L’après confinement laisse un goût amer au transport public réunionnais. Un récent rapport chiffre à 23 millions d’euros les pertes du secteur, alors que la situation sanitaire commence à nettement à se dégrader. La conjoncture pèse sur les projets de transports, alors que se profilent les élections régionales…
La Réunion aura vécu cette crise sanitaire à contretemps. Confinée, alors que le nombre de cas était embryonnaire, l’île affronte, depuis début août, une situation sanitaire qui se dégrade, à l’heure où elle cherche à compenser deux mois de pertes d’activités. Dans le transport public local, l’impact est estimé autour de 23 M€, soit 13 % du budget annuel du secteur, estimé à 175 M€. Ces chiffres sont issus du « rapport Issop », qui vient d’établir un premier inventaire, non exhaustif, des impacts financiers de la crise sanitaire. « La situation locale est critique », met en garde son auteur, Omar Issop Banian, directeur du SMTR, syndicat mixte qui réunit les six autorités organisatrices de mobilité que compte le département. « Cette situation pourrait déboucher sur une réduction de l’offre de transport, avec des incidences sur l’emploi, mais surtout avec le risque d’une inflation du transport automobile », poursuit-il. Un risque préoccupant, sur une île déjà fortement congestionnée, où le transport public est exclusivement routier.
Pendant les deux mois de confinement, les réseaux ont maintenu 30 % de leur offre, alors qu’il ne restait que 8 % de la fréquentation habituelle. En juin, il manquait encore 30 à 50 % des passagers, alors que les réseaux avaient rétabli l’intégralité de leurs services, note le rapport qui n’anticipe pas de retour à la normale avant 2022. Dans le détail, ce sont les collectivités qui devront encaisser l’essentiel de l’impact financier, en raison d’une forte baisse de leurs recettes fiscales. La crise sanitaire pourrait ainsi amputer le versement transport des intercommunalités de 10,5 M€, tandis que la Région perdrait 5 M€ de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE).
Du côté des entreprises de transport, l’impact est estimé 3 M€ dans le transport scolaire et à 6 M€ pour les délégataires de service public. Depuis le confinement, celles-ci doivent résoudre une équation insoluble, marquée par la diminution de leurs recettes commerciales, l’apparition de nouvelles dépenses non prévues pour assurer la sécurité des chauffeurs et des voyageurs, à quoi s’ajoute parfois la menace d’une baisse des compensations forfaitaires annuelles.
En froid avec son délégataire (le groupement Cap’Run, qui réunit dix entreprises de transports, associées à Transdev), qui gère le réseau interurbain des Cars jaunes, la Région a, pour sa part, décidé de faire un geste. « Nous nous sommes engagés à maintenir le montant de la contribution forfaitaire cette année », assure Fabienne Couapel-Sauret, la conseillère régionale en charge des transports. Un geste d’apaisement à destination des transporteurs, qui menaçaient de faire grève, en juin, suite à un désaccord sur le montant des pénalités contractuelles.
Alors que les tractations financières s’annoncent délicates entre les AOM et leurs délégataires, ces dernières doivent également composer avec le contexte post-électoral, marqué par des élections municipales à rallonge, et des nouvelles équipes qui s’installent à la tête de plusieurs intercommunalités.
Le transport public réunionnais c’est:
280
lignes de bus
7 200
arrêts desservis
4 400 km
de lignes de transports publics services réguliers ordinaires (SRO)
530 autobus
de lignes SRO
775 autocars
de services de transports scolaires
1 500 salariés
950 conducteurs
6 autorités
organisatrices de mobilité
33,8 millions
de km annuels
41 à 45 millions
de voyages par an
140 000
voyages quotidiens
27 à 28 M€
de recettes commerciales annuelles
100 M€ annuels
de contributions forfaitaires des AOM
128 M€
de charges annuelles d’exploitation des réseaux en DSP
47 M€
de marchés transports scolaires
1 % du PIB
du territoire
