Avec pas moins de 45 chantiers, dont 14 gares et 31 ouvrages annexes, les travaux de la future ligne de métro 15 sud ont commencé début 2017. Ce premier tronçon de 33 kilomètres du Grand Paris Express doit ouvrir d’ici à la fin 2022. Près de 300 000 voyageurs circuleront quotidiennement à bord d’un métro automatique qui roulera à 55 km/h et reliera Pont de Sèvres, à l’ouest, et Noisy-Champs, à l’est. Reportage sur ce chantier dantesque qui modifiera profondément le sud francilien.
Premier tronçon du Grand Paris Express à être mis en service, la ligne 15 sud offrira un axe de transport collectif est-ouest supplémentaire qui contribuera à la désaturation du RER A et des autres modes de transports existants pour les liaisons domicile-travail. Sur les seize gares qu’elle comporte, quinze gares de la ligne 15 sud seront en interconnexion avec les réseaux de transport lourd (métro, RER, Transilien).
Quelque 300 000 voyages quotidiens seront effectués sur la ligne dès sa mise en service, avec une capacité de 1 000 voyageurs par rame, dont la fréquence pourra aller jusqu’à un passage toutes les 90 secondes. Au démarrage, trente trains – dont la largeur avoisine celle d’un RER –, circuleront sur la ligne 15 ssud, avec une fréquence de un toutes les 3 minutes en heure de pointe. La vitesse de croisière de ce métro automatique et entièrement souterrain avoisinera les 55 km/h, soit légèrement plus que le RER A (49 km/h), et mieux que la ligne automatique 14 (39 km/h) ou le métro parisien (21 à 27 km/h). La ligne reliera Pont de Sèvres à Noisy-Champs en 35 minutes. Elle offrira une alternative sérieuse à la voiture individuelle en améliorant l’accessibilité aux grands équipements régionaux comme l’Institut Gustave-Roussy, à Villejuif, l’hôpital Henri-Mondor, à Créteil, ou encore le Musée d’art contemporain MAC VAL, à Vitry-sur-Seine. Un habitant de Pont de Sèvres pourra ainsi se rendre à Villejuif en 13 minutes contre 1 h 02 actuellement.
Les interconnexions avec le réseau existant ou à venir (comme le prolongement de la ligne 14) représenteront un atout non négligeable pour les franciliens. En attendant, c’est autant de défis complexes à résoudre, en matière de conception, d’organisation et de réalisation. Une coordination minutieuse avec SNCF Réseaux et la RATP a été mise en place très en amont pour assurer la sécurité ferroviaire, le déplacement des caténaires, la construction des couloirs de correspondance ou encore les interruptions de services. Ainsi, sur la commune de Clamart (92), les ouvriers dédiés à la future station Fort d’Issy-Vanves-Clamart se sont mis à l’ouvrage dès juin 2016 pour respecter un calendrier extrêmement serré, négocié de longue date avec la SNCF. Le 12 août prochain, le trafic du Transilien sera en effet totalement interrompu pour une durée de 100 heures « minutées », afin de permettre le ripage du toit de la gare. Cette dalle en paroi moulée de 7 500 tonnes sera glissée sous les voies ferrées. « Cette fenêtre de tir réduite nous oblige à déployer beaucoup de moyens humains, car si nous la ratons, le projet global de la ligne 15 sud sera reporté de deux ans », précise Guillaume Pons, directeur de projet à la Société du Grand Paris. Les travaux s’effectuent donc 24 h/24, ce qui en fait probablement le pire chantier possible pour le voisinage. Une autre étape cruciale se jouera à Cachan (94) lors du week-end de la Toussaint, où la ligne 15 sud sera interconnectée avec le RER B. Il s’agit de réaliser un pont destiné à consolider les quais du RER B, étape nécessaire avant de pouvoir creuser en sous-sol pour aménager les fondations de la future gare Arcueil-Cachan. L’ouvrage sera, là encore, déplacé par ripage avec une interruption de trafic. L’année prochaine, à la gare des Ardoines (Vitry-sur-Seine), un passage souterrain sera poussé de la même manière sous les voies du RER C avec une interruption de circulation de trois jours au mois de mai. Moins spectaculaire, à Châtillon-Montrouge, c’est tout un carrefour qui devra être fermé à proximité de la nouvelle gare, et donc autant d’itinéraires alternatifs à déployer.
Pendant la durée des travaux, le quotidien des riverains, des commerçants et des entreprises s’en trouve bouleversé et la Société du Grand Paris tente d’en minimiser les impacts. Ainsi, à Clamart, les habitants ont bénéficié d’aides pour renforcer l’isolation phonique, comme des doubles vitrages. Les abords des chantiers sont équipés de capteurs de bruits, avec des seuils d’alerte en cas de dépassements. Quand il faut faire place nette, les pelleteuses de démolition pulvérisent un nuage d’eau pour éviter la poussière mais, il n’empêche, les contraintes sont réelles pour les habitants et les commerçants. La Société du Grand Paris mandate un délégué territorial par département afin de faire l’interface. « Dans le Val-de-Marne, on a dénombré 500 commerçants impactés par les travaux. Nous avons mis en place une commission pour les accompagner et les indemniser », assure Christian Garcia, délégué territorial du 94. Certaines entreprises ont été rachetées, comme un hôtel Kyriad (détruit depuis) à Cachan. D’autres vont être relocalisées. À Champigny-sur-Marne, la construction du centre de commandement centralisé et de maintenance a obligé une douzaine d’entreprises à plier bagage avant de trouver de nouveaux emplacements.
À moyen terme, le métro aura bien évidemment un impact sur le plan de circulation de chaque ville, qu’il faudra redessiner. La Société du Grand Paris a dédié un budget de l’ordre de 100 000 euros pour chaque gare afin d’étudier les impacts sur l’intermodalité. « Cette étude s’effectue sous l’égide du Stif, en collaboration avec la RATP et la SNCF, afin d’étudier les différents modes de transport sur un périmètre assez large autour de chaque gare. À cette occasion, le Stif donne ses prévisions pour les futures lignes de bus qui seront mises en œuvre parallèlement à la mise en service du métro », précise Guillaume Pons. Il ajoute que les entreprises de transport privées ne sont pas conviées pour l’instant, ne s’agissant que d’une phase de diagnostic.
• 16 gares, dont 15 en correspondance avec RER, métro, tramway
• 22 communes dans 4 départements (92, 94, 93 et 77)
• 33 kilomètres en souterrain
• 300 000 voyageurs quotidiens à la mise en service
• 1,09 million d’habitants concernés
• 5,7 milliards d’euros d’investissement
• 55 km/h de vitesse moyenne avec des pointes jusqu’à 110 km/h
• 0 conducteur, le métro sera entièrement automatique
• 76 bâtiments déjà démolis sur 140 au total, comme le marché Carnot à Cachan.
• 2022, date de mise en service prévue
