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Concurrence

2. Les opérateurs, volontaires et prudents sur l’open data

« Oui à une ouverture des données, mais pas n’importe comment »: la position des opérateurs de transport public pousse à un compromis équilibré face aux multiples risques: captation de la relation client par de grands acteurs du Web, surcoût imposé par une architecture open data trop lourde, étouffement de leurs capacités d’innovation.

La position défendue par l’UTP tout au long de l’évolution des débats parlementaires est le « oui mais », que ce soit pour la loi Macron déjà votée, ou plus encore pour la loi numérique, actuellement en examen et qui élargit le champ des données concernées. L’Union souligne d’un côté le dynamisme et la compréhension des acteurs du transport sur les nouveaux enjeux du numérique (faciliter les parcours, accompagnement des clients sur l’ensemble de la chaîne de mobilité, information multimodale, etc.), et de l’autre le risque « de voir appliquer une notion non proportionnée de l’ouverture à des fins de réutilisation de toutes les données publiques », avec « des effets préjudiciables aux entreprises de transport public ». Les risques de distorsion, de concurrence et de pillage « des savoir-faire des entreprises françaises de transport public par leurs concurrents étrangers qui ne sont pas soumis aux mêmes règles dans leur pays », ou encore par les grands acteurs du Web, réunis sous l’acronyme Gafa pour Google, Apple, Facebook et Amazon, sont l’un de ces effets. La crainte de voir Google ou d’autres start-up récupérer gratuitement les données des opérateurs de transport et des collectivités pour créer de nouveaux services d’information voyageur multimodaux plus souples, plus séduisants et plus intuitifs est grande.

Le risque de captation de l’utilisateur final par le Web

Mais plus que leur capacité d’innovation, c’est surtout leur faculté de capter le dernier utilisateur, au bout de chaîne, qui menace les opérateurs de perdre la main sur la relation qui les lie aux voyageurs, raison d’être de leur métier. D’autant plus que ces grandes start-up fonctionnent sur des modèles économiques qui ne recherchent pas la rentabilité immédiate, mais plutôt l’acquisition d’une large base d’utilisateurs au détriment des acteurs industriels de « l’économie réelle ». « Il convient de limiter le risque d’intermédiation d’autres professionnels hors secteur », souligne ainsi l’UTP, faisant écho aux positions fermes, notamment défendues par Yves Tyrode, directeur digital du groupe SNCF.

Pour l’ex-directeur du Technolab d’Orange et ex-directeur général de Voyages-sncf.com, le principe de gratuité totale de toutes les données n’est pas tenable. « Les données relatives au transport conventionné de voyageurs peuvent être gratuites. En revanche, si l’État souhaite la gratuité de données plus difficiles à extraire, il faudra bien trouver un financement », avait-il expliqué dans un entretien au journal Les Échos. « D’autres jeux de données, ceux relatifs aux services commerciaux de la SNCF, comme les horaires du TGV, ont un coût et une valeur d’usage très importante, notre position est ferme: ces données doivent avoir un prix. »

Ce modèle payant, dit freemium, accorde un accès libre aux données, mais en conditionne la gratuité aux volumes utilisés. « La mise en œuvre de l’ouverture des données génère des coûts de mise au format numérique, de stockage, de sécurité et de mise à disposition qu’il ne faut pas mésestimer », souligne l’UTP.

L’organisation évalue le budget d’investissement de l’ordre de 85 000 à 120 000 € et de 38 000 à 70 000 € par an pour le budget de fonctionnement dans le cas du réseau de transport urbain d’une grande agglomération. La loi Macron a donné gain de cause aux opérateurs publics et privés sur ce point, en acceptant une dérogation au principe de gratuité avec facturation « au coût réel de production ».

La plate-forme data, péage gratuit et payant

Mais au-delà des coûts, le modèle freemium fait également office de barrage aux Gafa. « Plus gourmands en nombre de requêtes, les acteurs américains, comme Google (…), paieront plus cher pour nos données. Si ces données étaient gratuites, elles ne profiteraient qu’à eux, les plus gros empêcheraient les petits de grandir », avait avancé Yves Tyrode. Sorte de péage variable, le freemium donne aux opérateurs la possibilité de contrôler le profil des utilisateurs et de s’assurer du respect des conditions de réutilisation de leurs données. « Les pratiques des grandes entreprises du Net pourraient aller à l’encontre de l’intérêt général recherché en ne délivrant pas une information neutre au voyageur », poursuit l’UTP. Et d’insister « sur l’indispensable respect des conditions de réutilisation, comme la non-altération des données, la non-dénaturation de leur sens, la mention de la paternité et de leur dernière mise à jour », des garde-fous incontournables pour limiter tout usage abusif, et « d’ailleurs prévues par la loi Macron ».

Exemple: si un incident est signalé sur le réseau d’un exploitant, une appli pourrait alors proposer d’utiliser un service commercial tiers pour lequel il perçoit une rémunération, comme un taxi ou VTC; mais en cas de rétablissement du service, les mises à jour sur l’état de l’incident seront-elles effectuées par le gestionnaire de l’appli?

Enfin, autre moyen pour les opérateurs de garder leur place de gardien des données, dans le cadre de leurs propres activités ou de celles de leur autorité organisatrice cliente: apporter de la plus-value, en effectuant un travail de gestion et de préparation des données brutes. « L’ouverture des données, c’est bien, l’ouverture des Apis (application programming interface) c’est mieux, il faut packager les données avec une intelligence de calcul, cela a plus de valeur », défend Laurent Kocher, directeur marketing, innovation et services de Keolis. En préparant des jeux de données déjà regroupés par thèmes (réseaux, lignes, horaires, fréquence, etc.), les plate-formes data des opérateurs ou des autorités reprennent cette politique de portail ouvert mais encadré. Un moyen d’afficher leur volontarisme et leur ouverture, tout en préservant leur place.

Auteur

  • Bruno Gomes
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