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Législation

4. Open data, l’autre donnée des transports

Deux lois prévoient d’imposer l’ouverture des données dans le secteur de transports. Mais les modalités d’accès et de réutilisation de ces données (horaires, incidents, arrêts, etc.) sont discutées entre les opérateurs qui devront rapidement arriver à un code de conduite commun.

L’arrivée surprise d’un amendement open data dans la loi Macron, visant uniquement le transport de voyageurs, a précipité le dossier sur le haut de la pile. Le sujet n’a pourtant pas été ignoré ces dernières années par les opérateurs, mais il devait être principalement traité avec tous les autres secteurs d’activité cet automne, pendant l’examen de la loi sur le numérique portée par la secrétaire d’État Axelle Lemaire.

Patatra: l’article L1115-1 du code des transports modifié par la loi Macron, suite à des amendements déposés sans le soutien du ministre de l’Économie, prévoit que les transporteurs et prestataires de « services de mobilité » devront diffuser « librement, immédiatement et gratuitement » les informations de leurs services: arrêts, horaires planifiés et temps réel, tarifs, accessibilité, disponibilité des services, « incidents constatés sur le réseau ». Enfin, ces données devront être mises à disposition dans un format informatique ouvert pour faciliter leur réutilisation.

Ouverture nécessaire

L’ouverture et l’accessibilité des données transport sont l’étape jugée indispensable pour faciliter le développement de services innovants d’information voyageurs, par des start-up ou d’autres acteurs. Pouvoir accéder et réutiliser facilement les informations pertinentes et utiles aux voyageurs, pour les intégrer ensuite dans un calculateur d’itinéraire multimodal mobile par exemple, renforce les chances de succès et d’adoption d’une appli mobile par le grand public. Mais c’est à la condition de disposer d’informations fiables, et si possible actualisées. C’est ce que préconise le rapport Jutand, remis par son auteur François Jutand (directeur scientifique de l’Institut Mines-Télécom) à son commanditaire, Alain Vidalies, secrétaire d’État en charge des Transports.

Obligation d’un code

Mais les modalités d’accès et d’ouverture des données transport ne réunissent pas tous les acteurs du transport autour des mêmes positions. Cependant, l’annonce de la parution du décret d’application de l’article open data de la loi Macron début novembre leur impose de mener entre eux des discussions pour aboutir à la rédaction d’un code de conduite, d’une méthodologie commune sur l’open data des transports, sans quoi les règles seront imposées d’en haut. Les questions qui se posent aux opérateurs gravitent autour des sujets de la concurrence, entre eux et avec les grands acteurs du Web: faut-il donner un accès complet et égal à tous les profils d’utilisateurs, qu’il s’agisse d’une jeune start-up, d’un concurrent direct ou de Google? Des conditions de réutilisation doivent-elles être fixées, en termes de mise à jour notamment? Ces accès aux données doivent-ils être payants ou gratuits? Quelle prise en charge du coût de fabrication de ces plateformes de données par les organisations?

Quel outil pour ouvrir?

« L’ouverture des données est souhaitable, mais pas à n’importe quelles conditions, il faut que cela se fasse à partir de formats standardisés », plaidait Yann Leriche, directeur Performance et numérique de Transdev, lors d’une conférence de presse fin septembre, « nous aimerions que les collectivités et les privés se mettent d’accord sur un protocole standard de données, et nous insistons également sur l’importance d’une réelle ouverture des données avec des API [Application Programming Interface, ndlr] documentées et une utilisation possible par tous. Il faut prôner l’ouverture, la stabilité et la permanence de ces passerelles. » Transdev vise la SNCF avec qui « les discussions patinent depuis qu’ils sont venus nous voir pour échanger sur le sujet en décembre 2014, car leurs données sont accessibles via des API changeantes, comme sur le temps réel des données TGV par exemple ». Voilà qui perturberait la réutilisation de manière fiable de ces informations.

Chez Keolis, qui met en avant son expérience open data menée à Rennes depuis 2010, ce sont justement ces fameuses API qui sont recherchées. « Nous pensons que l’ouverture des données c’est bien, l’ouverture des API c’est encore mieux », avance de son côté Laurent Kocher. Un moyen d’apporter plus de valeur ajoutée à certaines données et de pouvoir justifier des niveaux d’accès ou de tarification différents, comme pour un modèle freemium: d’un côté, une offre gratuite en libre accès, de l’autre une offre haut de gamme en accès payant. C’est le modèle adopté par la SNCF. L’opérateur a lancé ses premières expérimentations en 2012 sur son activité Transilien en Île-de-France et a mis en ligne un portail d’API en freemium. Pour les collectivités locales, la question se pose aussi, notamment dans le cas des relations avec l’exploitant de leur service de transport. « Nous restons très prudents sur le sujet, car nous ne sommes pas propriétaires des données, ce sont les AOT qui le sont, ce sont donc à elles de déterminer leurs orientations sur ce sujet, et c’est pourquoi nous avons créé une offre pour les accompagner dans leur réflexion open data, en partenariat avec OpenDataSoft », précise Laurent Kocher.

Quoi qu’il en soit, le sujet devra avoir évolué d’ici quelques mois, avec un éclaircissement par le gouvernement des conditions d’ouverture des données. Et il vaudrait mieux. Pour Yann Leriche, « rester uniquement concurrents sur ce sujet de l’ouverture des données transport, c’est laisser les grands acteurs de l’Internet se développer en France. » On peut penser que Google, Apple ou Amazon et leurs filiales n’attendront pas une position œcuménique des opérateurs français pour proposer leurs services d’une manière ou d’une autre, à l’aide de leurs colossales capacités d’investissement.

Laurent Kocher, directeur exécutif marketing Innovation et services de Keolis

« Plus que des données brutes, il est utile de packager les données avec de l’intelligence. »

Big ou open data?

Si le big et l’open data partagent en commun l’utilisation de la donnée, les deux notions recouvrent des domaines différents.

D’après le site data-publica, « le terme de big data est utilisé lorsque la quantité de données qu’une organisation doit gérer atteint une taille critique qui nécessite de nouvelles approches technologiques pour leur stockage, leur traitement et leur utilisation ».

L’open data, ou ouverture des données, désigne « le principe selon lequel les données publiques, celles recueillies, maintenues et utilisées par les organismes publics, doivent être disponibles pour accès et réutilisation par les citoyens et les entreprises ».

On peut ajouter une dernière définition, souvent utilisée dans l’open data, celle des API, ou Application Programming Interface.

Il s’agit d’une passerelle ou interface de programmation qui permet d’accéder à distance aux données d’une organisation.

L’API présente l’avantage de pouvoir accéder ou relier sa propre application de manière stable à des données pouvant être réactualisées et mises à jour.

Auteur

  • Bruno Gomes
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