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Pierre Valentin Directeur général France de Moovit

3. « La technologie Moovit est utile pour repenser la mobilité de demain »

Décrit comme le Waze des transports en commun, Moovit est l’appli de transport aux 35 millions d’utilisateurs. Adepte de l’open data et du crowdsourcing, la start-up fournit un éditeur de réseaux à sa communauté pour couvrir le plus de villes possibles. Mais elle joue aussi la carte du partenariat avec les transporteurs et les AOT pour leur apporter de nouveaux outils. Entretien avec son directeur général France.

Connexion: Comment Moovit se distingue-t-elle parmi les centaines d’applis de transport?

Pierre Valentin: Nous sommes une appli mondiale, présente sur tous les continents, dans 800 villes et 60 pays, une nouvelle ligne est créée sur notre interface toutes les 20 heures. Notre constat part du besoin de pousser des informations temps réel sur les smartphones: à quelle heure passera le prochain bus? Comment aller d’un point A à un point B? Plus l’info temps réel est de bonne qualité, plus les gens utilisent les transports. Tous les acteurs, comme les autorités organisatrices ou les mini-réseaux, doivent pousser leurs informations dans les smartphones. Pour émerger et se distinguer de ces applis, Moovit se singularise par sa couverture mondiale, sa présence dans les plus grandes villes, et surtout son modèle, basé sur sa communauté et le crowdsourcing.

En quoi consiste le fonctionnement communautaire de Moovit?

P.V.: Moovit apporte deux grandes différences par rapport aux applis classiques. La première est notre technologie. Elle permet la navigation étape par étape, l’information multimodale, les données temps réel fournies par la communauté d’utilisateurs et le crowdsourcing, comme le font avec succès Waze et Coyote pour le trafic automobile. Ces deux applis ont remporté le pari du crowdsourcing. La deuxième différence de Moovit est moins visible par l’utilisateur, c’est l’assurance d’avoir les meilleures données disponibles grâce à notre communauté de 35 millions d’utilisateurs qui a, par exemple, permis de cartographier en un temps record les réseaux de transport d’Istanbul ou de Buenos Aires, sans données open data disponibles. Les utilisateurs résidant dans une ville où Moovit n’est pas encore présent peuvent télécharger l’appli, créer la page Moovit de leur ville et enrichir le fond de carte avec des arrêts, des lignes de réseaux, les horaires, etc. Avant de la valider, nous nous rapprochons des autorités locales et des transporteurs, bien entendu. C’est une vraie révolution, notre interface d’édition des données fait avancer le débat sur l’open data.

Comment vous assurez-vous de la qualité des données saisies?

P.V.: Notre expérience de communauté d’utilisateurs nous montre qu’une autorégulation se met rapidement en place à partir d’une masse critique d’utilisateurs. Le pari est déjà gagné et tous participent activement au contrôle qualité des données.

Les applis officielles des réseaux ont généralement une meilleure notoriété auprès des utilisateurs. N’est-ce pas une limite au développement d’une appli tierce comme Moovit?

P.V.: Si c’était le cas, Moovit n’aurait pas atteint le million d’utilisateurs en France. Mais c’est vrai que les applis dites officielles des réseaux ou des AOT sont de vraies marques, comme TCL à Lyon ou TBC à Bordeaux, elles disposent d’espaces de promotion plus importants et leur empreinte est forte au niveau local. C’est pourquoi nous devenons partenaires avec ces réseaux, comme nous l’avons fait à Brest ou à Bordeaux. Moovit n’a pas vocation à se substituer à l’appli officielle, mais plutôt à se placer à côté d’elle dans les smartphones. Nous laissons les voyageurs choisir selon leur niveau d’attente. Moovit répond à des problématiques locales, alors que la marque est globale. À Nice, la régie Lignes d’Azur a adopté Moovit, pour s’adresser plus facilement à sa clientèle touristique internationale de passage qui a toutes les chances d’avoir notre appli déjà installée dans leur smartphone.

Quelle est la nature du partenariat proposé aux collectivités et aux opérateurs?

P.V.: Plusieurs cas de figures sont possibles. Par exemple, lors de la canonisation de Jean-Paul II en 2013, la municipalité de Rome nous a contactés pour mieux informer les deux millions de fidèles étrangers sur leurs déplacements. Moovit a été désignée comme l’appli officielle pour devenir le canal d’information privilégié sur l’information transport, et dans plusieurs langues. Autre exemple, lors de l’organisation la Copa America au Chili, l’équivalent du championnat d’Europe de football en Amérique du Sud, le ministre des Transports chilien nous a contactés, car les villes hôtes ne disposaient pas d’applis de transport en commun. Nous leur avons ouvert notre éditeur, apporté une formation à la création de données, et quelques semaines plus tard, l’appli Moovit a pu renseigner les visiteurs lors de la Copa.

Avez-vous des exemples similaires en France?

P.V.: Nous y sommes présents dans 25 villes, dont 16 territoires, sachant que Marseille Métropole regroupe plusieurs agglomérations. De nombreuses villes sont en préparation et rejoindront prochainement notre appli. Les 30 à 35 plus grandes seront dans Moovit d’ici la fin de l’année 2016.

À qui appartiennent les données dans ces co-créations de Moovit locaux par les réseaux ou les habitants des villes?

P.V.: Tout dépend des conditions du partenariat et de l’interlocuteur, s’il s’agit d’un transporteur ou d’une AOT, ou des deux. Si l’appli est co-brandée, il peut y avoir un partage des données.

Y a-t-il un profil type de réseau ou de ville pour ces partenariats?

P.V.: Non, les profils sont variables. Certaines, comme Nice, ont déjà des applis très développées. Nice se classe dans le top 5 des smartcities en France, Moovit répondait donc au besoin de s’adresser à la clientèle touristique. À Briançon, c’est un particulier qui a commencé à cartographier le réseau de la ville, soit 5 lignes de bus gérées par l’exploitant Transdev, qui a d’ailleurs salué l’initiative. Le partenariat est très flexible afin de s’adapter au contexte local.

En fin de compte, Moovit pourrait être perçu comme un apporteur de solution aux AOT et aux exploitants plus que comme une simple appli de transport?

P.V.: Nous rendons service aux clients et aux AOT. Notre métier n’est pas de faire rouler des bus, mais d’apporter la bonne information pour une meilleure utilisation de ces bus. Notre rôle est celui d’être moteur dans l’utilisation des transports en commun en débloquant les freins sur l’information voyageurs, en la rendant plus facile, plus visible, plus intuitive. L’ouverture des données de transport est un enjeu majeur pour les professionnels. Les besoins de renouvellement des infrastructures technologiques représentent de gros chantiers. Le transporteur ne pourra pas toujours mettre à jour ses informations pour une modification des points d’arrêts ou la déviation temporaire d’une ligne de bus suite à des travaux ou à un événement. Avec Moovit, l’utilisateur pourra le faire en temps réel grâce à l’éditeur que nous mettons à sa disposition, l’information sera reprise moins d’une minute plus tard.

Quelles sont les sources de revenus de Moovit?

P.V.: Nous ne vendons pas l’appli Moovit, elle est gratuite. Je le dis très clairement: Moovit n’est pas une entreprise qui gagne encore de l’argent, nous sommes une start-up très bien financée par des investisseurs de capital-risque et des industriels des transports. Nous travaillons au développement de supers outils et d’une communauté. Ensuite, dans un second temps, différentes sources de monétisation sont envisageables, comme la publicité géolocalisée, ce que nous n’avons pas mis en place, ou encore la vente de titres de transports dématérialisés. Moovit l’a initié au Brésil, c’est un vrai service supplémentaire pour les voyageurs qui constitue la suite logique de la recherche d’itinéraires ou de l’information voyageurs. Notre rémunération se base alors sur des commissions perçues auprès des transporteurs sur les ventes de billetterie. Une autre source de revenus est l’intégration de différents maillons de la chaîne de mobilité, à travers des boutons de commande de taxis ou de VTC, ou encore de solutions d’autopartage ou de covoiturage. Nous expérimentons plusieurs pistes, elles doivent être intégrées de manière intelligente, et au cas par cas selon les contextes locaux, pour repenser la mobilité.

Comment se passent vos relations avec les exploitants? Vous perçoivent-ils comme un concurrent?

P.V.: Nos relations sont bonnes, nous nous rencontrons et discutons ensemble dans une logique de proximité et de partenariat. Notre métier est l’information aux utilisateurs et leur satisfaction. Certains territoires sont plus protectionnistes que d’autres dans l’ouverture de leurs données, mais aucun exploitant ni aucune AOT n’est véritablement hostile, l’objet de notre démarche est justement de rencontrer tous les acteurs, de faire preuve de pédagogie. Nous ne sommes pas dans une posture arrogante de la start-up étrangère qui vient leur apprendre comment faire leur métier. Si Keolis est devenu un de nos actionnaires, cela prouve que notre technologie tient la route et qu’elle a une place pour repenser la mobilité de demain.

Justement, en quoi consiste le partenariat stratégique signé avec Keolis?

P.V.: L’investissement et le partenariat stratégique avec Keolis nous permettent une plus grande proximité avec les réseaux exploités par le groupe, en France et à l’étranger. Il s’agit à la fois d’une collaboration de matière grise pour penser la mobilité de demain et, lorsqu’il est possible que Moovit s’implante dans un réseau géré par Keolis, l’opérateur nous fait bénéficier de sa relation avec l’AOT. Nous proposons conjointement d’apporter ce qu’ils ne peuvent pas, par exemple une communauté de 35 millions d’utilisateurs. Tout le monde est conscient que les voyageurs ne pourront avoir une vingtaine d’applis de transport sur leur smartphone.

Keolis a développé Plan Book Ticket, une solution d’assistant de mobilité en marque blanche qui inclut depuis peu du mobile-ticketing. Moovit pourrait-il l’utiliser?

P.V.: Les échanges de technologie entre Moovit et Keolis font partie des axes de réflexion, c’est un sujet que nous étudions.

Comment Moovit se place-t-il à Paris et en Ile-de-France, plus grand réseau français?

P.V.: Nous sommes présents depuis l’été 2013. Le réseau en Ile-de-France est effectivement le plus grand, c’est aussi le plus complexe. Nous avons récemment enrichi notre offre multimodale en ajoutant les Vélib’ depuis le début de l’année. Le multimodal est un axe primordial et le prolongement naturel de Moovit, les offres se multiplient comme avec Autolib’, et bientôt les scooters, il y a un réel besoin de disposer de l’ensemble de l’offre de transports pour pouvoir se déplacer en Ile-de-France.

Comment analysez-vous les réticences à l’ouverture des données transports en France?

P.V.: C’est un phénomène que l’on ne constate pas qu’en France. Les réseaux et les opérateurs n’ont pas tous la même politique d’ouverture de leurs données. Certains le font largement, d’autres le font moins ou mal. Les freins résident dans les capacités de leurs infrastructures informatiques à tenir le coup, et dans l’appropriation de leurs données par de grands acteurs du Web comme Google.

Auteur

  • Bruno Gomes
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