Un territoire vaste et peu dense, avec une moyenne de plus de deux voitures par habitant. La communauté de communes du Grésivaudan a relevé le défi de changer cette mentalité particulière en refondant son réseau de transport. Tarification offensive, multiplicité des offres et mobilités émergentes sont ses atouts.
C’est un moment marquant pour le territoire. Pierre-François Tranchand est formel: le nouveau réseau de transport TouGo, lancé fin août, fera entrer la communauté de communes du Pays du Grésivaudan (CCPG) dans une nouvelle dimension. Située entre Grenoble et Chambéry, la CCPG compte 46 communes. Ses 100 000 habitants se répartissent en majorité sur la plaine, même si plusieurs communes se situent sur les massifs de la Chartreuse et de Belledone (cf. carte ci-contre). Un territoire vaste (677 km2), assez peu dense (152 hab/km2), avec des foyers de population et d’activité concentrés à Bernin-Crolles et Pontcharra (respectivement 11 300 et 7 300 habitants).
Au moment de la création de la CCPG en 2009, il y a fort à faire: aucune ligne interne au territoire n’existe, hormis les petites dessertes scolaires. Les seules lignes parcourant le territoire sont celles du département. Le moyen qui semble alors le plus naturel aux habitants pour se déplacer est la voiture: « Notre territoire est très motorisé, avec un nombre de voitures par habitant supérieur à deux. Notre objectif a été de faire changer les comportements », explique David Courtine, directeur du patrimoine et de la mobilité à la CCPG. À peine élu, le président de la communauté, François Brottes, écrit lui-même les fiches horaires des nouveaux réseaux de bus. « Avoir notre propre réseau, cela a été quelque chose d’énorme. Avant 2009, il y avait le réseau de la métropole grenobloise, celui de l’agglomération chambérienne, et rien entre les deux! », s’exclame Pierre-François Tranchand, en charge de la communication.
Mais problème, le nouveau réseau n’est pas identifiable. Les habitants le confondent avec les lignes départementales et ne comprennent pas le rôle de la CCPG: « Les gens voyaient nos cars blancs dans la vallée qui ressemblaient à ceux de Transisère, les lignes départementales. Ils ne faisaient pas la différence avec l’offre de la communauté de communes du Grésivaudan. Ou pire, quand il y avait un problème avec Transisère, c’est nous qui recevions les appels des mécontents! », relate David Courtine. La force de frappe pour faire connaître le jeune réseau dans l’esprit des habitants manque. Et sans notoriété, difficile d’agir sur les comportements et le tout-voiture.
Dès 2012, des actions sont entamées pour changer les choses. Avec comme étincelle les résultats d’une étude qui a identifié l’usager et le non-usager du réseau de bus, et les déficiences de ce dernier: « Nous avons vu que beaucoup ne connaissaient pas le réseau du Grésivaudan, se plaignaient de l’absence de plans, de guichets, de commercial. Cela a été notre point de départ ».
En parallèle de sa réflexion sur la nouvelle mouture du réseau, la CCPG mène des réunions publiques pour recueillir remarques et propositions d’amélioration. Une homogénéisation semble nécessaire: jusqu’en 2013, pas moins de six marchés de transport différents sont à l’œuvre sur le territoire. En juin 2015 a lieu le choix du délégataire, GR4, groupement des services de CarPostal, des autocars Philibert, Dalbon-Goulaz, et d’Europe autocars. Une seconde salve de réunions publiques a alors lieu, cette fois pour « amener l’offre définitive aux gens, conçue avec leurs remarques, et expliquer nos choix, par exemple la priorité donnée aux correspondances TER vers Grenoble et non vers Chambéry. Cela a abouti au réseau d’aujourd’hui ».
Lancé pour la rentrée 2016, TouGo présente plusieurs différences avec son prédécesseur. La plus visible est le changement de livrée, dessinée par Graphibus (voir encadré p.18): colorés et signés « Vos transports dans le Grésivaudan », les bus ne peuvent cette fois passer inaperçus dans l’espace public. Le trajet des lignes a été modifié dans l’esprit de favoriser la desserte interne au lieu de ne servir que les correspondances vers l’extérieur du territoire. Impossible toutefois d’oublier le voisin grenoblois avec lequel la CCPG veut travailler main dans la main. En témoigne le nouveau pôle d’échange Pré-de-l’Eau qui fera le lien en 2019 entre les réseaux TouGo, Semitag (réseau de Grenoble) et Transisère.
Côté commercial, deux agences sont désormais ouvertes à Crolles et Pontcharra. Pour ceux qui ne peuvent s’y déplacer, la vente de titres et le rechargement par Internet arriveront dans le courant de l’année 2017. Un horizon riche de promesses qui rend heureux David Courtine: « Avec le nouveau réseau, ses nouvelles couleurs, les gens découvrent qu’il y a un réseau de transport dans le Grésivaudan. Ce rassemblement sous la même bannière incite à l’utiliser ».
