Au gouvernement depuis 2013, le ministre (Vert) de la Mobilité a porté la modernisation du réseau de transports. Avant de s’engager en politique, il était d’ailleurs agent de la Société nationale des chemins de fer luxembourgeois (CFL).
François Bausch: Oui, nous sommes le premier pays au monde. Mais la gratuité est la cerise sur le gâteau! Le gâteau, ce sont les investissements que nous réalisons: plus de 600 € par habitant investis dans l’infrastructure du rail, le Luxembourg est le champion européen. Avec un but évident: changer de paradigme et favoriser la multimodalité. On investit aussi 600 millions d’euros dans le nouveau réseau de tramway, qui servira comme un RER traversant l’agglomération de la capitale et reliant les centres économiques. Il sera connecté à d’autres modes de transport grâce à neuf pôles d’échanges multimodaux.
F. B.: Cette mesure est financée par le budget de l’État. Par la fiscalité, tout le monde participe. C’est une fiscalisation totale du service des transports publics.
F. B.: La gratuité sera efficace, seulement si elle est combinée avec l’investissement. Si vous introduisez la gratuité pour un transport de mauvaise qualité, personne ne le prendra. Le prix joue un rôle, mais la qualité de l’offre est déterminante.
F. B.: Aujourd’hui, ce réseau s’apparente à un patchwork, il faut donc le reformuler. Le Luxembourg a fortement changé au cours des 20 dernières années. L’objectif est d’améliorer les connexions entre le train, le bus et le tram, mais aussi d’optimiser et de hiérarchiser les lignes de bus, dans une logique de rabattement. Le bus sera priorisé et doté d’un couloir réservé dans les territoires non desservis par le tram. C’est une nouvelle philosophie.
Nous voulons également décarboner le transport routier d’ici 2030. Des lignes électriques ou hybrides sont d’ailleurs déjà en service.
F. B.: On élargit autoroute A3 vers la France et la 3e bande sera réservée au covoiturage, c’est-à-dire aux voitures transportant au minimum trois personnes et aux bus. Par ailleurs, nous sommes en train de travailler sur un premier couloir de bus qui sera géré par un système digital. En venant d’Echternach [À l’est du pays, à la frontière allemande, NDLR], où il n’y a pas de ligne de train, nous allons créer un couloir de bus à voie unique alternée, utilisé le matin pour rentrer dans la capitale, et le soir en sens inverse. Cet aménagement sera mis en place sur 35 kilomètres, à partir de Junglister. Cela va raccourcir le temps de parcours des bus surtout aux heures de pointe. L’alternat sera géré par un portail digital, qui va nous permettre de créer un système de bus express, à haut niveau de service, pour avoir une très haute qualité de desserte. Il faut que les bus dépassent les voitures coincées dans les embouteillages et que les usagers voient qu’il y a un grand avantage à les prendre! Les travaux sont prévus d’ici 2022, et la ligne devrait être mise en service en 2023.
F. B.: C’est l’extension du tram jusqu’aux faubourgs d’Esch, prévue après 2023. Sur une partie du tronçon, il roulera à 100 km/h. On veut créer une connexion avec le sud du pays, où un fort développement est attendu dans les 15 prochaines années, avec la requalification des friches industrielles, l’université… L’idée est de le relier avec un transport en commun très performant, un système de tram rapide comme un RER sans rupture de charge, du Kirchberg jusqu’à Esch.
F. B.: La SNCF savait qu’elle devait terminer l’installation du nouveau système de sécurité européen ERTMS sur son matériel roulant, pour le 1er janvier 2017 dans un premier temps, puis il y a eu une prolongation jusqu’en 2021. Mais l’accident ferroviaire de 2017, à Dudelange, nous a montré que l’ancien système de sécurité n’est pas apte à gérer la capacité sur ce tronçon. Notre administration responsable de la sécurité a donc décidé d’anticiper, et de passer à l’ERTMS au 1er janvier 2020.
Mais la SNCF a du retard dans son installation… Donc pendant 3 à 4 mois, une partie de ses rames ne pourra plus fonctionner sur ce tronçon. Les CFL (chemins de fer luxembourgeois) vont venir chercher les frontaliers à Thionville en train, et peut-être aussi partiellement en bus. Mais il y aura une rupture de charge.
Les transports publics luxembourgeois dépendent du ministère de la Mobilité et des Travaux publics, qui a créé, en 2004, une administration dédiée, le Verkéirsverbond. Les services conventionnés sont opérés par les Autobus de la ville de Luxembourg (AVL), la Société nationale des chemins de fer luxembourgeois (SNCFL), le Régime général des transports routiers (RGTR), le Transport intercommunal de personnes dans le canton d’Esch-sur-Alzette (TICE) et Luxtram. Le RGTR, qui gère les lignes routières régionales ainsi que le transport scolaire, travaille avec une trentaine de sociétés exploitantes, via des contrats de concession.
2023 représente une étape majeure dans la modernisation de réseau de transports luxembourgeois. Le tram circulera depuis l’aéroport à travers tout le centre-ville vers le sud-ouest: la nouvelle ligne de 16,4 km de long reliera les centres économiques du pays. Les travaux d’extension à la gare centrale seront également terminés: avec les deux quais supplémentaires, la capacité sera accrue de 35 à 40 %. Dernier point: le dédoublement de la ligne la plus utilisée du train, celle qui va de Luxembourg à Bettembourg, en direction de la France. Le chantier doit s’achever en 2023.
