Y a-t-il un lobby ferroviaire européen? Dans ce cas, la Communauté européenne du rail doit en être le pilier principal. Ce groupement, créé en 1988 et qui se présente officiellement comme « la voix du rail européen », rassemble 71 opérateurs ferroviaires et gestionnaires d’infrastructures, issus d’une quarantaine de pays.
Les membres de la CER peuvent appartenir ou non à l’Union européenne, puisque des réseaux comme ceux du Kosovo, de Macédoine, du Monténégro, de Moldavie, de Norvège, de Serbie, de Suisse, mais aussi de Turquie, de Géorgie… et du Japon y adhèrent. En Europe, les réseaux, gestionnaires d’infrastructures et opérateurs ferroviaires qui sont adhérents à la CER totalisent 61 % du kilométrage des lignes, 84 % du trafic fret et 99 % du trafic voyageurs du continent.
Les Priorités politiques du mandat 2014-2020 de la CER, véritable document d’action du groupement, se déclinent en trois orientations principales: stabiliser l’armature législative du marché ferroviaire, poursuivre un calendrier de croissance du secteur ferroviaire et développer une nouvelle stratégie intermodale pour l’ensemble des transports européens.
La première orientation est liée à la mise en œuvre du 4e paquet ferroviaire, qui doit se fonder à la fois sur « l’ouverture du marché (selon les règles de l’open access) et sur la sauvegarde de l’équilibre économique des obligations de service public ». Une démarche qui implique également des « priorités techniques » dans les domaines de « l’harmonisation des processus de certification […] de l’interopérabilité », de « la stabilisation des spécifications de l’ERTMS et de la standardisation des composants sous l’égide de l’ERA [l’Agence ferroviaire européenne, European Railway Agency (ERA) en anglais, ndlr] ».
La seconde orientation vise à poursuivre « un agenda de développement du secteur ferroviaire », en créant notamment des conditions de « relance de la grande vitesse et des relations passe-frontières », y compris en relation avec les aéroports et le transport aérien. Dans ces conditions, la CER préconise un plan directeur européen pour le fret ferroviaire. Une démarche fondée sur des analyses démontrant que « 30 % des flux routiers au-delà d’une distance de 300 kilomètres pourraient basculer sur le rail ou la voie d’eau […], ce qui justifie d’investir dans les corridors fret ». Des investissements dans la recherche sont aussi recommandés, en liaison avec l’ERRAC (European Railway Research Advisory Council, Comité consultatif européen pour la recherche ferroviaire).
La troisième orientation préconise une « nouvelle stratégie intermodale de transport ». Essentiellement fondée sur une coopération accrue entre opérateurs, elle peut concerner du fret, avec les plates-formes intermodales et les ports (en connexion avec les projets européens d’autoroutes de la mer incluses dans les grands corridors transeuropéens RTE-T). Il peut aussi s’agir des voyageurs, avec les gares qui devraient être au mieux connectées avec les aéroports, les transports urbains et la voirie urbaine, ce qui nécessite une gouvernance spécifique des gares en liaison avec les gestionnaires d’infrastructures ferroviaires.
La démarche de la CER est soutenue par de nombreuses études, principalement celle sur l’empreinte économique du transport ferroviaire en Europe. L’association a publié cette étude en octobre 2014, elle met en avant l’importance des retombées du système ferroviaire sur l’ensemble de l’économie européenne. Concernant le rail, il ne faut pas oublier de relever sa « propreté » environnementale, avec des émissions par voyageur.km et par t.km qui sont respectivement quatre fois et trois fois et demi inférieures à celles issues des transports aérien et routier.
Hormis Chypre et Malte, tous les pays qui composent l’Union européenne (28) disposent d’un réseau ferroviaire.
Il y a toutefois des différences extrêmes en matière de taille, de trafic, d’équipement et de parc de matériels. Cela va du gigantesque réseau allemand avec ses 34 019 km de lignes, au quasi confidentiel réseau luxembourgeois qui n’en possède que 617!
Au total, les réseaux ferrés des pays de l’Union européenne totalisent 212 842 km de lignes (dont la moitié est électrifiée). Bon an, mal an, ils transportent près de 9 milliards de voyageurs (410 milliards de voyageurs.km) et 1,5 milliard de tonnes de fret (350 milliards de tonnes.km), avec des parts modales qui atteignent respectivement 10 à 12 % pour le fret et 9 % pour les voyageurs (transports urbains inclus).
Le secteur ferroviaire emploie directement 1,06 million de personnes (2,3 millions avec les emplois indirects), et il génère directement 66 Md€ de chiffre d’affaires (143 Md€ avec les retombées), contre 53 Md€ pour le transport aérien et 32 Md€ pour la navigation fluviale.
En raison de la forte densité des réseaux ferrés du continent, 83 % de la population européenne se situe à environ 30 minutes d’une gare.
