Relativement discrète jusqu’à présent, la filiale technologique du groupe RATP accélère son développement: nouveaux produits, rachats, recrutements d’équipes commerciales internes ou de représentants, en France et à l’international. Pour multiplier par 5 son chiffre d’affaires d’ici 2020, la société jouera sur tous les leviers.
Ixxi souhaite prendre une nouvelle dimension. Créée en 2010, la filiale technologique, spécialisée dans les systèmes de billettique et d’information voyageurs, a annoncé, courant février, un plan d’investissement de 4,25 M€, « mais c’est un des étages de la fusée », souligne Pascal Auzannet, président d’Ixxi. « Nous sommes une start-up devenue une PME en pleine croissance, et notre objectif est de rentrer dans la cour des grands et devenir la référence ITS dans le groupe, avec un chiffre d’affaires compris entre 80 et 100 M€ en 2020 », résume l’ancien directeur du RER, du développement et de l’action territoriale à la RATP. Mais passer de 21,8 M€ de chiffre d’affaires réalisés en 2015 (+ 10 % comparé à 2014) à 100 M€ en l’espace de cinq ans signifie une multiplication par 5. Ce facteur 5 n’inquiète pas Pascal Auzannet, en charge d’appliquer ce plan de développement validé par le conseil d’administration du groupe RATP.
« Nous sommes appelés à faire croître notre chiffre d’affaires en dehors du périmètre du groupe, et par conséquent à entrer dans le jeu de la concurrence », poursuit le responsable. Et de rappeler qu’Ixxi a consolidé ses fondations depuis deux ans pour supporter la forte croissance attendue dans les cinq prochaines années: industrialisation des process avec obtention de la norme ISO 14 443, fiabilisation technique, consolidation financière avec un résultat net d’exploitation multiplié par trois en 2015 (275 000 € contre 93 000 € en 2014, marge brute de 29 % contre 22 % en 2014), des effectifs de 120 personnes, tous les feux sont au vert.
En 2014, la montée en puissance méthodique d’Ixxi a été marquée par la prise en charge de la billettique de la RATP, entraînant le franchissement d’un premier cap par la filiale: avec la gestion, la maintenance et l’exploitation du système billettique de Paris et sa banlieue, soit 12 millions de voyageurs par jour (et 2 Md€ de recettes annuelles!), le chiffre d’affaires bondit de 78 % en 2014, passant de 11 à 19,5 M€. Une vitrine de classe mondiale pour vanter son savoir-faire en la matière. « Il s’agit du plus grand volume billettique traité dans le monde », se félicite Pascal Auzannet. Pour préparer ses premiers pas hors du giron de la RATP et s’assurer une carte de visite plus diversifiée, en France comme à l’international, les équipes d’Ixxi ont pu accompagner les développements des différentes branches du groupe RATP à Riyad, Casablanca, Alger, Manchester et en Toscane (billettique). À Newcastle, Ixxi signe son premier contrat au Royaume-Uni, sans l’appui du groupe, et marque le début de son développement autonome à partir de 2015, avec une croissance hors de la RATP multipliée par deux. On peut également citer la mission d’assistance à maîtrise d’ouvrage pour la mise en œuvre de la billettique et de l’interopérabilité en région Provence–Alpes–Côte d’Azur.
Pour reprendre l’image de Pascal Auzannet, 2016 doit désormais servir de rampe de lancement à la fusée Ixxi. Et pour lui permettre de décoller, le groupe RATP apporte du carburant sonnant et trébuchant, notamment via une augmentation de capital, conscient du potentiel accru de rentabilité des domaines billettique et information voyageurs dans les réseaux de transport du monde entier. « Nous participons à la performance financière du groupe », rappelle le président d’Ixxi.
Premier axe de sa politique de développement: la création d’une filiale à Bordeaux (Mérignac). Elle sera inaugurée mi-mai en présence du maire Alain Juppé et du président de région Alain Rousset. D’ici 2016, 50 emplois y seront créés dans le domaine du développement de solutions billettiques, de SAE (systèmes d’aides à l’exploitation) et de l’information voyageurs, en complément des équipes situées au siège d’Ixxi, à Noisy-le-Grand, en région parisienne.
Ce développement est financé par un plan d’investissement de 4,5 M€ qui vise à étoffer le catalogue de produits maison, siglés Ixxi, et qui constitue le deuxième levier du plan de croissance de l’entreprise. « Nous souhaitons créer des logiciels et des produits sur étagère, c’est-à-dire développés en amont et dont nous restons propriétaires, plutôt que de faire du développement au cas par cas pour chacune de nos AO clientes qui en conservent la propriété », explique Pascal Auzannet. Une démarche déjà adoptée par ses concurrents (Kisio de Keolis, Cityway de Transdev). Elle permet une meilleure rentabilité économique grâce à une standardisation en amont des logiciels, sans toutefois complètement fermer la porte à des développements spécifiques, compléments d’un produit cœur déjà prêt à être commercialisé.
Troisième volet du plan quinquennal d’Ixxi: la croissance externe. « Nous avons engagé des recherches pour racheter des PME reconnues dans les ITS, dans les SAE notamment pour compléter notre panel de métier, reconnues pour la qualité technique de leurs prestations avec une activité déjà bien établie », détaille le président. Deux rachats devraient aboutir d’ici le mois de juin. Avec un budget annuel compris entre 6 et 10 M€ en 2016 et 2017, puisé en dehors de l’enveloppe de 4,5 M€ du plan d’investissement, Ixxi veut aller vite et fort pour combler ses déficits de produits et de présence sur certains marchés. En consacrant l’équivalent de son chiffre d’affaires à des rachats, l’effet mécanique sur la croissance pourrait être très efficace.
Le quatrième outil de développement d’Ixxi pointe vers un renforcement de sa présence commerciale sur le terrain, dans l’Hexagone, mais aussi à l’international où les potentiels de croissance sont forts. « Nous aurons trois filiales en France, incluant notre site de Bordeaux et les équipes des PME que nous acquérons, et d’autres à l’international, par le biais de représentants et d’apporteurs d’affaires, notamment en Amérique Latine d’ici la fin de l’année », énumère le président. Un outil indispensable pour se rapprocher des marchés locaux et faciliter l’obtention de contrats.
Outre l’Europe, cinq zones régionales sont ciblées en fonction des projets de création d’infrastructures ou de renouvellement des équipements (billettique et information voyageurs): Afrique (Afrique du Sud, Maroc, Gabon, Congo, Namibie), Amérique du Nord, Amérique du Sud (Brésil, Bolivie, Paraguay) et centrale (Colombie, Venezuela, Pérou), Moyen-Orient (Jordanie, Israël, Émirats) et Asie (Inde, Singapour, Hong Kong). Dans ce tour du monde, manquent à l’appel l’Europe de l’Est, l’Océanie, l’Asie du Sud ou encore la Chine, mais Ixxi aura déjà fort à faire avec la moitié du globe…
Pour y parvenir, l’entreprise compte enfin sur son cinquième et dernier axe de développement. Il prévoit un partenariat approfondi avec les industriels et les grands équipementiers pour se positionner ensemble sur des appels d’offres de taille XXL. « Des équipementiers bien implantés dans certains marchés peuvent être intéressés par nos marchés export », explique Pascal Auzannet. Il voit dans le cas de Bordeaux Métropole un signal favorable: « ce schéma de distinction entre l’exploitation et les systèmes ITS, avec la sélection par appel d’offres d’un seul industriel, ouvre plus de possibilité pour notre développement ».
