Désormais très légères, les lunettes connectées commencent à investir le marché de la conduite pour fournir des indications d’itinéraires précises aux conducteurs et proposer d’autres informations sans qu’ils aient besoin de détourner son regard de la route. Pour les piétons, les applications de réalité augmentée font leur apparition dans la rue ou les centres commerciaux.
Tous les conducteurs, même ceux dotés d’une très bonne vue, devront-ils bientôt porter des lunettes? Lancées il y a cinq ans avec des premiers prototypes lourds et peu pratiques, les lunettes connectées ont fait d’énormes progrès en légèreté, pour dépasser leur fonction d’origine, destinée à corriger la vue. La plupart des récents modèles utilisent des capteurs miniatures logés dans les montures, qui envoient des informations sur les verres, lesquels vont ensuite renvoyer un rayon lumineux sur la rétine du conducteur. Qu’importe donc la correction, ici, c’est la forme des lunettes qui va servir de support à l’information et permettre au conducteur de se renseigner sans qu’il ait à lâcher le volant ni détourner son regard.
Certains modèles envoient des signaux en cas de baisse de vigilance, comme les lunettes du français Ellcie Healthy, qui sonnent lorsqu’elles détectent les prémisses d’un endormissement et peuvent aussi contacter le conducteur par le biais d’une assistance via Bluetooth, ou prévenir ses proches par SMS. D’autres montures peuvent envoyer des informations complémentaires à la conduite, comme le système Light Drive conçu par l’équipementier allemand Bosch. Ce système, dévoilé début 2020 (pour une commercialisation en 2021), est présenté comme le plus petit du marché, avec un poids d’à peine 10 g. Destinée aux fabricants de lunettes connectées, cette solution permet de suivre un itinéraire, passer et recevoir des appels, voire recevoir des notifications de tout appareil mobile connecté. Utile par exemple pour servir de fonction d’alarme en cas de dépassement de temps de conduite, ou indiquer des changements d’itinéraires ou des précisions sur un lieu de rendez-vous… Pour passer d’une fonction à l’autre, l’utilisateur n’a besoin que d’un simple tapotement sur la monture, voire d’un glissement du regard. On imagine sans mal la quantité d’informations que des exploitants transport pourraient envoyer à leurs conducteurs. Les opérateurs veilleront à ne pas surcharger les conducteurs d’instructions, au risque de détourner complètement leur attention de la conduite. Sur ce point, l’usage des lunettes connectées fera peut-être évoluer la législation, qui pourrait assimiler son utilisation à la consultation d’un smartphone dans certains cas (et donc potentiellement l’interdire). En effet, selon la Sécurité routière, le smartphone est impliqué dans au moins un accident sur dix (fonction téléphone, GPS ou SMS/e-mail).
Au-delà d’une activité de conduite, la technologie peut s’utiliser pour consulter des informations listées étape par étape. Dans un usage professionnel, ces lunettes pourraient par exemple servir à effectuer une vérification complète du véhicule avant la prise en main, ou bien suivre une check-list de sécurité dans le cas d’un ravitaillement d’un véhicule GNL. Rien n’empêche en effet de dépasser le seul cadre de la conduite. D’un point de vue pratique, le prix des lunettes reste encore élevé, avec une fourchette de prix oscillant entre de 1 000 à 1 500 € la paire pour le moment.
Moins onéreux, et moins intrusif que les lunettes connectées, le téléphone portable constitue une alternative intéressante pour la navigation lorsque l’on rajoute une couche de réalité augmentée. Cette fonctionnalité est bien évidemment destinée aux seuls déplacements piétons. Depuis août 2019, l’application Google Maps a commencé à proposer ce type de navigation, en version beta, qui reprend le même principe que le jeu à succès Pokémon Go. L’application utilise la réalité augmentée pour afficher les directions à l’écran par-dessus l’image du monde réel. Il suffit d’orienter la caméra de son smartphone vers une rue pour savoir s’il s’agit de la bonne direction à prendre. Mais parfois le réseau ne passe pas, comme en sous-sol ou à l’intérieur de certains bâtiments.
Pour guider les passants dans les centres commerciaux, l’entreprise Reveal Systems vient ainsi de lancer une application mobile qui s’affranchit des réseaux GPS ou wifi, souvent difficiles à capter.
L’application, appelée AR Navigation, combine à la fois une fonction de navigation piétonne et une technologie de réalité augmentée. Pour le guider pas à pas jusqu’à son magasin préféré, Reveal Systems va donc commencer par réaliser une cartographie très précise de toutes les surfaces du centre commercial en trois dimensions, parking compris, en y paramétrant des points fixes à intervalles réguliers. En plus de fournir un guidage précis au sein de la galerie commerciale, l’application peut aussi proposer les promotions proposées par chaque enseigne.
D’autres fonctions sont également proposées comme une analyse des moyens de transport empruntés par les visiteurs pour se rendre au centre commercial (voiture, transport en commun, à pied, etc.) ou bien le retour à un point fixe tel qu’une place de parking (fonction de type « find my car »).
Les équipementiers européens ne sont pas en manque d’innovations sur le Consumer Electronics Show 2020 (CES), le plus grand salon mondial de l’électronique, qui s’est tenu à Las Vegas du 7 au 10 janvier. Le français Valeo présente ainsi en première mondiale un droïde de livraison électrique et autonome, en partenariat avec Meituan Dianping, le leader chinois des plateformes de e-commerce de services. Mesurant 2,80 m de long, 1,20 m de large et 1,70 m de hauteur, ce droïde, capable de livrer jusqu’à 17 repas par trajet, peut se déplacer à environ 12 km/h. Ce prototype, qui dispose d’une autonomie d’environ 100 km, préfigure ce que pourrait être la livraison à domicile dans un avenir proche, notamment dans les zones à zéro émission, puisqu’il dispose d’un système 100 % électrique 48V.
L’équipementier présente également sa technologie Move Predict.ai, qui permet de détecter et prédire les intentions des utilisateurs vulnérables de la route (tels que les piétons, cyclistes, skaters ou scootéristes), situés dans l’environnement immédiat du véhicule. Move Predict.ai réalise une analyse détaillée de la scène entourant le véhicule, le comportement des usagers de la route, leur niveau d’attention ou de distraction due par exemple à l’utilisation en cours du téléphone portable, et de prédire leurs intentions, comme celle de traverser, et les trajectoires associées. Cette technologie alerte sur les comportements risqués et active, si nécessaire, le système de freinage d’urgence.
Pour sa part l’allemand ZF annonce son association avec Microsoft afin de se positionner en tant que fournisseur de solutions de mobilité pilotées par logiciel, puisque « le châssis du futur intégrera du code ». ZF présente ainsi cubiX, un composant logiciel destiné à collecter les informations des capteurs provenant de l’ensemble du véhicule et les préparer pour un contrôle optimisé de systèmes actifs du châssis, de la direction, des freins et de la transmission. CubiX est ainsi en mesure d’optimiser le comportement de conduite de manière centralisée. Le groupe de Friedrichshafen indique qu’il va démarrer d’ici la fin 2020 la commercialisation de son système de conduite automatisée coASSIST, de niveau 2+, à 1 000 $ le kit, ce qui en fait la solution le plus abordable du marché. ZF fournira notamment ce nouveau système pour des véhicules produits en série par un grand constructeur asiatique.
Lors du CES 2020, Saint-Gobain Sekurit a présenté la seconde version de son prototype de pare-brise connecté. Le procédé a été codéveloppé avec Cerence, spécialiste de la reconnaissance vocale basée sur l’IA, et présenté sur une navette développée par le constructeur allemand e.GO. Cette technologie d’écran transparent, pas encore commercialisée, permet de projeter des informations à l’intérieur et à l’extérieur du véhicule, notamment des véhicules autonomes. Les conducteurs peuvent utiliser des gestes ou la parole pour déplacer, sélectionner et interagir avec des widgets affichés sur le pare-brise pour obtenir des informations sur la navigation, la météo ou changer de musique. Dans l’avenir, un simple suivi des yeux permettra de changer de piste musicale, ou de passer le widget de navigation à un passager afin qu’il devienne copilote! Les applications incluent un avatar d’assistant du pilote et un concierge de bord, placé derrière le siège conducteur, capable de donner des informations générales sur le trajet et d’afficher des positions clés. Ces informations peuvent aussi être affichées à l’intention des personnes situées à l’extérieur du véhicule, pour connaître le parcours d’un véhicule autonome par exemple.
Selon ses concepteurs, la vue extérieure n’est pas compromise, car les passagers peuvent toujours voir à travers les images projetées. « Dans un environnement autonome, où il n’y a pas de conducteur, il sera important de donner aux gens un moyen naturel d’interagir avec le véhicule et d’obtenir des informations à son sujet, en particulier avec un véhicule électrique comme notre e.GO Mover qui se déplace silencieusement dans l’environnement urbain et doit fournir des informations aux personnes à l’extérieur du bus », explique ainsi Günther Schuh, pdg de e.GO.
L’équipementier Bosch a présenté sur le salon CES de Las Vegas son pare-soleil Virtual Visor, composé d’un écran LCD transparent qui, grâce à l’intelligence artificielle, assombrit les zones susceptibles d’éblouir le conducteur. Cette innovation a remporté le « Best of Innovation » Award lors du salon pour sa capacité à prévenir les accidents causés par un éblouissement. En Allemagne, 3 756 accidents de ce type ont été comptabilisés en 2018 (source: Institut fédéral des statistiques). Le pare-soleil traditionnel, qui restreint le champ visuel du conducteur, est remplacé par un écran LCD transparent, lui-même complété par une caméra orientée vers le conducteur. Grâce à des algorithmes intelligents, seules les zones de l’écran susceptibles d’éblouir le conducteur sont automatiquement assombries. Les algorithmes identifient ainsi les parties du visage, tels que les yeux, le nez et la bouche, mais aussi l’ombre projetée par le soleil sur le visage du conducteur. Les algorithmes de la caméra analysent en permanence la direction du regard du conducteur et s’emploient à assombrir certaines zones de l’écran pare-soleil, pour offrir au conducteur une protection solaire au niveau des yeux seulement.
