« Il faut un engagement politique et financier clair »
Laurence Sellincourt. Pour passer à un système dans lequel l’automobile n’est qu’un moyen parmi d’autres, il faut un engagement politique et financier clair. Les obstacles ne sont pas méthodologiques. Entre les approches adaptatives qui incitent et facilitent le changement et le management d’exécution qui impose et punit, on n’aurait aucun problème à basculer en se laissant du temps.
L’alternative à la voiture ne peut pas être un objectif aujourd’hui, car elle entre en concurrence avec d’autres problèmes. Quand 20 % de l’emploi en France dépend de l’automobile, ce n’est pas évident. Mais il y a un moment donné où ces contraintes seront moins importantes que les autres, comme ce fut le cas pour le diesel. Pendant des années, l’intérêt général a conduit à soutenir le diesel. Maintenant, l’objectif est de le limiter. Pourquoi? Car on sait aujourd’hui que le diesel coûte plus en termes de santé publique qu’il ne rapporte.
Pour concurrencer l’automobile, on ne peut pas partir du principe qu’on va remplacer un mode par un autre. Il faut mettre un système à égale complexité en face, comme le font les offres de MaaS (Mobility as a Service) et de MaaN (Mobility as a Network).
L. S. Les nudges sont des moyens qui visent des raccourcis mentaux. Parfois ils agissent de manière temporaire, parfois ils construisent une nouvelle norme sociale. Ça a marché pour le tri des déchets. Une fois que quelqu’un a pris l’habitude de la poubelle jaune et de la poubelle verte, il continue. À Londres, il y a des cendriers publics constitués de deux compartiments. En choisissant d’écraser leur mégot dans l’un ou l’autre, les fumeurs répondent à une question. Par exemple: « quel est le meilleur footballeur du monde? ». Les gens ont l’impression de voter, en plus de jeter correctement leur mégot. Les nudges utilisent aussi le regard des autres comme moyen de pression. Quand des affiches mettent en évidence que 1 000 personnes ont signé un contrat d’économie d’énergie dans le quartier, ça crée la norme.
L. S. Certains changements de comportements prennent quelques heures, d’autres des années. Tout dépend de quel comportement on parle, du niveau de programmation et du niveau d’addiction. Avec le nudge, le changement peut être immédiat, mais il se fera de manière localisée. D’autres changements prennent du temps, comme le port de la ceinture de sécurité en voiture, aujourd’hui incontournable. Mais il a fallu plus de 20 ans.
L. S. Le management d’exécution a sa place, mais le système d’interdictions, de sanctions ou d’ordonnancement n’est pas forcément approprié dans tous les cas. Sur la question du report modal, on peut considérer que les impacts négatifs de la voiture menacent les générations futures. Il peut s’agir d’interdictions localisées, comme celle de stationner en surface pour redonner du souffle à la ville pour d’autres modes, activités et façons de vivre. Après tout, les villes sont faites pour les humains, pas pour les voitures.
