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Fluidité.

Bordeaux Focus sur la rocade et les modes doux

Si développer les transports en commun et l’intermodalité est une priorité qui se retrouve dans les programmes à l’échelle nationale, la capitale girondine a une particularité: les candidats rivalisent d’ingéniosité pour tenter de décongestionner la rocade, périphérique urbain le plus embouteillé de France après celui de Paris.

À Bordeaux, la rocade est le sujet omniprésent dans les programmes des candidats aux municipales. Et pour cause. Après Paris, la rocade bordelaise est le périphérique urbain le plus embouteillé de France. Selon la direction interdépartementale des Routes Atlantique, la moyenne du trafic était de 25 000 véhicules par jour en 1982. En 2018, c’est plus de 130 000 véhicules qui ont circulé quotidiennement aux alentours du pont François-Mitterrand, un des franchissements qui rejoint le centre-ville de Bordeaux. Les jours de semaine, 3 000 à 4 000 véhicules par heure et par sens défilent aux heures de pointe: plusieurs dizaines de kilomètres de ralentissement sont régulièrement recensées. Le reste de la journée, le trafic oscille entre 2 500 et 3 000 véhicules par heure et par sens. Ce niveau de trafic est d’ailleurs considéré comme la limite de fluidité pour une 2×2 voies…

Les poids lourds constituent l’un des principaux points de crispation. Ils sont 9 000 à transiter chaque jour dans les deux sens. Un chiffre qui représenterait, en volume, l’équivalent de 45 000 voitures! Et certains secteurs sont particulièrement saturés, comme l’échangeur de Bègles avec pas moins de 17 000 poids lourds quotidiens. Face à cette situation, les candidats redoublent de propositions ayant pour but de décongestionner le périphérique bordelais.

L’une d’elles semble mettre tout le monde d’accord: l’ouverture d’une quatrième voie. En revanche, c’est son usage qui différerait selon les candidats. Pour l’écologiste Pierre Hurmic, au coude à coude dans les sondages avec le maire sortant, Nicolas Florian, elle serait dédiée aux transports en commun et au covoiturage, comme pour Thomas Cazenave, candidat LREM, qui y adjoindrait les voitures électriques. Nicolas Florian ne la réserverait pas à un type d’usage, mais propose en parallèle de réguler la vitesse globale pour « éviter les effets d’accordéon et limiter la pollution ». Et Thomas Cazenave de surenchérir en proposant une limitation de la vitesse à 70 km/h sur tout le réseau, tout en pointant une autre revendication: « Obtenir de l’État que Bordeaux Métropole reprenne la gestion de la rocade, pour la transformer sans travaux en un grand boulevard métropolitain qui sera interdit aux poids lourds aux heures de pointe. » Pierre Hurmic, sur ce sujet, propose une « gestion commune de la rocade avec l’État ».

Développer l’offre de transports en commun

Comment adapter l’offre de transports en commun aux besoins des Bordelais? La question fait couler beaucoup d’encre. Aux rêves de métro, de nouvelles lignes de tram coûteuses ou de téléphériques inacessibles, ont succédé une vision plus réaliste et un pragmatisme de mise. À ce sujet, Thomas Cazenave pousse le raisonnement en voulant uniquement « modifier les usages autour de ce qui existe déjà », et en défendant bec et ongles le projet de RER Girondin, avec de nouvelles connexions telles que RER Médoc-Rive droite, ou une ligne circulaire entre boulevards et rocade. Parallèlement, il veut encourager le développement du fret ferroviaire sur les voies ferrées existantes. Thomas Cazenave souhaite également « créer de nouvelles lignes de bus express pour relier directement les points de mobilité, avec très peu d’arrêts intermédiaires par exemple entre le centre de Caudéran [quartier du nord de Bordeaux, NDLR], et la place des Quinconces et la place de Victoire [dans l’hypercentre, NDLR] ».

Nicolas Florian, sur ce sujet, pointe l’importance de connecter davantage la capitale girondine avec son agglomération: il souhaite « poursuivre le développement de cars express « propres » pour relier les villes du département au centre de Bordeaux, développer un réseau ferré départemental afin de relier rapidement les villes de l’aire urbaine, et poursuivre la modernisation du réseau de bus métropolitain ».

Sans surprise, les propositions du candidat EELV vont également dans le sens d’un fort développement des transports en commun, dans le centre et en périphérie: « Mener à son terme le projet de bus express (BHNS) entre la gare de Bordeaux Saint-Jean et Saint-Aubin, réaliser des voies réservées pour des bus express, créer des liaisons performantes en bus express entre les communes périphériques à proximité de la rocade, comme Bruges-Mérignac, Bordeaux Nord-Eysines. » Concernant le tram, Pierre Hurmic souhaite « procéder à une révision du schéma directeur des transports (SDODM) pour remettre à plat les projets actuels de prolongement de tramway dont les travaux ne sont pas engagés ».

On retiendra aussi une série de propositions « alternatives », comme celle du maire sortant, de créer une gare routière internationale près de la gare Saint-Jean, de généraliser l’affichage en temps réel sur tout le réseau de transports en commun. Le candidat LREM propose, quant à lui, l’étude d’un tunnel sous la Garonne et l’interdiction de la levée du pont Chaban-Delmas aux heures de pointe.

Développer les offres de mobilité douce

Pour développer la mobilité neutre en carbone, le candidat écologiste Pierre Hurmic revendique une proposition emblématique: le partage de la voirie à hauteur de 50 % entre voiture et modes actifs (marche et vélo). Avec deux chevilles ouvrières: un plan piéton pour rendre plus attractif ce mode de déplacement et un plan cyclable d’envergure, avec aménagements sécurisés et continus, doté d’un budget de 350 millions d’euros, soit une multiplication par cinq du budget actuel.

Pour appuyer ses propositions, Pierre Hurmic avance quelques constats: « Aujourd’hui, dans la métropole bordelaise, 56 % des déplacements en voiture sont réalisés sur une distance inférieure à 4 km. La part des pistes cyclables sur le total de la voirie de Bordeaux est de 5,8 % et représente seulement 8 % du réseau viaire de la Métropole. » Il souligne par ailleurs le chiffre timide de 0,2 %, qui représente l’évolution de l’aménagement des pistes cyclables entre octobre 2016 et juillet 2019 dans la métropole.

Nicolas Florian et Thomas Cazenave ne sont pas en reste, avec un doublement des infrastructures cyclables sécurisées, proposé par le maire sortant en accord avec le plaidoyer de l’association Vélocité (lire encadré p. 34) signé par les trois candidats. Et pour le candidat Cazenave, un plan de 200 M € pour tracer 200 km de pistes cyclables en dix ans.

Le transport à la demande s’invite dans la campagne

Développer les navettes et le transport à la demande sans arrêt fixe pour desservir tous les quartiers: c’est une proposition du maire sortant, qui prend appui sur le modèle Ke’Op expérimenté par Keolis depuis novembre 2018. Le principe de Ke’Op: les usagers réservent en quelques clics et jusqu’à la dernière minute, par le biais d’une application dédiée, leur trajet dans un des vans de sept places mis en service du lundi au samedi, de 6 h à 20 h 30, pour 3 euros. À ce jour, seules les communes du Haillan, Pessac, Mérignac et Bordeaux centre sont concernées, mais les candidats souhaitent l’étendre. Thomas Cazenave entend, par exemple, mettre en service une flotte de 100 minibus, disponibles 20h/24 pour des déplacements 100 % sur-mesure. « Ces bus vous prendront devant chez vous et vous déposeront à l’endroit souhaité. Nous expérimenterons les navettes autonomes pour faire de Bordeaux un territoire moteur pour la mobilité de demain », détaille aux Bordelais le candidat LREM.

Même objectif pour Pierre Hurmic, qui souhaite expérimenter la mise en place de navettes électriques dans certains quartiers périphériques de Bordeaux mal desservis par les transports en commun. « Ces navettes devront permettre de renforcer l’accès au réseau classique et la mobilité des personnes les plus fragiles (handicapés, âgés, enfants) au sein des quartiers », indique le candidat écologiste.

Transports en commun: gratuité ou pas?

Pierre Hurmic déclarait au début de sa campagne: « L’idée du transport gratuit pour tous n’est pas bonne. Il n’y a aucune raison pour que ceux qui gagnent 3 000, 4 000 ou 5 000€ puissent en profiter. » Toutefois, il y met un bémol en envisageant « la gratuité en prévention des pics de pollution et pour les événements majeurs (Fête de la musique, nuit de la Saint-Sylvestre) ». Le candidat vert propose par ailleurs une carte de tarification sociale pour les services publics (transports, piscine, musées).

Philippe Poutou, candidat de la France Insoumise va, lui, jusqu’à proposer la gratuité des transports pour tous, là où Cazenave envisage de réduire de 40 % l’abonnement TBM pour les enfants et les étudiants, et où Nicolas Florian insiste, lui, sur la nécessité de « faciliter l’accès au transport en commun pour les seniors », sans préciser de seuil de tarification.

Auteur

  • Amélie Kolk
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