Paul Galonnier, président du Cluster Indura, et Franck Gautheron, son directeur général, analysent les conséquences du développement des nouvelles mobilités pour les constructeurs d’infrastructures. Même si certains arbitrages doivent encore intervenir, les entreprises du secteur sont d’ores et déjà en ordre de marche pour accompagner les transports décarbonés.
Paul Galonnier et Franck Gautheron: Il est compliqué à l’heure actuelle d’évaluer les impacts que les nouvelles mobilités pourront avoir sur les infrastructures, pour la bonne raison que nous ne savons pas vraiment quelles formes elles prendront. La voiture électrique ne nécessite pas les mêmes adaptations que le véhicule autonome, ou les véhicules à hydrogène. Nous examinons le champ des possibles et nous savons qu’il faudra des adaptations, mais nous ne pensons pas que les infrastructures vont fondamentalement changer. Si les véhicules électriques prennent le dessus, il faudra bien évidemment installer des bornes de chargement, si les navettes autonomes se développent, probablement réaménager les carrefours et les zones dangereuses, peut-être envisager de nouveaux revêtements; si l’hydrogène s’affirme, l’enjeu se situera au niveau de son transport, du réseau de gaz… ainsi que de son réseau de distribution a priori urbain.
P. G. et F. G.: En effet, le smart s’est déjà invité dans les systèmes privés. Par exemple, on peut voir sur le port d’Amsterdam des robots transporteurs appartenant à des sites privés sur du fret. Nos systèmes de transports génèrent déjà de l’information reprise sur des applications, comme pour la circulation prioritaire. Ce sont des premières étapes vers une mobilité communicante à tous les niveaux. Si aujourd’hui les expérimentations de navettes autonomes se font sans modification au niveau des infrastructures, on a pu constater un rapprochement ces derniers mois entre le monde de l’automobile et celui de la route. La tendance actuelle va vers le maintien des infrastructures existantes en leur ajoutant des applications complémentaires, au moins dans un premier temps. Quelles que soient les solutions retenues, les constructeurs d’infrastructures ont toujours montré qu’ils savaient innover et ils poursuivront leurs efforts dans ce sens. Transpolis et Pavin le prouvent au quotidien sur l’autonomie. Dans un autre domaine, la route photovoltaïque est une innovation majeure qui nécessite la validation des démonstrateurs en cours avant d’envisager son industrialisation.
P. G. et F. G.: Oui très certainement. La plus grande incertitude réside au niveau des usages développés par la ville et ses citoyens. De nouveaux opérateurs ou acteurs pourraient émerger. Les acteurs de la construction d’infrastructures ont l’habitude d’intégrer de nouveaux entrants dans les process d’ingénierie routière, des nouveautés produits apparaissent, donc nous sommes prêts.
P. G. et F. G.: Pas forcément. La question est « qui paye quoi », et ce que les nouveaux services pourront apporter tant pour la nouvelle mobilité que sur le plan des infrastructures qui la supportent. Idéalement, nous pourrions envisager que l’investissement public soit moins important pour la collectivité.
P. G. et F. G.: Cela dépendra surtout des arbitrages faits par les États et les collectivités, mais on peut imaginer que l’on s’oriente vers davantage de concessions d’infrastructures.
P. G. et F. G.: Au niveau de la donnée, on peut regretter aujourd’hui de ne pas avoir connaissance de celles qui sont déjà collectées. Si tel était le cas, nous pourrions sûrement en tirer parti en ingénierie routière sur des technologies que l’on n’imagine pas encore aujourd’hui. Nous attendons à cet effet les résultats des grands travaux au niveau national sur la Propriété intellectuelle des données créées et exploitées dans les espaces publics.
P. G. et F. G.: Là encore, il est difficile de se prononcer pour l’instant. Les chercheurs, l’Ifsttar (Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux) notamment, étudient cette question. Nous faisons partie d’une génération encore craintive face à l’autonomie des véhicules. Pourtant, nous utilisons des robots autonomes, et ce depuis des années, tels les métros, à l’image de la ligne D à Lyon, mais aussi des navettes dédiées aux trajets du « premier et du dernier kilomètre ». Les avions sont d’ores et déjà capables de décoller, de voler et d’atterrir sans l’intervention de l’homme. Mais l’autonomie reste plus acceptée, car toujours sécurisée par une présence humaine. La génération à venir sera-t-elle plus ouverte à ce sujet? Nous ne savons pas encore répondre à ce jour.
Créé en 2010 en région Rhône-Alpes par 22 membres fondateurs issus du monde économique, technique et scientifique du domaine des infrastructures et du génie civil, Indura regroupe aujourd’hui plus d’une centaine d’acteurs économiques, techniques et scientifiques issus du monde des infrastructures de transport et de l’énergie. Leur objectif: développer ensemble des solutions innovantes répondant aux enjeux sociétaux et environnementaux actuels et, au-delà, construire des infrastructures durables pour répondre aux besoins des territoires et de la collectivité grâce à la recherche et à l’innovation. Il a été labellisé cluster en 2014 par la région Rhône-Alpes et s’est ouvert dès 2016 aux acteurs de l’ancienne région Auvergne.
