Keolis, Transdev, Bombardier, Smoove, la RATP, la SNCF et quelques autres s’étaient donné rendez-vous au salon de l’Association des maires d’Île-de-France (Amif), qui s’est tenu à Paris du 28 au 30 mars 2017.
Rarement, depuis plusieurs décennies, le marché francilien des transports publics n’a été aussi attractif pour les opérateurs et les industriels du secteur. Car une véritable révolution se prépare dans le système de transport francilien. La construction du Grand Paris Express (GPE) en constitue la face la plus évidente: quand le métro parisien n’a gagné que 10 kilomètres en dix ans, 200 kilomètres de voies nouvelles entoureront la capitale d’ici à 2030, dont 33 kilomètres seront opérationnels dès 2022 avec l’inauguration de la ligne 15 sud (Pont de Sèvres-Noisy-Champs). De quoi aiguiser l’intérêt des fabricants de rames, mais aussi des opérateurs comme Transdev et Keolis. Ce dernier, opérateur entre autres du premier métro automatique mis en service au monde – celui de Lille, en 1983 –, a profité de l’occasion pour faire valoir son savoir-faire en la matière (lire l’interview de Youenn Dupuis page précédente), mettant tout particulièrement en avant ses performances sur la DLR (Docklands Light Railway) de Londres dont il a la charge depuis fin 2014.
Présentant en plein salon les résultats annuels de Transdev, son PDG Thierry Mallet a lui aussi souligné son intérêt pour le GPE: « Nous serons candidats », a-t-il affirmé. Tout comme Keolis, Transdev attend cependant des précisions: la loi de 2010 sur le Grand Paris a en effet confié à la RATP le rôle de gestionnaire technique des infrastructures du GPE. Sans préciser, toutefois, le niveau de maintenance qu’il reviendrait à la régie d’effectuer. Or, estiment Keolis et Transdev, dans un métro automatique où le matériel roulant est en dialogue constant avec les infrastructures, l’opérateur doit, pour assurer une bonne qualité de service, être en mesure d’intervenir sur les deux, du moins pour tous les éléments nécessitant une réaction rapide. « Si l’opérateur est là simplement pour gérer des navettes, il n’est pas sûr que nous soyons très excités », a souligné Thierry Mallet. Il espère que le futur gouvernement proposera au Parlement de discuter et de clarifier la question.
Mais le GPE n’est pas le seul projet d’infrastructure de la région: la SNCF présentait les futures nouvelles liaisons de son réseau francilien. Avec notamment le CDG Express, qui reliera, en 2023, la gare de l’Est à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle et pour lequel sont déjà candidats Keolis (allié à la RATP) et Transdev (mandataire d’un groupement rassemblant sa filiale ferroviaire CFTA), Mirova (filiale dédiée à l’investissement responsable de Natixis Asset Management) et le fonds de modernisation écologique des transports géré par Demeter Partners. Mais la SNCF va aussi prolonger le RER E jusqu’à Mantes-la-Jolie d’ici à 2024 et construire trois lignes de tram-train qui verront circuler des véhicules plus étroits que des trains mais plus rapides que des trams (jusqu’à 100 km/h). Le premier, le tram 11 express, dont Keolis à la charge, reliera en phase de test, et ce dès l’été 2017, Épinay-sur-Seine au Bourget. À plus longue échéance, seront mis en service le tram 12 express entre Massy et Evry (2021) et le tram 13 entre Saint-Cyr et Roissy (Saint Cyr-Achères dès 2020).
Le monde du transport public francilien anticipe également la fin programmée du monopole de la RATP. La régie devra ouvrir totalement ses lignes de bus en 2024, de tramways en 2029 et de métro et RER en 2039. Mais avant ces échéances, les nouvelles lignes feront l’objet d’appels d’offres ouverts, notamment pour les tramways T9 (Porte de Choisy-Orly) et T10 (Antony-Clamart), ainsi que pour le câble A (le téléphérique du Val-de-Marne). Avec 22 réseaux de tramways en exploitation dans dix pays, Transdev a profité du salon pour rappeler son expérience dans le domaine, un marché qui intéresse bien entendu aussi Keolis. Mais le canadien Bombardier a également pris ses marques et exposait ses derniers modèles de trains: le Francilien qui équipe déjà les lignes K, H, J et L du Transilien, mais aussi le Regio 2n qui circulera sur la ligne R (Melun, Montereau…) dès décembre 2017. L’industriel a profité du salon pour rappeler que ses trains étaient « made in France », son site de Crespin, près de Valenciennes, employant 2 000 salariés.
Le salon accueillait aussi des acteurs des nouvelles modalités. Wattmobile propose, par exemple, de l’autopartage électrique notamment dans les gares parisiennes. Désormais filiale du spécialiste des parkings Indigo, la TPE nourrit de nouvelles ambitions. Dès ce mois d’avril, sa flotte encore modeste (environ 30 véhicules dans les gares) et constituée de scooters électriques et de quadricycles Renault Twizzy, va s’accroître par l’adjonction de motos électriques BMW et de Renault Zoé. La société travaille aussi avec des promoteurs sur des projets d’autopartage dans des copropriétés et entend contribuer au développement d’un nouveau mode de transports zéro émission, mi-public mi-privé, permettant de faire le lien entre transports publics et domicile.
Avec ses 38 salariés, la PME Smoove était l’une des stars du salon. Et pour cause: la société de Montpellier est le mandataire du groupement Smoovengo (Smoove, Indigo, Moventia et Mobivia), que la commission d’appel d’offres du syndicat Velib’ Métropole a préféré au consortium formé par JCDecaux, la SNCF et la RATP pour gérer le nouveau Velib’. Le 12 avril, le conseil syndical a validé la décision de la commission d’appel d’offres. Déjà opératrice de vélos en libre-service à Nice, Saint-Étienne, Strasbourg, Montpellier, Valence, Avignon, Belfort, Lorient, Grenoble mais aussi à Helsinki (Finlande), Vancouver (Canada), Chicago (États-Unis) et surtout Moscou (3 400 vélos et 300 stations), Smoove se targue d’installer des stations nécessitant peu de génie civil. L’intelligence du système et le verrouillage/déverrouillage des vélos se trouve en effet dans la « smoove box », installée sur leur cadre. Le futur Vélib’ devra compter 30 % de VAE (vélos à assistance électrique). Au salon, la société présentait des vélos mécaniques « électrifiables » en trente minutes: il suffit de changer la roue avant, où se trouve le moteur, et d’introduire une batterie à l’intérieur du cadre. Le nouveau Velib’ sera opérationnel en janvier 2018.
