6 % seulement des 12 000 salariés de la zone des Paluds-Aubagne-Géménos, à l’est de Marseille, empruntent les transports en commun. C’est l’amer constat dressé par l’association Mobilidées, chargée d’animer le Plan de déplacements inter-entreprises de la zone. En dépit des incitations, la promotion des alternatives à la voiture individuelle se heurte encore aux habitudes et aux options d’aménagement adoptées il y a 50 ans.
De larges voies de circulation, des chemins piétonniers absents et encore moins de voies cyclables… Les zones commerciales et d’entreprises des Paluds-Aubagne-Géménos conçues en 1967, à l’époque du tout voiture, doivent à présent investir et redoubler d’efforts pour convaincre les 12 000 salariés d’emprunter les transports collectifs. Paradoxe: ces adeptes de l’autosolisme dénoncent les énormes bouchons qui se forment matin et soir entre Aubagne et Marseille.
« Seuls 6 % des salariés de la zone utilisent les transports en commun, nous avons prévu des actions marketing pour accroître cette proportion », avance Anne-Laure Beaudouin, chargée de mission au sein de l’association Mobilidées, lors de la tenue du comité de pilotage de l’association qui fédère les collectivités et 25 entreprises adhérentes. Un pourcentage d’autant plus inquiétant qu’au pays de Marcel Pagnol, les habitants bénéficient de la gratuité des transports, « confirmée pour 2018 », assure Alain Rousset, premier adjoint au maire d’Aubagne. « Nous avons aménagé un parking relais de 250 places et un cheminement piétons sur la zone des Paluds pour inciter à utiliser les transports en commun », ajoute l’élu. Par ailleurs, la commune améliore l’info voyageurs en installant 28 bornes pour un investissement de 400 000 € sur deux ans. De son côté, Jean-Pierre Serrus, vice-président de la métropole d’Aix-Marseille Provence en charge de la mobilité, des déplacements et des transports, a assuré qu’en 2018, des bus en site propre (Chronobus) circuleraient entre Aubagne et les zones d’activités et qu’une voie d’autoroute serait réservée aux cars sur l’axe Marseille-Aubagne. 2018 sera également l’année de l’arrivée du Val’Tram à Aubagne. Maintes fois repoussé faute de financement, le tramway doit desservir en 25 mn La Destrousse, Auriol, Saint-Zacharie, Roquevaire et Pont-de-l’Étoile.
Du côté des nouvelles mobilités, le service de location de Tweezy au quart d’heure Totem Mobi, a décidé de mettre fin à l’expérimentation sur les zones d’Aubagne et Gémenos faute de candidats. « L’expérimentation a duré de septembre 2016 à fin 2017. Les salariés bénéficiaient de 100 € pour tester gratuitement le service. Nous avons investi et installé neuf points de charge électrique et nous n’avons eu que 31 abonnés dont 14 à Sartorius Stedim Biotech (SSB) », déplore Olivier Potet président de l’association Mobilidées. Par ailleurs, l’entreprise Sartorius Stedim Biotech, qui a aménagé un parking à 5 mn à pied de ses locaux, dénonce les stationnements sauvages de certains salariés, qui n’ont pas le goût de la marche!
Une mentalité et des comportements préoccupants à l’heure de l’entrée en vigueur de la loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique imposant à « toute entreprise regroupant au moins cent travailleurs sur un même site d’élaborer un plan de mobilité pour améliorer la mobilité de son personnel et encourager l’utilisation des transports en commun et le recours au covoiturage ». Blog, newsletters, ateliers de sensibilisation aux bénéfices du covoiturage et des transports alternatifs à la voiture, Mobilidées multiplie les actions de communication pour inciter vivement les entreprises à mettre en place un Plan de déplacement.
Même si le défaut de mise en œuvre du dispositif n’est pas sanctionné par la loi, les entreprises ont pourtant tout intérêt à mettre en œuvre un plan de mobilité, ne serait-ce que pour réduire l’accidentologie sur les trajets domicile-travail. Chaque entreprise cotisant 0,25 % de la masse salariale aux risques accidents du trajet, la Carsat (Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail) accorde des ristournes aux entreprises au cas par cas. Ainsi, Sartorius Stedim Biotech a bénéficié de 750 000 € de ristournes au terme d’un diagnostic effectué par la Carsat. Chaque année, la Caisse du Sud-Est accompagne une centaine de dossiers. L’association Mobilidées, fondée en 2011, compte 25 entreprises adhérentes dont 10 de plus de 100 salariés (Mota, Thales, Gemalto, Alinéa, SMC, clinique de la Bourbone, Pébéo, Solimut…).
