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Les croisières, une opportunité économique en région Sud

La croisière crée de la richesse, et pas seulement dans les ports où les navires font escale: 430 M€ ont ainsi été générés en région Sud l’an dernier, au bénéfice de tous les acteurs liés de près ou de loin à cette activité. Des retombées économiques qui irriguent les professionnels du maritime, du transport, du tourisme et les commerçants de Marseille à Saint-Tropez. Avec 2,7 millions de croisiéristes accueillis en 2018, les ports du sud de la France concentrent 50 % de l’activité nationale, outre-mer compris. Marseille à elle seule a accueilli 1,7 million de croisiéristes en 2018.

Génératrice de richesse pour le territoire, avec 430 M€ de retombées économiques, dont 95 M€ de dépenses à terre, la croisière représente à elle seule 2 450 emplois en région Sud. 83 % des croisiéristes effectuent des dépenses pendant l’escale pour un panier moyen de 36 €, concentrées sur l’équipement de la personne et la restauration, selon un sondage BVA réalisé en 2017 auprès de 5 500 passagers. Sur ces 430 M€, 310 M€ reviennent à Marseille. 50 % des passagers qui franchissent la coupée sur tout le territoire visitent la Cité phocéenne, qui accueillera cette année 1,8 million de croisiéristes et franchira le cap des deux millions en 2020. Cette manne financière pourrait augmenter encore grâce aux croisières en tête de ligne, où les dépenses par passager grimpent à 150 € voire 200 €.

Une économie dont tire parti le port de Marseille-Fos grâce aux droits de port navires, passagers et taxes d’usage sur 530 escales de paquebots par an. La croisière représente désormais 6 % du chiffre d’affaires global (9,70 M€ en 2018) de l’établissement. Calculés sur le tonnage du navire, ces droits ont progressé de 17 % entre 2017 et 2018. Côté tarifs, les armateurs de croisière ont accepté une hausse de 5 % par an sur les cinq prochaines années qui correspond à leur contribution aux travaux d’élargissement de la passe nord.

De nombreux professionnels gravitant autour de cette activité ont su saisir l’opportunité de s’adosser à la croisière. Taxis, autocars, guides touristiques, porteurs de bagages ont vu ces dernières années leur activité prospérer. « Chaque paquebot amarré au Môle Léon-Gourret mobilise une vingtaine d’auto­cars. Et il faut compter huit autocars pour un petit paquebot en escale au J1. Les escales à Villefranche-sur-Mer, mobilisent environ 15 à 25 véhicules par navire », détaille Laurent Benvenuti, délégué régional sud de la Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV).

Développement des services aux navires

Agents maritimes, agents réceptifs, lamaneurs, pilotes et remorqueurs facturent également toutes les opérations entourant chaque escale. « Au cours des sept dernières années, le chiffre d’affaires des services aux navires desservant le Marseille-Provence Cruise Center a doublé », souligne Jean-François Suhas, président du Club de la croisière Marseille-Provence.

Par ailleurs, Marseille bénéficie de l’investissement depuis quelques années de deux poids lourds du secteur, Costa Croisières et MSC Croisières, copropriétaires du Marseille-Provence Cruise Center (MPCT). « 10 M€ ont été investis dans la réalisation du Terminal B, et plusieurs millions sont encore prévus dans les années à venir pour améliorer le confort, la sûreté et le développement durable », précise Jacques Massoni, directeur du MPCT tout en soulignant l’enjeu de leur présence qui contribue à fixer les trafics.

Un ancrage local accentué en 2017, lors de la prise de participation de Costa Croisières au capital (33 %) des Chantiers navals de Marseille, qui assure également de l’activité à la réparation navale (arrêts techniques, poses de scrubbers…). Durant ces arrêts, les équipages, très nombreux se rendent régulièrement en ville. Cette économie stimule également l’emploi d’officiers. Un partenariat avec l’Ecole nationale supérieure maritime de Marseille a d’ailleurs été noué avec Le Ponant, compagnie basée à Marseille et, dernièrement, avec Carnival, maison-mère de Costa. Le leader mondial de la croisière conduit actuellement une étude destinée à mesurer précisément son impact économique dans dix ports européens. Les enseignements de ce rapport devraient être rendus publics à l’automne.

Pour autant, ce développement de la croisière ne doit pas se faire sans vision. « Nous devons aller plus loin encore en valorisant nos atouts, expliquer la richesse qu’elle génère. Des efforts ont été accomplis sur le port de Marseille pour que les navires ne soient pas perçus comme une source de pollution », souligne le préfet, Pierre Dartout. Le président de la Région, Renaud Muselier, très attaché au développement durable, insiste d’ailleurs sur cet aspect. « Je suis férocement attaché au développement économique et touristique de mes territoires, mais un développement qui respecte et qui protège. Aussi je voudrais rappeler qu’à Marseille, par exemple, l’ensemble du trafic maritime contribue à hauteur de 5 % à la pollution totale en particules fines. » Raison pour laquelle la Région et le Département contribuent au financement de l’électrification à quai, à Marseille.

Un combat que mène également Jean-François Suhas: « Le maritime et la croisière en particulier sont devenus pour certains le symbole des dérives d’un tourisme excessif, incapable de prendre en considération la qualité de vie des populations locales. Rappelons que les paquebots de croisière représentent près de 500 navires soit moins d’1 % de la flotte mondiale. Ce sont des navires pour la plupart récents et avec des technologies qui permettent de réduire l’empreinte écologique et les armateurs, les ports et les industriels réalisent de plus en plus d’efforts concrets pour répondre au défi environnemental, à court, moyen et long termes », souligne le président du Club de la croisière Marseille-Provence. Costa Croisières confirme son souhait de poursuivre dans la voie du développement, gardant à l’esprit que tout développement doit être durable. « Notre volonté est de veiller le plus possible à préserver les escales que nous traversons et le développement économique de nos ports d’attache », précise la compagnie.

Trafic passagers en hausse

Avec 1,7 million de passagers en 2018 (+ 17 %), dont 439 000 en tête de ligne, Marseille conserve son titre de premier port français et sa quatrième place en Méditerranée. Dans les Alpes-Maritimes, 654 000 croisiéristes devraient faire escale dans les ports de Cannes, Nice, Villefranche-sur-Mer et Antibes (+ 7 %) en 2019. Les ports du Var représentent 300 000 passagers dont 140 000 passagers (+ 11 %) annoncés sur Toulon cette année.

Marseille: un nombre de croisiéristes multiplié par 100 en 20 ans

Lancé en 1996 par la CCI Marseille-Provence, en partenariat avec la Ville de Marseille, le Grand Port maritime de Marseille (GPMM) et tous les professionnels, le Club de la croisière Marseille-Provence a été le socle sur lequel a pu se bâtir la stratégie croisières dans la cité phocéenne. En vingt ans, le trafic a tout simplement été multiplié par cent. En 2019, sous l’égide de Jean-François Suhas, le succès continue.

Le million de croisiéristes a été atteint en octobre 2013, assurant à Marseille d’entrer dans le cercle fermé du Top 5 des ports méditerranéens pour cette activité en 2014. Un cap symbolique qui paraît cependant si loin déjà, alors que le port de Marseille pourrait franchir la barre des deux millions de passagers en 2020. En termes de trafic, la cité phocéenne se positionne désormais comme le premier port français pour les croisières et le quatrième en Méditerranée derrière Barcelone, Civitavecchia (Rome), Palma de Majorque, mais devant Venise.

Un contrat régional pour faire de la croisière une filière prioritaire

Considérée comme une activité prioritaire en Provence-Alpes-Côte d’Azur, au même titre que le tourisme d’affaires et le vélo tourisme, la région Sud a signé un contrat de filière aux côtés des principaux acteurs du secteur le 19 mars 2019. Parmi les signataires, le French Riviera Cruise Club, le Club de la croisière Marseille-Provence et le Var Provence Cruise Club, déjà unis depuis deux ans sous la bannière « French Med Cruise ».

« À travers ce contrat, explique Jennifer Salles-Barbosa, présidente de la commission tourisme de la Région Sud, la Région, aux côtés des clubs croisière, du réseau des CCI et de l’État, entend favoriser les implications des autres acteurs de la filière tels que les ports fluviaux et maritimes, les agences régionales et départementales de promotion et de développement, les offices de tourisme, les aéroports, les gares ferroviaires, les établissements de formation, les commerces… ». La région Sud accueille 2,5 millions de passagers maritimes et 218 000 croisiéristes fluviaux. Cela représente plus de mille escales dans 15 ports maritimes et 1 800 escales dans les 9 ports fluviaux.

7 M€ de retombées économiques à Toulon

Après un trou d’air, la croisière retrouve des couleurs à Toulon avec 140 000 passagers annoncés en 2019 et 180 000 en 2020 avec une centaine d’escales programmées. Thomson Cruises, Costa, Oceania Cruises, Celibrity et Seabourn sont les principaux armateurs à fréquenter le port. « Nous sommes ravis du positionnement premium, se félicite Jérôme Giraud, directeur des ports de la rade de Toulon. Il faut dissocier les dépenses liées à l’activité portuaire, les dépenses du passager qui fait escale hors excursion et les dépenses d’excursions commandées à bord du paquebot. Nous veillons également à la qualité de l’accueil des équipages, car ce sont les prescripteurs d’une escale. Ils peuvent influer sur la décision de l’armateur. » Ainsi, la CCI du Var a porté une attention toute particulière au confort des deux Seamens Club de Toulon et de La Seyne-sur-Mer, avec de la wifi haut débit gratuite. « Le panier moyen se situe à 36 € et la dépense moyenne est identique pour l’équipage », complète Jérôme Giraud. Un écart de 7 € avec Marseille, qui s’explique par la faible proportion de passagers en tête de ligne à Toulon. Après trois années d’interruption, Costa Croisières revient à Toulon en tête de ligne pour 14 départs de juin à octobre 2019, avec Costa neoRiviera, paquebot de 1 200 passagers. « Toulon se démarque des ports voisins. Nous allons de plus en plus vers des contenus culturels, avec la Fondation Carmignac, à Porquerolles », souligne Georges Azouze, président de Costa France.

La French Riviera pêche par l’absence de quais

L’attrait des ports de la French Riviera ne se dément pas! Armateurs et passagers rêvent de se promener sur la Croisette, flâner dans le vieux Nice. Pourtant, les ports des Alpes-Maritimes regardent passer les bateaux sans réellement bénéficier de la manne financière qu’ils représentent. L’Union maritime se mobilise pour la création de postes à quai capables de recevoir de grandes unités.

En 2018, le trafic des ports de Cannes, Nice, Villefranche-sur-Mer et Antibes a diminué de 13 %, totalisant 348 escales de paquebots et 610 950 croisiéristes. Seul port des Alpes-Maritimes à proposer des croisières en tête de ligne, Nice devrait perdre près de 18 000 croisiéristes cette année.

Au moment où la croisière enregistre des croissances à deux chiffres en Europe et en Méditerranée, l’activité ne cesse de diminuer dans les ports azuréens. « Le secteur de la croisière est en expansion partout dans le monde, sauf chez nous. À Nice-Villefranche, le nombre de passagers a chuté de 46,7 % entre 2011 et 2018. Nous avons un gros déficit d’infrastructures. Les armateurs n’aiment pas le mouillage, ils préfèrent aller à quai. À Nice, nous sommes limités à 1’accueil de navires de 190 m de long. On se prive de 90 % des navires », explique André Gaillard, président de l’Union maritime départementale.

L’escale cannoise, qui concentre plus de la moitié de la fréquentation croisière des Alpes-Maritimes (totalisant 356 750 passagers en 2018) pourrait être menacée par une décision politique. « Le quai de commerce, limité à 140 m, va être déclassé en 2021 par la mairie de Cannes, qui ne veut plus accueillir de paquebots à quai et souhaite rendre la jetée aux habitants », déplore André Gaillard. Les compagnies de croisière haut de gamme feraient tout de même du lobbying en faveur d’infrastructures capables d’accueillir leurs unités. « Elles préfèrent l’image de marque des ports de la Côte d’Azur à ceux de Marseille et Toulon », observe André Gaillard.

Auteur

  • Nathalie Bureau Du Colombier
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