdg de Kisio en marge du salon IT-Trans. « Nous préparons l’intégration de données trafic par un partenaire extérieur encore à déterminer, Mappy, TomTom ou Waze, pour permettre au voyageur de comparer les transports en commun avec sa voiture », détaille le responsable. Même chose pour le covoiturage, « selon le contexte local et si l’offre fait sens, en rabattant sur de grandes lignes de tramway par exemple ».
Autre modèle de création de plateforme intégrée multimodale: l’open source appliqué à grande échelle, comme celui porté par les transports publics HSL de Helsinki en Finlande et développé par la start-up Digitransit (9 personnes). Son appli de recherche d’itinéraires multimodal temps réel, basé sur OpenTripPlanner et OpenStreetMap a été développée en priorité pour les mobiles. Digitransit a ensuite été également réutilisée par le portail national d’itinéraire Matka.fi.
Encore en version bêta, avant une version définitive prévue en 2017, Digitransit a conçu l’interface utilisateur, les fonctionnalités d’intégration et d’échange de données, puis fourni les API à Matka et HSL et n’apparaît pas donc jamais au voyageur.
Un modèle reproductible, capable d’intégrer d’autres modes de transport à la demande selon la start-up. C’est possible pour n’importe quelle ville ou territoire, comme en Norvège où la petite start-up open source va déployer sa solution, avant, pourquoi pas, de sortir de Scandinavie.
