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Portrait

L’humanisme discret d’Henri Hureaux

Personnalité réservée du monde des transports, Henri Hureaux, patron d’une société de 450 salariés, nous livre son parcours d’entrepreneur et de père de famille, vivant quotidiennement avec le handicap de l’un de ses fils. Cet autocariste s’est naturellement ouvert au transport de personnes à mobilité réduite, qu’il défend avec une sensibilité rare.

Henri Hureaux connait mieux que quiconque le transport de personnes à mobilité réduite (TPMR). Ce quinquagénaire, père de quatre enfants, est lui-même confronté au handicap de l’un de ses enfants. Alexandre, son aîné, a été diagnostiqué autiste profond, très tôt après sa naissance il y a 21 ans.

D’un tempérament discret, cet autocariste de Reims ne communique pas beaucoup dans les médias sur l’activité de son entreprise: « Par nature, la profession de transporteur doit s’exercer avec humilité. Si je faisais la comparaison avec les métiers du bâtiment, je dirais que nous ne sommes pas les architectes, mais plutôt les artisans qui font passer les fils dans les murs ». Son expérience atypique dans le monde des transports et son parcours de père de famille, vivant chaque jour avec le lourd handicap de son fils, justifient néanmoins qu’il fasse une entorse à ce principe: « Sur la question de l’accessibilité, j’ai des choses à dire. Bien que le TPMR ne représente qu’une part marginale de notre activité, elle revêt beaucoup d’importance à mes yeux pour des raisons affectives ».

De La Poste au transport de personnes

En 2002, ancien directeur du développement, puis responsable de la communication du groupe La Poste dans le Nord-Est, Henri Hureaux est endeuillé par la disparition brutale de son épouse. Il s’établit alors à Reims, sa ville natale, afin d’inscrire Alexandre dans l’un des meilleurs établissements spécialisés de France. « Je n’en ai jamais fait un principe moral, mais j’ai tout fait pour qu’il puisse rentrer le soir à la maison et qu’il vive avec sa famille. » C’est à cette époque qu’il a racheté à Jean-Pierre Jacqueson – le mari de sa mère – la petite société Regnault: « Il y a eu un effet d’opportunité. Je ne me destinais pas spécialement à travailler dans le transport. Mais ayant grandi dans cet univers, c’était plus facile ». Avec panache, il a œuvré au « redéploiement de cette entreprise moribonde, placée en redressement judiciaire ». Le succès de cette opération de sauvetage l’a encouragé à reprendre d’autres PME en difficulté.

Henri Hureaux travaille aujourd’hui en liens étroits avec les transports Jacqueson, installés à Rethel, à une trentaine de kilomètres de Reims: « Nous avons en commun le transport scolaire et périurbain, mais nous n’intervenons pas sur les mêmes territoires. Contrairement à l’entreprise de mon beau-père, qui va bientôt être reprise par mon frère, nous sommes présents sur le transport de moins de neuf places, mais nous ne faisons pas du tout de tourisme. Entre nous, tout est clair ».

Parti de rien, il a fait grimper les effectifs de ses entreprises de 8 à 450 salariés. Il doit son succès à une stratégie efficace. Autour d’une direction « ramassée » et proche du terrain, cet adepte des « raisonnements épurés » se concentre sur l’essentiel: « Les problématiques de notre profession sont très concrètes. Il ne faut jamais oublier que nous sommes au service de nos clients et des passagers ».

Une croissance maîtrisée

Henri Hureaux s’accorde la possibilité de continuer à grandir par le truchement d’une croissance externe maîtrisée. « Dans les prochaines années, il y aura sur le marché quelques entreprises familiales de mon département. Leurs fondateurs préfèreront peut-être vendre à une entreprise de taille intermédiaire, où la dimension fraternelle est plus présente que dans les groupes. »

Mesuré et responsable, il ne se laissera pas aveugler par la quête chimérique du toujours plus. « Dans notre secteur, plus on grossit plus on s’affaiblit. Comme il est difficile de faire des économies d’échelle, il ne faut pas croire que l’on a moins de coûts quand on s’agrandit. » Au cours de ces deux dernières années, il a néanmoins volé au secours de deux petites entreprises franciliennes en redressement judiciaire (ART et LCT), qui ont renforcé sa holding. Solidement installé sur ses terres d’origine, Henri Hureaux voit plus loin que la Champagne, épicentre de son activité. Il avance progressivement ses pions vers la capitale, « attiré par la forte densité de population », porteuse de développement.

Artisan du TPMR

L’avenir de son entreprise passe aussi par sa spécialisation TPMR. Avant la naissance d’Alexandre, Henri Hureaux ne connaissait guère le monde du handicap. Par empirisme, il a développé un savoir-faire rare parmi les autocaristes classiques de l’Est de la France. « Au début des années 2000, avant la loi sur le handicap, les premiers transports pour les enfants handicapés comme Alexandre se faisaient par ambulance. Les nombreux retards, les incidents et le manque d’information scandalisaient le jeune père de famille que j’étais. J’ai donc décidé de prendre en charge moi-même les déplacements d’Alexandre, puis de répondre aux premiers appels d’offres TPMR dans les années 2005-2008. »

Au sein de la commission des véhicules de moins de neuf places, dans laquelle il siège à la Fédération nationale du transport de voyageurs (FNTV), il porte un regard singulier sur le transport des enfants handicapés, nourri de sa propre expérience: « Je crains que nous ne passions à côté des attentes des familles, en réduisant le sujet aux seules problématiques mécaniques. Quand on parle de handicap, on pense aux fauteuils roulants. Mais statistiquement, le nombre d’enfants touchés par un handicap mental ou sensoriel est beaucoup plus élevé! »

Les conducteurs TPMR doivent être sensibilisés aux troubles du comportement, par nature imprévisibles. Son fils n’a, par exemple, aucun sens du danger « ni pour lui ni pour les autres ». Les programmes de formations professionnelles, « très aboutis sur les aspects techniques et mécaniques », ne sont, à ce jour, pas suffisamment perfectionnés. Se lancer dans le TPMR exige « un état d’esprit ou une sensibilité particulière »: de la psychologie, du dialogue avec les familles, une « traçabilité » sans faille, de la maîtrise. Une approche humaniste, en somme.

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Auteur

  • Xavier Renard
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