Baisse de fréquentation, hausse du coût du transport, progression de la dette des groupes et menace sur l’emploi des sous-traitants. Selon Marc Ivaldi, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Toulouse, l’équilibre économique du secteur pourrait être directement impacté par les récents attentats.
Marc Ivaldi: Les attaques du 13 novembre risquent de conduire à une baisse d’activité économique au sein de l’Hexagone. Particulièrement dans les secteurs du tourisme et du commerce. Si cela se vérifie, le transport de voyageurs en subira mécaniquement les conséquences en termes de fréquentation.
M.I.: Oui, et cela se traduira par un report modal au profit de la voiture particulière. Dans le métro et l’autobus, le sentiment d’insécurité freinera les usagers, là où le réseau RER pourrait tirer profit de son maillage qui touche une population dépendante et captive. Enfin, les lignes de TGV pourraient être les plus impactées par cette baisse de fréquentation. Cette tendance devrait aussi toucher les lignes ferroviaires internationales, notamment Thalys et Eurostar, et par conséquent donner des ailes au transport aérien.
M.I.: Non, mais elles pourraient renforcer le volet sécurité de leurs appels d’offres lors des renouvellements de délégation de service public (DSP). Les attentats ont renforcé l’idée que les transports doivent être sécurisés car ils constituent une cible évidente. Ceux qui répondront aux marchés publics seront donc attendus sur la fourniture d’équipements de vidéosurveillance et d’objets connectés, pour affiner les flux d’information des flottes de bus déployées par exemple.
M.I.: Pas directement. En tout cas, le coût du transport risque, lui, d’augmenter. En effet, dans un contexte où la contrainte budgétaire est déjà forte pour les collectivités, leur endettement devrait ainsi continuer à s’alourdir les conduisant à tenter d’utiliser cet argument pour rapprocher le coût du transport de sa valeur économique. En revanche, il y a peu de chance que les réseaux prennent le risque de perdre des passagers en augmentant le tarif du titre de transport.
M.I.: Pas pour les groupes. Si le coût du transport s’alourdit, une entreprise comme la SNCF verra sa dette augmenter mais ne licenciera pas. En revanche, pour les sous-traitants la baisse d’activité pourrait effectivement menacer l’emploi.
M.I.: Non, car les différents acteurs du secteur n’ont pas suffisamment investi. Sur le terrain, nous sommes loin de ce qu’il faudrait faire et n’importe qui peut entrer dans une gare.
Même si des efforts ont été réalisés, pour régler les problèmes de contrôle, les entreprises auraient tout intérêt à recruter, voire à faire appel à des sociétés privées comme les forces de l’ordre le font actuellement lors de certaines manifestations.
M.I.: Difficile à dire. Les gens utiliseront leur voiture tant que l’état d’urgence s’appliquera. Mais je crains que la manière dont le gouvernement a géré cette crise ne soit de nature à produire des effets plus récessifs qu’autre chose.
À l’heure actuelle, nous ne savons pas où nous allons, la stratégie politique n’est pas claire. Mettre des portiques dans les gares n’est pas la solution et ne constitue pas une réponse de fond au problème posé.
