Impossible de parler transport et mobilité sans évoquer le MaaS (Mobility as a Service), concept né en Finlande qui consiste à proposer une offre multimodale et contextualisée de solutions alternatives à l’automobile. Le projet de Loi d’orientation des mobilités (Lom) s’en inspire largement, dans ses volets consacrés à l’organisation des bassins de mobilité et à l’ouverture des données. Le dépassement de cette « nouvelle frontière » est désormais envisageable grâce au développement de l’internet mobile, des paiements dématérialisés et du big data. Pour autant, beaucoup reste à faire avant d’y parvenir, et les acteurs historiques du transport devront batailler pour défendre leur place.
Les 46es Rencontres de la mobilité intelligente s’attachent à l’adaptation des réseaux matériels et immatériels aux nouvelles mobilités. Organisé par l’ATEC ITS France, ce congrès va donner l’occasion à de nombreux échanges, débats, présentations, les 23 et 24 janvier au Beffroi de Montrouge. Quatre grandes thématiques seront ainsi explorées: les impacts de la société numérique sur les pratiques de mobilité; les priorités et les moyens des nouvelles politiques; les nouvelles solutions en matière d’exploitation des infrastructures; les retours d’expériences à l’international.
Principale innovation de cette édition 2019, les Rencontres de la mobilité intelligente seront ouvertes aux collectivités locales sans condition d’adhésion à l’ATEC ITS. À la croisée des questions liées à la mobilité et aux infrastructures, les collectivités sont en effet au cœur de la mise en œuvre de la nouvelle offre de déplacement organisée par bassins de vie, selon le texte de la Lom présenté en fin d’année 2018. Pour y parvenir, elles devront jouer le rôle d’ensemblier en animant notamment la démarche d’ouverture des données et leur transmission. Dans un premier temps, les données théoriques devront être mises à disposition dans les services d’information multimodaux (SIM), puis ce sera le tour des données en temps réel. Sans intégration de l’ensemble des données de transport, impossible de proposer une véritable information multimodale, qui constitue justement la base du MaaS.
Depuis 2007 et les premiers projets d’open data initiés par les pionnières Rennes et Montpellier, les collectivités sont devenues des habituées de l’open data. La loi Lemaire de 2016 a institué l’open data par défaut. Pour autant, villes et régions ne sont pas toujours en situation de maîtriser la démarche, et surtout de garantir l’usage qui peut être fait des données publiques « libérées ». Les problèmes de modalité d’application de ces dispositions demeurent: comment définir qui a le droit de réutiliser la donnée gratuitement? Et comment contrôler ce qui en est fait? Surtout, comment faire en sorte que la donnée mise à disposition soit fiable et véritablement utilisable? Le développement du MaaS induit une billettique dématérialisée, et le paiement via smartphone. Autant d’applications qui nécessitent une sécurité optimale. « On ne peut pas ignorer les risques de captage des données et d’intrusion dans les systèmes, souligne Gérard Cambillau, délégué transports et mobilité à Telecom Paris Tech. Le développement des paiements dématérialisés marque aussi la montée en puissance des opérateurs télécom dans la mobilité. »
Répondre à toutes ces questions et sécuriser les circuits de transmission des données supposent de gros moyens financiers et humains que les collectivités publiques ne possèdent pas forcément. Face aux propositions des géants du numérique, la tentation est grande d’en céder la gestion. Waze est ainsi devenu un partenaire des collectivités pour les données routières.
Une situation qui ne pouvait pas laisser Mappy indifférent. « Présent depuis 30 ans, Mappy est un acteur historique du calcul d’itinéraire, avec une intégration des transports collectifs dès 2010, rappelle Florence Leveel, directrice marketing et communication de Mappy. Il y a trois ans, nous avons décidé de développer un comparateur multimodal qui agrège treize modes de transport et fournit l’information voyageur à travers le double prisme du temps de trajet et du prix. La troisième dimension, qui traduit le bilan environnemental, sera ajoutée dans les mois à venir afin que le voyageur puisse arbitrer en tenant compte des critères essentiels pour lui, pour des trajets quotidiens ou occasionnels. Dans tous les cas, Mappy est l’interlocuteur. » Fort de ses 12 millions d’utilisateurs, Mappy compte bien prendre sa place dans l’intermodalité.
« Sur le développement du MaaS, Mappy ambitionne de faire partie des pionniers du marché, poursuit Florence Leveel. Il est important de partir des attentes et des besoins des usagers. Le sujet principal n’est pas nécessairement partout de réduire l’usage de la voiture particulière, à l’instar du projet MaaS d’Helsinki; mais de proposer des alternatives pertinentes. Nous sommes en phase de réflexion avec un certain nombre de collectivités, afin de définir des offres adaptées à la typologie des territoires. Dans les prochains mois, nous allons avoir l’opportunité de mettre en place des projets pilote et de tester des cas d’usage. »
Ouvrir les données, favoriser les expérimentations et les partager: ce sont les deux premières parties du programme du plan French Mobility lancé par la ministre des Transports, Élisabeth Borne, afin de favoriser l’innovation. Ces deux chantiers visent précisément à faire aboutir des projets de MaaS et à préparer l’arrivée des véhicules autonomes. La ministre, qui doit intervenir en conclusion des Rencontres de la mobilité intelligente, devrait préciser certains dispositifs visant à faciliter les tests de mobilité innovante.
Les obligations d’ouverture et de transmission des données de transport sont-elles susceptibles de remettre en cause les choix techniques effectués par les professionnels? « En dehors des gros réseaux urbains, il n’existe pas de fournisseurs globaux, précise Nicolas Bertolami, président d’ABC Informatique. Le marché est segmenté selon trois grands types de solutions: l’embarqué, le B to C et le back-office. » Autant de secteurs qui doivent communiquer ensemble. « Nous fournissons des solutions de back-office qui permettent de s’interfacer avec le maximum d’applications. Nous proposons des outils pour dialoguer avec du SAE, de la billettique, de l’info voyageurs, du TAD, et bien sûr pour la transmission aux AO. »
Avant de développer des nouvelles mobilités, il convient de partir sur de bonnes bases. « Actuellement, une des préoccupations de nos utilisateurs, est la garantie de la protection des données, souligne Ari Dadoun, directeur de Perinfo. Avec nos logiciels, cette garantie est assurée, vu que toutes les informations sont stockées dans une base de données sécurisées. La mise en œuvre d’une véritable offre de mobilité multimodale repose sur la définition d’un référentiel commun (référentiel cartographique, voies, rues, horodatage des données, vocabulaire). Pour s’y préparer, il convient de choisir les outils les plus compatibles possible et convergents avec les normes françaises et internationales existantes. Par exemple, les normes Neptune et GTFS permettent de bien communiquer avec les SAE et les SAEIV. »
Mais une fois libérée, la donnée de transport peut échapper à son « producteur ». « Les données doivent rester la propriété de nos clients, car elles constituent leur savoir-faire. ABC permet aux transporteurs de garder le contrôle de leurs données », affirme Nicolas Bertolami. « Tout dépend des choix de stockage des données, hébergées en site propre ou dans le cloud, développe Ari Dadoun. Dans le cloud, il est nécessaire de bien comprendre le contrat d’hébergement, car nous n’avons pas toujours la connaissance des lieux de stockage qui peuvent être localisés en dehors de l’union européenne. Les coûts sont variables selon la volumétrie et le niveau de sécurité attendu. »
Commercialisée depuis le mois de juin dernier, l’application ITSIM est l’une des dernières solutions proposée par Systra dans le domaine du MaaS (Mobility as a Service). Destinée aux Autorités organisatrices et aux opérateurs, elle permet d’optimiser l’organisation d’un réseau de transports collectifs urbains ou interurbains. Cette application s’apparente à une plateforme personnalisée accessible à l’ensemble des acteurs impliqués sur le projet. Elle s’appuie sur des web services en open source reconnus (calcul d’itinéraire, SIG, description du réseau routier) et valorise la donnée disponible (données socio-économiques, GTFS, enquête O/D, etc.) pour constituer dans un premier temps une réplique digitale du réseau de transports publics: itinéraire des lignes, fréquence horaire associée, temps de parcours, coût d’exploitation, flotte requise, etc. Sur cette base, il est alors possible de modifier le réseau à l’écran via une interface graphique intégrée, et de visualiser simultanément l’impact sur les principaux indicateurs d’exploitation et de desserte. L’application peut par exemple évaluer le nombre de voyageurs potentiels sur la base d’enquête origine-destination ou de taux de mobilité autour des stations.
En absence de données GTFS, la ligne peut être directement codée à l’écran et renseignée (fréquence, vitesse par section…). L’application peut en retour éditer le réseau au format GTFS ou CSV permettant de l’exporter vers d’autres outils comme Quetzal, outil également développé par Systra. Quetzal permet de réaliser des prévisions de trafic multimodales. A noter que Systra a fait le choix de mettre l’outil Quetzal dans les communs en accès libre et gratuit sur: https://systragroup.github.io/quetzal
