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Horaires assouplis, autopartage: des pistes à creuser

Au chapitre des solutions alternatives à la voiture individuelle, l’Île-de-France a expérimenté le lissage des heures de pointe, et soutient l’autopartage depuis bientôt deux ans. Dans un cas comme dans l’autre, ces démarches nécessitent un gros effort de pédagogie, et une animation sur la durée.

Un premier galop d’essai visant à lisser le trafic pendulaire en heures de pointe a eu lieu à Plaine Commune (Seine-Saint-Denis) lors d’une expérimentation menée fin 2015, ce qui a permis de réduire d’un tiers le taux d’occupation dans les rames de métro et du RER. L’expérience n’a toutefois pas été pérennisée. La Région Île-de-France a donc réitéré, sur une tout autre échelle, en misant sur le quartier d’affaires de La Défense. Le projet, lancé le 27 novembre 2018 par la Région, la SNCF Transilien, la RATP et l’établissement public de Paris La Défense, consistait à étaler le flux pendulaire, notamment à la pointe du matin, sur une durée initiale d’un an. « Le réseau de transports en commun menant à La Défense étant actuellement saturé, il s’agit de travailler sur la demande, en s’adressant aux employeurs. Si les heures de pointe du soir sont assez étalées, celles du matin restent concentrées sur le créneau 8 h 00 – 9 h 30, et ceci malgré le développement du télétravail et du temps partiel. Ce projet consiste donc à tenter de modifier les horaires de travail de 10 % des salariés de La Défense », indique Cédric Aubouin, chef du service mobilités et politiques de transport, direction des Transports à la Région Île-de-France, en charge du projet.

Selon l’autorité régulatrice des transports, 71 % du trafic quotidien du quartier d’affaires est effectué durant les heures de pointe, en particulier le matin, sachant que 85 % des salariés arrivent en transport en commun. « Si 5 à 10 % des gens se décalent d’un quart d’heure, cela permettra de se rapprocher de la configuration d’un samedi matin », affirmait, le jour du lancement de l’expérimentation, Alain Krakovitch, directeur général de SNCF Transilien. Presque un an après le lancement du projet, 14 entreprises ont signé une charte d’engagement, parmi les plus gros employeurs du quartier d’affaires (Allianz, Axa, EDF, Engie, Les Quatre Temps, Primagaz, Saint-Gobain, Société générale, Total), ce qui représente potentiellement 50 000 salariés sur les 180 000 de la zone. Ces grosses sociétés s’engagent à élargir les horaires de départ et d’arrivée de leurs employés, de manière à ce que 5 à 10 % d’entre eux arrivent en dehors de l’heure de pointe du matin, notamment le mardi et le jeudi, jours d’affluence particulièrement forte. Pour y parvenir, la charte conseille de mettre en place une nouvelle organisation, avec un socle commun de présence de 10 heures à 15 heures, et une plage d’arrivée tolérée entre 6 h 30 et 10 h 30. Les entreprises doivent également s’engager à autoriser 1 à 2 jours par semaine de télétravail pour les salariés dont le poste est éligible, en proposant des aides à l’équipement à domicile ou des espaces de coworking délocalisés. De même, les salariés se déplaçant en voiture sont incités à covoiturer.

Effets difficiles à quantifier

Voilà pour les objectifs. À l’approche de l’heure du bilan, le résultat semble contrasté et difficilement quantifiable. « Nous essayons de mesurer les effets sur le réseau de transport, même s’il est difficile de modéliser l’impact, avec un certain temps d’analyse pour chacune des entreprises concernées. Nous devrions avoir une première estimation avant la mi-2020 », indique Cédric Aubouin. La stratégie, qui privilégie l’adoption par de gros groupes, a l’avantage de démarrer avec un nombre potentiellement élevé de salariés, mais l’intendance ne suit pas toujours. « Souvent, le siège s’engage et l’implication du top management est importante pour impulser la démarche, mais il faut ensuite convaincre chaque filiale, qui dispose de sa propre logique, avec parfois des accords salariaux différents, ce qui nécessite une animation très forte car il y a une inertie très lourde », constate Émilie Dubois, chargée de mission plan de mobilité, service pôles et voiries, direction des Transports terrestres à la Région Île-de-France. « Il a fallu une année pour poser les jalons », reconnaît Cédric Aubouin. Et il en faudra peut-être une de plus pour que les habitudes commencent vraiment à évoluer.

Label d’autopartage

Si le covoiturage apparaît comme l’une des solutions pour réduire l’autosolisme, d’autres acteurs entendent développer l’autopartage. Selon l’Ademe, l’autopartage en boucle (avec stations réservées) remplace jusqu’à 10 voitures personnelles et libère jusqu’à 9 places de stationnement (l’impact serait deux fois moindre pour l’autopartage en free-floating). Forte de ce principe, la Région Île-de-France a mis en place un label d’autopartage au mois de novembre 2019, ce qui donne un peu plus de visibilité et de clarté à cette pratique. « L’idée du label a été validée en avril 2019, afin de définir un référentiel commun et des règles minimales à respecter par les opérateurs. Il donne un statut plus solide aux véhicules partagés et aux places de stationnement qui leur sont réservées. Avec le label, il sera par exemple possible de verbaliser les véhicules stationnés abusivement sur les places d’autopartage », signale ainsi Yann Maublanc, chargé d’étude direction Transports Déplacements à Île-de-France Mobilités. Le label concerne les voitures, mais aussi les deux-roues motorisés, les voiturettes et petits utilitaires, à condition qu’ils soient entièrement dédiés à l’activité d’autopartage, qu’elle soit organisée depuis une station en boucle, comme Communauto, Clem’ ou Ubeeqo (qui a remporté le marché Mobilib en remplacement d’Autolib’), ou en free-floating avec des opérateurs comme Share Now (ex-Car2Go, opéré par Daimler), Free2Move (PSA) ou Moov’in.Paris (Renault).

Les opérateurs disposant du label peuvent apposer une vignette sur leurs véhicules, et accessoirement éviter les pénalités de stationnement, dans la mesure où les sociétés propriétaires se sont engagées à payer une redevance à la ville où elles opèrent. En contrepartie, les opérateurs doivent assurer certaines exigences de service, visant notamment l’entretien et la maintenance des véhicules, avec une surveillance au moins mensuelle. Ceci devrait éviter les désagréments signalés par les anciens utilisateurs d’Autolib’, qui trouvaient parfois leurs voitures dans un état douteux. L’accès aux véhicules doit être ouvert au grand public, notamment aux jeunes conducteurs, et ceci 7j/7 et 19h/24, avec ou sans réservation préalable. La durée minimale de location est portée à 10 minutes pour le free-floating et une heure pour l’autopartage en boucle. Les collectivités vont également disposer de reporting régulier, ce qui leur founrira une meilleure vision sur les besoins de mobilité parfois non couverts par les transports en commun, même si les données utilisateurs resteront anonymisées.

Étalement de la pointe: un test à Evry-Courcouronnes

Le lissage des heures d’arrivée se déroule également à Evry-Courcouronnes, sur la zone de Grand Paris Sud, depuis le mois de juin 2019. Contrairement à La Défense, focalisée sur la désaturation du réseau de transports en commun, cette opération vise la congestion routière, notamment sur l’A6 et la N104 (Francilienne), quotidiennement saturées entre 8 heures et 9 heures Au moins 16 structures représentant 38 000 salariés (sur 80 000) se sont inscrites dans la démarche. Là encore, l’objectif consiste à réduire de 10 % le nombre de ces salariés arrivant en voiture particulière sur la zone concernée à l’heure de pointe du matin, chaque jour ouvré et en particulier le mardi et le jeudi, dans un délai d’un an après la signature de la charte. Près des deux tiers des salariés arrivent sur la zone d’activité seuls dans leur voiture, le potentiel du covoiturage est donc très important. L’effet de l’expérimentation sur le trafic sera peut-être ici plus facilement quantifiable.

Auteur

  • Grégoire Hamon
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