Tout le monde, ou presque, ne doutait pas un instant que les nouveaux présidents de région profiteraient de leur récente accession aux responsabilités pour vilipender comme il se doit la gestion de leur prédécesseur. La plupart des nouveaux venus de droite ayant été élus, rappelons-le, sur des programmes de gestion rigoureuse et transparente des deniers publics, le jeu voulait que la validation de leur nouvelle politique se fasse en contradiction avec celle de leurs opposants.
Pour autant, au fil des audits qui commencent à se faire jour, force est de constater que les premières révélations, faites par exemple sur les comptes et l’état financier des quatre grandes régions que sont l’Ile-de-France, Auvergne–Rhône-Alpes, Paca et Pays de la Loire, doivent laisser un goût amer aux contribuables concernés. Au-delà du train de vie dispendieux, et l’on pense naturellement à l’appétence de certains pour le festival de Cannes ou pour l’usage immodéré du taxi comme moyen de transport, le plus frustrant dans cette mise en lumière d’une réelle forme d’incurie concerne finalement la fragilisation des capacités d’investissement de ces institutions. Les taux d’endettement ayant visiblement explosé ces dernières années, voilà désormais ces régions, notamment en charge des transports publics dans leur périmètre, logiquement limitées dans leurs possibilités de développer harmonieusement une offre correspondant aux attentes des populations. Si le leitmotiv des nouveaux dirigeants reste bien de gérer correctement ces collectivités, il va en effet leur falloir réaliser des économies substantielles. L’offre de transport ne peut que pâtir d’une telle situation – que l’on rencontre d’ailleurs déjà un peu partout en France – avec son cortège de pression à la baisse et de manque à gagner fragilisant d’autant les opérateurs concernés.
Que les besoins des citoyens aient été à certains endroits sacrifiés à l’aune des frais de bouche, de musées vides ou d’hôtels de région somptueux ne manquera pas d’exaspérer ceux qui subissent au quotidien des liaisons ferroviaires poussives ou sous-dimensionnées, des métros bondés, ou qui courent après des bus aux fréquences insuffisantes. Tout le monde n’a semble-t-il pas compris à temps que la vie de château était bel et bien terminée depuis longtemps, et le réveil électoral promet encore d’être brutal.
