SNCF Réseau avait semble-t-il préparé à l’avance l’unification des trois régions qui constituent aujourd’hui le Grand Est.
Cependant, les priorités de l’opérateur seront-elles en adéquation avec la stratégie de la nouvelle collectivité?
« Notre organisation territoriale était d’origine en raccord avec la nouvelle organisation administrative », constate Thomas Allary, directeur régional de SNCF Réseau en Alsace–Lorraine–Champagne-Ardenne. Il rappelle que Réseau ferré de France était, dès sa constitution en 1997, organisé sur la base des trois anciennes régions, aujourd’hui fusionnées dans le Grand Est. Aussi, « ce changement, qui se trouve être finalement une véritable simplification, concerne bien plus SNCF Mobilités, qui se trouvait auparavant en face de trois séries d’interlocuteurs différents, avec pas moins de trois présidents de régions, trois vice-présidents de région en charge des transports et trois directeurs régionaux des services transports pour les seuls TER, auxquels s’ajoutaient, pour chacune des anciennes régions et du côté de l’État, les préfets et les directions des DREAL! [directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement, services de l’équipement, ndlr] ».
Dans la région réunifiée, comme dans d’autres et au niveau national, l’objectif majeur de SNCF Réseau vise à « assurer le renouvellement du réseau structurant dont l’usure – voire la dégradation – s’est accentuée ». Une nécessité qui fait passer en seconde et en troisième position, le renouvellement et le développement du réseau régional. Nécessité d’autant plus urgente, qu’ici, sa réalisation a été en quelque sorte « entravée » par « la mobilisation des moyens humains et matériels [de RFF, puis de SNCF Réseau, ndlr] sur le chantier de la seconde phase de la LGV Est. Cela dit, s’il y a des demandes spécifiques de la région et qu’elle finance, notamment dans le cadre des CPER, on y va, quitte à externaliser les prestations avec nos partenaires locaux si les moyens humains et techniques manquent », tient à préciser Thomas Allary.
Les chantiers de maintenance et de renouvellement à réaliser en 2016 ne sont rien moins que considérables, puisqu’ils totalisent 470 M€ d’investissements, avec un équilibre qui se situe à hauteur de 44-56 % entre les deux types d’opérations.
Concrètement, plus de 500 km de voie seront renouvelés par le système de suite rapide, et 60 km de lignes fret sont à remettre à niveau*. S’ajoute la pose de 164 km de fibre optique, pose assortie de l’implantation du système de radio sol-train GSM-R sur les mêmes lignes, des opérations de préparation de l’installation de l’ERTMS qui impliquent la rénovation des caténaires et des installations d’alimentation électrique sur plus de 40 km de lignes. Sans oublier une vingtaine de remplacements d’appareils de voie dans huit gares, le renforcement des capacités énergétiques de sous-stations électriques, le traitement sécuritaire ou la suppression de six passages à niveau, le confortement d’une vingtaine d’ouvrages d’art, parmi lesquels le célèbre viaduc de Chaumont, comme celui de nombreux ouvrages en terre (tranchées et talus). Des opérations d’accessibilité aux PMR sont à réaliser dans trois gares importantes du réseau.
Du côté des CPER, Thomas Allary estime qu’ils présentent « un bon équilibre [et que nos] priorités ont été prises en compte ». Aussi, attend-il la traditionnelle clause de revoyure qui a été accélérée, cette fois à l’été 2016, pour pouvoir préparer l’organisation des futurs chantiers. D’autant qu’avec la fusion des trois régions, cette clause devrait bénéficier d’une sorte d’effet d’échelle, avec un dimensionnement désormais élargi.
* L’importance du réseau capillaire fret régional a conduit RFF, puis SNCF Réseau, à lancer une concertation avec les collectivités, les industriels impliqués dans le rail et des chargeurs. Il s’agit, d’ici 2020, de réhabiliter 4 lignes pour un cofinancement total de 20 M€.
