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1. Des origines à la réalisation

2004-2006: la décision politique

« Il fallait des élus prêts à mouiller la chemise », témoigne Marc Rovigo, directeur du SMTC 90 (Syndicat mixte des transports en commun du Territoire de Belfort). Christian Proust, président de l’Autorité organisatrice de transport (AOT) dès 2004, affichait une ambition forte: doubler la fréquentation des bus, apporter des solutions de mobilité à tous et permettre aux ménages de se débarrasser de leur seconde voiture, voire de la première. Personne ne croyait que ces objectifs pourraient être atteints. Les articles de presse cinglants n’ont pas manqué les deux premières années et les opposants étaient nombreux. Jean-Pierre Chevènement lui-même, alors maire de Belfort, faisait partie des personnes à convaincre. Christian Proust et son équipe ont pourtant tenu le cap.

Keolis, opérateur de transport en place, n’a pas su convaincre l’AOT lors du renouvellement de la Délégation de service public (DSP). Les autres opérateurs ne se sont pas positionnés. C’est pourquoi Christian Proust a œuvré pour passer d’une DSP à une régie de transports sous le statut d’EPCI (Établissement public de coopération intercommunale). La RTTB (Régie de transports du territoire de Belfort) est créée pour exploiter le réseau dans la partie urbaine; des transporteurs privés s’occupent de la partie suburbaine. Le changement de statut a nécessité de dialoguer avec les salariés et leurs représentants afin de les rassurer sur les garanties de poste.

2007-2012: l’extension du réseau de bus

C’est en 2007 que le réseau de bus à haut niveau de service voit le jour. Les nombreux travaux d’aménagement terminés, le Territoire de Belfort dispose d’une offre de bus performante. Les 102 communes sont couvertes et les fréquences bien meilleures que celles observées dans d’autres collectivités: cinq minutes en milieu urbain et dix dans les zones suburbaines constatées en 2012. Cinq pôles d’échange sont créés pour connecter les réseaux de bus urbain et suburbain.

Un travail particulier est réalisé avec l’industriel allemand MAN, le seul fournisseur de bus GPL en 2007, pour proposer des véhicules confortables et design. Six caméras sont également installées dans les véhicules standard et huit dans les bus articulés. Les équipes de MAN sont étonnées; les clients leur demandent habituellement des bus avec les options les moins chères. Mais le SMTC 90 voulait diminuer le sentiment d’insécurité dont les passagers témoignaient dans une étude et leur donner envie d’utiliser le réseau.

La même année, le système de paiement et de validation du trajet est simplifié par la mise en place d’un passe Optymo gratuit et d’un système de post-paiement mensuel, dans l’optique de créer un compte mobilité comme le fait actuellement la ville d’Helsinki, en Finlande. À l’époque, le principe du post-paiement effraie les industriels de la billettique, dont le partenaire historique bisontin Vix Technology. Mais les résultats ont su les convaincre. Pour preuve, Vix Technology propose aujourd’hui le post-paiement dans ses offres. Ce système a aussi nécessité de dialoguer avec la Cnil en raison de la collecte de données personnelles. La Cnil valide depuis ce système de paiement.

Un partenariat a également été mis en œuvre dès 2008 avec les opérateurs télécoms pour permettre aux usagers du bus d’acheter un ticket en envoyant un SMS. Cela leur coûte le prix du billet auquel s’ajoute une commission de 50 centimes que garde l’opérateur. Il semblerait que ce soit le premier cas d’achat d’un service public par SMS en France.

Malgré le mécontentement des habitants au sujet des travaux et le scepticisme des élus et des industriels quant à la réussite du projet, le travail du SMTC 90 a porté ses fruits. En 2011, une étude réalisée auprès des utilisateurs du réseau affichait des taux de satisfaction de l’ordre de 91 %, contre 71 % à la fin 2007.

2012-2014: l’offre triple play

L’offre triple play est mise en place dans la communauté d’agglomération de Belfort entre 2012 et début 2014, avec 250 vélos fournis par l’industriel français Smoove et 140 voitures au compteur. L’objectif? Booster l’utilisation du bus en permettant aux usagers de se déplacer à toute heure et en dehors du département (plus de 80 kilomètres). Les stations de voitures et de vélos en libre-service sont positionnées en moyenne à 500 mètres des habitations. Deux Peugeot 307 CC, 40 Peugeot Bipper, 40 Renault Mégane Estate Zen, 20 Peugeot 508 Hybride et 40 Peugeot 207 + constituent la flotte de véhicules en 2012.

Le développement de ces nouveaux services a généré des travaux d’aménagement importants sur le territoire et les remontrances des habitants sont arrivées tout naturellement. Les actions de communication et de marketing ont été nombreuses pour permettre aux habitants de comprendre l’offre mise en place et de se l’approprier. « Au lancement de l’offre, 25 000 personnes ont utilisé le vélo », précise Marc Rovigo, un score dont les habitants n’ont pas à rougir.

En 2013, l’offre triple play est soumise au troisième appel à projet du Grenelle de l’environnement. Le principe proposé par le SMTC 90 veut que, pour chaque million de voyages supplémentaires, l’État verse 1,5 million d’euros de subvention, jusqu’à obtention de 10 millions d’euros au total. Les subventions obtenues devaient servir à continuer de développer l’offre. Une réponse positive est donnée fin 2014, mais les subventions n’ont toujours pas été touchées et le développement de l’offre a été freiné par plusieurs difficultés financières.

2015-2016: l’équilibrage de l’offre Optymo

L’année 2014 est celle du changement de couleur politique de la ville de Belfort et du département, ainsi que de la passation de présidence au sein du SMTC 90, Christian Proust laissant la place à Bernard Guillemet. C’est aussi l’année où s’achève un audit de dix-huit mois de la Chambre régionale des Comptes avec, comme conclusion, une mise en garde et une injonction à réduire le ratio de désendettement estimé à vingt-cinq ans en 2014. C’est enfin l’année où l’on constate les erreurs passées et où l’on cherche à équilibrer l’offre.

La situation financière est complexe. Le versement transport (VT) de 1,7 % sur le Territoire baisse de 10 % chaque année, soit 1,3 million d’euros de moins en trois ans. En cause, la situation critique de l’emploi, la loi Macron qui impose le VT aux entreprises de plus de 11 salariés au lieu de 9 auparavant, et les demandes de remboursement du VT des entreprises suite à des audits sociaux. À titre d’exemple, General Electric a demandé 1,5 million de remboursement du VT pour les années 2014, 2015 et 2016, ce qu’elle n’avait jamais fait avant.

Les élus décident de ne pas faire peser ces difficultés sur les ménages ou sur les entreprises. Autrement dit, ils n’augmentent pas le VT à 1,8 % (taux plafonné). Ils n’augmentent pas les dotations des collectivités non plus, ce qui aboutirait à des impôts locaux plus importants. Enfin, ils maintiennent la gratuité des transports scolaires. La seule augmentation concerne le prix des tickets de bus, qui passe de 0,8 à 1 euro dès 2014. Cela ne suffit évidemment pas, les recettes ne couvrant que 11 % des dépenses totales.

Toutes les autres actions mises en œuvre visent à rationaliser l’offre. Les moyens sur la communication et le marketing sont limités au maximum. Le Transport à la demande (TAD) est arrêté suite à des excès de la part de lycéens et d’étudiants qui l’utilisaient comme un taxi, à l’heure où des bus circulaient. Envion quarante véhicules en partage sont retirés du parc, les cabriolets, les hybrides et la moitié des Bippers, en raison de leur faible usage. Les fréquences des bus passent de 5 à 7 minutes en ville et de 10 à 15 minutes en zone suburbaine, soit une baisse de 15 % des kilomètres parcourus. Le nombre de conducteurs de bus est réduit en conséquence de 50 chauffeurs. Des négociations au long cours ont lieu avec l’État pour récupérer la part manquante de VT suite à la loi Macron et avec l’Agence française des infrastructures de transport (AFIT) pour obtenir les subventions promises dans le cadre du Grenelle de l’environnement. L’équilibre budgétaire est attendu pour 2016, soit la deuxième année après l’audit, mais il est encore à confirmer en fonction du VT, les entreprises ayant deux ans pour demander les remboursements.

Pour l’équipe en place, l’offre actuelle constitue le socle minimal. « On n’ira pas plus bas », confirme Marc Rovigo, directeur du SMTC 90. Malgré l’ensemble des restrictions, des actions de bon sens sont bien évidemment mises en œuvre, comme l’agrandissement de la ligne 3 depuis le début de l’année 2017. Cela permet aux habitants du département de se rendre en bus au nouvel hôpital Nord Franche-Comté, en effectuant un changement de bus maximum quelle que soit leur commune de rattachement.

Témoignages d’usagers

Marie-Christine, célibataire, 50 ans, employée, travaille à mi-temps, sans permis

Connexion Transport-Territoires: De quelle façon utilisez-vous Optymo?

Marie-Christine: J’utilise juste les bus, tous les jours du lundi au vendredi. Cela fait plus de trente ans. Avant ça s’appelait la CTRB.

CTT: Avez-vous constaté des changements?

M-C: Je trouve que ça a évolué. Avant c’était des tickets. En entrant dans le bus, il fallait payer. Maintenant c’est une carte et on a des bus qui vont partout et desservent même les petits patelins…

CTT: Combien de temps attendez-vous le bus en général?

M-C: Le plus longtemps c’est 7 minutes d’attente.

CTT: Quels sont vos rapports dans le bus avec les autres usagers?

M-C: Avec les autres personnes ça se passe très bien. Lorsqu’on utilise le bus pour aller travailler, la plupart du temps le matin c’est toujours les mêmes gens, alors tu crées un lien d’amitié. On ne parle que dans le bus, on ne se voit pas en dehors.

Xavier, marié, cadre, 54 ans, travaille à temps plein, une voiture

Connexion Transport-Territoires: Quelles composantes de l’offre Optymo utilisez-vous et à quelle fréquence?

Xavier: J’utilise le bus et la location de voiture une fois par mois environ.

CTT: Dans quelles situations utilisez-vous le bus?

X.: J’emprunte le bus pour me rendre à la gare TGV lorsque ma femme utilise notre voiture ou lorsque je ne veux pas payer plusieurs jours de stationnement sur le parking longue durée.

CTT: Et la voiture en libre-service?

X.: C’est principalement lorsque ma femme utilise notre voiture. J’ai aussi recours aux véhicules utilitaires pour charrier des objets encombrants.

CTT: Que pensez-vous de l’offre Optymo?

X.: L’idée est excellente et le service automatique est très pratique. Je parle des tickets de bus que l’on peut acheter par SMS ou encore de la réservation de voiture par Internet.

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