Le Grand Lyon a développé un ambitieux projet de collecte et de traitement de l’information de transport en temps réel, dont les premiers résultats sont visibles sur les smartphones des usagers.
Son succès lui vaut de servir de modèle et d’être déployé dans le projet européen Opticities.
Collecter, traiter, informer: les axes prioritaires d’Optimod’Lyon lui donnent toute l’apparence d’un projet big data liée à la mobilité… Ce projet de recherche et développement, initié et coordonné par le Grand Lyon, a réuni 13 partenaires publics et privés entre 2012 et 2015, pour développer une nouvelle offre d’information transport, mais aussi pour assurer le développement des solutions technologiques des entreprises de son territoire.
Plus orienté information voyageurs que les projets big data des transports publics qui s’appuient davantage sur la billettique et la gestion de l’exploitation, Optimod’Lyon représente toutefois une étape importante dans l’organisation de gros volumes de données de transport et pour la modélisation de flux. Sa dimension open data, en intégrant la consultation de bases de données externes (SNCF, Sytral TCL, etc.) lui donne un aspect hybride. « Pour pouvoir travailler dans le même temps sur tous les modes de transport, la seule méthode est de casser les systèmes d’information et les organisations en silo de chacun de ces modes », explique Jean Coldefy, chargé des programmes circulation et transports publics du Grand Lyon, vice-président de ATEC-ITS France et expert sur ces questions auprès de la Commission européenne. C’était effectivement nécessaire pour aboutir à la création des quatre services clés posés comme objectifs et qui s’orientent autour de l’information en temps réel et prédictive à une heure des transports sur le Grand Lyon. Ces services sont: un GPS urbain multimodal temps réel sur smartphone Optimod’ (porté par Cityway, développé par IBM et Phœnix ISI), le site web Onlymoov rassemblant toutes les offres de mobilité (déclinaison de l’appli mobile), un navigateur fret urbain et un outil d’optimisation des tournées de livraison de marchandises. Quatre services simples en apparence, mais dont la complexité a nécessité un ambitieux chantier technologique, coordonné entre tous les acteurs suivant une règle: « au public le soin de rassembler l’ensemble des données du territoire, au privé le développement des services », résume le dossier de présentation du projet.
Au total, ce sont une trentaine de bases de données et de flux temps réel, issues d’une quinzaine d’opérateurs publics et privés qui alimentent les outils d’information, soit pas moins de 20 millions de données par jour, disponibles sur la plateforme baptisée Grand Lyon Data.
Pour obtenir une information temps réel et prédictive accessible du bout des doigts, les chantiers ont été nombreux. Premier outil: Grand Lyon Data. Sésame de la donnée, cette base a pour vocation d’offrir un point d’accès unique à toutes les données mobilité de la métropole, mais aussi à 14 autres thématiques de du Grand Lyon, que ce soit des données temps réel ou de référence.
Côté transport routier, la fiabilisation de la collecte des données de trafic de véhicules sur la voirie de la métropole a requis la pose de capteurs sans fil de la taille d’une pomme, fournis par Sensys Networks, pour mesurer le débit, la vitesse et le taux d’occupation. Les données ont ensuite été intégrées au système d’exploitation temps réel du réseau routier du Grand Lyon, Criter (régulation automatisée du trafic routier).
En ce qui concerne le stationnement, sur une sélection d’aires, des capteurs ont aussi été installés pour connaître la disponibilité des places de parking et de livraison.
Enfin, pour favoriser l’utilisation des transports publics, un moteur de calcul de coûts, développé par le LET (laboratoire d’économie des transports) de Lyon II, a été intégré au calculateur d’itinéraire, pour comparer les temps de parcours mais aussi le coût de chaque mode de transport.
Avec IBM, Optimod’ a mis sur pied le premier calculateur d’itinéraire prédictif à une heure pour la circulation routière. Il tient compte des événements et de la météo, grâce aux algorithmes développés par Phœnix ISI qui s’appuient sur un historique de 300 millions de données et 600 points de mesure du trafic. L’information est reprise sur l’appli Optymod’ (avec un “y” au lieu du “i” du nom du projet), développée par Cityway (Transdev) et lancée avant l’été sur Android puis à la rentrée sur iOS. Cette appli de calcul d’itinéraire rassemble en un seul endroit les informations de trafic, d’horaires théoriques et de temps réel pour tous les modes de transports de l’agglomération lyonnaise: bus, métro, tramways de TCL, trains TGV et TER, vélo, taxis, voiture, parkings et les avions à l’aéroport de Saint-Exupéry. De plus, elle accède à la fonction prédictive de trafic à horizon d’une heure. Cela permet d’ajuster le choix des itinéraires retenus, quel que soit le mode de transport. Preuve de la pertinence du rôle d’incubateur de projet dont s’est investi le Grand Lyon avec Optimod’: cette appli a permis à Transdev de remporter un marché à Toronto, au Canada, où le groupe va décliner son appli lyonnaise.
Hybride entre big data et open data, Optimod’Lyon a l’ambition de devenir le standard des plateformes de données des métropoles, en France ou en Europe. Et si le meilleur moyen d’imposer son modèle en France était de passer par Turin, Madrid ou Birmingham?
« Pour pouvoir travailler dans le même temps sur tous les modes de transport, la seule méthode est de casser les systèmes d’information et les organisations en silo de chacun de ces modes. »
Le calculateur d’itinéraires de la RATP en Île-de-France enregistre 1,25 million de recherches par jour en moyenne, sur le Web et sur mobile. De quoi fournir une base de données de 8,5 millions de voyages pour une analyse affinée du comportement des voyageurs. C’est ce qu’a réalisé la filiale technologique (billettique, information voyageurs) du groupe RATP pour valoriser son outil et ses analyses auprès d’autorités de transport clientes de RATP Dev. « L’objectif est de séquencer de manière très fine les déplacements quotidiens en transports en commun, pour mieux en connaître les différents temps en fonction du jour, de l’heure, du mode choisi et de la zone géographique », explique la filiale. Ainsi, on apprend que le trajet moyen en Île-de-France dure 40 minutes, décomposées en 8 minutes de temps de marche hors réseau de transport, 6 minutes de temps passé dans les espaces de transport et 26 minutes passées à proprement parler dans les modes de transports. De quoi souligner l’opportunité de développer des services personnalisés d’accompagnement des voyageurs, adaptés à chacun de ces moments: information sur les horaires de passage au départ du domicile via mobile, alerte sur le trafic et proposition d’un itinéraire alternatif avant d’arriver en station, etc.
