L’Eurométropole réussit à financer son réseau de transport en mettant dans la balance taux de couverture élevé et tarification solidaire.
Économistes, élus ou représentants d’organisations professionnelles sont d’accord sur deux points: la crise de financement du transport urbain français et le modèle que constitue Strasbourg. Le système de tarification des transports de la ville alsacienne est considéré comme réussi.
Depuis 2010, le réseau compte 30 % d’abonnés en plus, malgré la suppression de la gratuité pour 30 000 personnes et un taux de couverture de 41 %. « Deux choses sont liées, prévient Alain Fontanel, premier adjoint au maire de Strasbourg et président de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS), le schéma d’évolution, c’est-à-dire ce qui permet de maintenir le taux de couverture, et le choix d’une tarification solidaire ».
Si le tarif du ticket à l’unité ou en carnet est classique (respectivement 1,70 € et 1,40 €), le prix se personnalise dès que l’usager s’abonne. Il va payer entre 3,10 € et 49,80 € par mois, selon deux variables: l’âge et le quotient familial, c’est-à-dire les revenus de son foyer fiscal. « Jusqu’en 2010, nous avions un système injuste, car reposant sur le statut des personnes: retraité, chômeur, étudiant, etc. Ces catégories avaient des réductions ou une gratuité qui ne prenaient pas en compte leur réalité financière: un chômeur peut avoir une indemnité forte, ou un retraité être riche! À l’inverse, un parent isolé peut être en difficulté et payer le plein tarif. »
La tarification est donc repensée. De 4 à 25 ans et à partir de 65 ans, l’abonné a l’assurance de payer au maximum demi-tarif, soit 25,60 € par mois. Selon ses revenus, classés en trois catégories de quotient familial, sa participation peut ensuite descendre jusqu’à 3,10 €. La grande tranche 25-64 ans bénéfice elle aussi de réductions qui peuvent aller jusqu’à moins 85 %, soit 5,50 €. Alain Fontanel justifie ce double système qui peut paraître redondant: « nous n’avons pas voulu raser complètement la tarification telle qu’elle existait à l’origine. Il faut regarder les taux de mobilité qui ne sont pas les mêmes suivant l’âge: les jeunes et les personnes âgées utilisent moins les transports. Et ces catégories ne bénéficient pas du remboursement de 50 % des frais par l’employeur ».
À l’arrivée, 56 % des usagers strasbourgeois bénéficient de la tarification solidaire. La réforme a été accompagnée d’une lutte accrue contre la fraude qui a soutenu la progression des abonnements. Selon Alain Fontanel, tout le monde est gagnant: « ce système de tarification solidaire a créé un climat qui fait accepter qu’on augmente chaque année le tarif des titres en suivant au moins l’inflation ». Qu’en pensent les usagers? M. Giordani, président d’Astus (Association des usagers des transports urbains de l’agglomération strasbourgeoise) et de la Fnaut Alsace, valide le système, même si « avec le taux de couverture de 41 %, on atteint un sommet. Il faut en parallèle revaloriser les seuils du quotient familial qui n’ont pas bougé depuis cinq ans ».
Interrogé sur les conseils à donner aux collectivités en panne de modèle de financement, Alain Fontanel se veut prudent: « chaque situation est spécifique, c’est l’équilibre économique et social du territoire qui va déterminer les choix ». Il relève toutefois que la CTS réfléchit « à une grande diversité des choix techniques. On réexamine l’option tout tram avec des solutions alternatives telles que le BHNS ». Et le principe « 1 euro de plus pour 1 ligne de plus »? « C’est un raisonnement de substitution pour trouver une justification à l’augmentation, quand on n’arrive pas à le faire naturellement chaque année ».
Si la ligne vers Vendenheim (nord de Strasbourg), décidée en juillet 2013, a finalement été reportée à 2030, des extensions de ligne sont prévues dans les quartiers de Robertsau-Wacken (nord-est) et Koenigshoffen (ouest). En novembre, avec un même titre, l’usager pourra avoir accès aux lignes du réseau urbain et aux trains express régionaux de la SNCF, dans un souci de complémentarité et sans remettre la main à la poche.
Dès avril 2017, la ligne D du tramway ira jusqu’à la ville de Kehl en Allemagne, dotant Strasbourg du premier réseau transfrontalier de France.
28 communes
315 km2
473 375 habitants
120,5 millions de voyages par jour
66 km de lignes commerciales
135 000 abonnés, dont 56 % bénéficient d’une tarification solidaire
41 % de taux de couverture des dépenses
