Ramasse, passage à quai, distribution, tractions inter-plateformes, éclatement… Dans le transport rapide de colis et de la distribution à la palette, les réseaux d’entreprises « indépendantes », lotiers et messagers, dopent leurs réseaux. Au cœur du process : les plateformes de cross-docking chargées d’améliorer l’efficacité et la productivité des lignes quotidiennes.
Le 14 mai, Pole Centre inaugurait une nouvelle plateforme de 3 000 m2 et 38 portes à quai, à l’ouest d’Orléans, qui traite 900 palettes par nuit (sauf les matières dangereuses). « Nous avons décidé de construire notre propre bâtiment car notre activité augmentait de jour en jour », soulignait Catherine Leroux, présidente de Pole Centre, également dirigeante des Transports Leroux (87), associée à Alain Fournié (président national de Pole), Alain Daval (Sopitra), Pascal Joly (Alteo) et Stéphane Freslon (TSF). Un investissement de 2,5 M€ ! Un bel ouvrage de plus, ex nihilo, dédié au cross-docking, de la part de réseaux issus ou associés à des groupements. Voilà qui en dit long sur la professionnalisation et les niveaux d’équipements requis. Depuis cinq ans, dans le colis (France Étoile, Interpool…) et la palette (Palet System, Lotrex, Flo Palettes, Volupal, Pole, Palette Plus, Reso…), les initiatives se multiplient, fédérant des chefs d’entreprise qui croient en la mise en commun de moyens roulants, logistiques et informatiques.
Les réseaux de plateformes et de relais, rattachés entre eux permettant les acheminements quotidiens, sont en évolution. Lotrex va inaugurer avant la fin de l’année, une seconde plateforme en région parisienne. « Pour couvrir le nord et le sud », précise Patrick Mazet, patron des Transports Gallot (06) et président de Lotrex, réuni en assemblée générale le 23 juin, à la Croix-Valmer (83). Une 9e plateforme en vue après celles basées à Soissons, Garges-les-Gonesse, Dijon, Lyon (deux sites), Avignon, Toulouse et Tours. Ce réseau ne fait pas de bruit mais continue d’avancer ses pions dans le transport de petits lots palettisés. « Lotrex n’est pas un groupement, mais un réseau, au format juridique de SARL à capital variable », précise le président. « Nous visons les clients ayant des envois palettisés et recherchant une solution unique, quotidienne et régulière d’acheminement sur la France et les pays européens, en expédition ou en approvisionnement ». Lotrex compte 65 adhérents, 22 actionnaires et quatre salariés permanents (dont Dominique Verley, le directeur du réseau). Pour Lotrex, le but est le suivant : proposer une solution unique pour livrer les clients de façon régulière et journalière, garantir l’uniformité des procédures et la traçabilité des envois tout au long du trajet, grâce à un serveur commun. « Le réseau est un outil commun. Nous travaillons à le rendre toujours plus performant. Mais notre ambition s’arrête là. Il n’y a pas d’action commerciale centralisée. Chacun reste maître de sa clientèle », assure en substance Patrick Mazet. Selon lui, le risque c’est quand le client n° 1 d’une entreprise devient le réseau. Une réflexion qui revient à cette interrogation : comment ne pas vampiriser le fonds de commerce de chaque adhérent ?
Autre investissement en perspective : celui du réseau Volupal (filiale du groupement Evolutrans), qui va ouvrir une 7ème plateforme à Toulouse, en septembre. Le site, avec 33 portes à quai, s’ajoutera à ceux de Langres (52), Mitry-Mory (77), Lyon, Bordeaux, Tours et Nîmes. Créé en septembre 2003, comptant 41 associés, Volupal confirme sa montée en puissance sous la coupe de deux hommes clé : Grégory Ogé et Philippe Goutagny. Volupal exploite 20 lignes interplateformes chaque nuit, avec une flotte consolidée de 200 véhicules de livraison et de ramasse. Les adhérents qui doivent remettre 70 % des palettes reçues dans le système commun. Après avoir démarré l’ADR en mars 2010, Volupal revendique 705 000 palettes traitées en 2010. Palet System (une des quatre solutions d’Astre avec le Transport, la Logistique et Astre City) revendique 600 000 palettes par an, qui transitent par les dix plateformes européennes dont trois en France (Niort, Lyon et Le Plessis-Pâté). « Nous ne comptons pas dans ce volume les échanges entre adhérents », veut souligner Éric Cabaillé.
Deux autres réseaux activent leurs organisations : Pole (adossé au groupement Tred Union) et Réso (proche du groupe Mazet) montrent un même activisme. Fondée en 1997 par huit transporteurs, le réseau Pole (Palette Organisation Logistique Européenne) exploite quatre plateformes d’éclatement, pour des délais de livraison ne dépassant pas les 48 heures. Les trois autres hubs sont implantés près de Marmande (20 adhérents, 800 palettes par jour), à Ludres, à côté de Nancy (16 adhérents, 700 palettes par jour) et à Genas, à proximité de Lyon (17 adhérents, 450 palettes par jour). Le réseau national assure l’acheminement de 700 000 palettes en 2010. Plus discret, Réso rassemble 80 adhérents dont le groupe Mazet. « Cette adhésion a pour objectif final de vous servir toujours mieux en vous proposant une couverture géographique nationale », dit-on chez Réso. La proximité entre certaines agences Mazet et « étoiles » Réso, permet ainsi de réaliser les expéditions dans les meilleurs délais. Managée par Françoise Talbotier, Réso rassemble cinq plateformes « étoiles » situées à Dijon (21), Lyon (69), Tours (37), Chalon-en-Champagne (51) et Brive (19). Avec 210 tractions par jour, Réso traite 6400 expéditions quotidiennes pour un poids de 700 tonnes.
Dans le fret palettisé (d’une à six unités), l’offre se structure sans cesse chez les réseaux indépendants, constitués d’entreprises régionales. Elle n’est pas sans rappeler ce qui s’est passé dans la messagerie deux ou trois décennies plus tôt. Rappelons l’exemple de France Étoile, créé en 1982, à l’initiative de Jean-Jacques Morel, d’Auger Frères Transports (76) et de Roland Vassard, des Transports Régis Martelet (21). Ce réseau est constitué de 90 entreprises départementales ou régionales. Cinq centres Étoile en France et deux centres étoiles partenaires (dont un en Allemagne) structurent les flux. Les centres Étoiles sont des quais de transport dédiés, mis à la disposition de messagers locaux, leur permettant d’effectuer des échanges de fret la nuit. Chaque structure Étoile est gérée au quotidien par un responsable Étoile lui-même sous la responsabilité d’un gérant.
Dans ce paysage, deux autres réseaux font figure de pionniers : Palette Plus et Interpool. Le premier, sous la houlette de Christiane Llorens désormais, patronne de CCL à Gonesse (95), s’est développé sur le segment d’une à deux palettes. Discret, il pèse lourd sur le marché hexagonal. Interpool, commandé par Thierry Ravier, des Transports Gervais (69), représente aussi du volume : 60 000 tonnes par an en messagerie hétérogène et 24 000 tonnes sur palette (soit 60 000 palettes traitées par an), avec trois plateformes à Tours, Rungis et Dijon. Interpool compte 40 actionnaires (dont le groupe Ziegler).
Mezza voce, certains s’inquiètent de la pérennité de la multiplicité des réseaux, entre les « historiques » de la messagerie et les « spécialistes » du lot, malgré des différences de culture. Le savoir-faire en réseaux, hier l’apanage de quelques-uns (Darfeuille en tête dans la distribution palettes), devient la norme, accentue la concurrence et donc tire les prix vers le bas. On voit arriver dans le lot ce qu’on subit dans la messagerie depuis plusieurs années, annonce un chef d’entreprise. Or tout ce qui devient standard perd de la valeur. Doit-on prédire un début de discussions entre quelques têtes pensantes, notamment dans les Étoiles ? « Beaucoup d’acteurs majeurs en région sont multiréseaux (voir TCP, Régis Martelet, Normatrans, PHM…). C’est par les multicartes que le dialogue se fera entre les réseaux. On pourrait aller vers des rapprochements », prévient un transporteur multiréseaux qui préfère garder l’anonymat. Si on met de côte de vieilles querelles de clocher ou les ego, il y aura intérêt à discuter. »
Le groupe Régis Martelet (21) fait partie de ces entreprises qui adhèrent à plusieurs enseignes : Lotrex, FLO, France Express et France Etoile. Une choix « multicartes » qui permet à Régis Martelet de rayonner sur la région Bourgogne, bien situé à Dijon, sur l’axe Paris-Lyon, en revendiquant une place de premier plan. « Nous n’avons pas de velléité d’implanter des agences partout en France. Ce qui nous intéresse c’est de faire du service », justifie François Vassard. Le groupe mise sur trois métiers : la messagerie express ; le véhicule dédié avec 150 moteurs loués avec conducteur ; et une activité logistique couplée à l’organisation de transport. C’est sur ce dernier savoir-faire, dans l’entrepôt immobilier, que Régis Martelet a décroché son dernier gros contrat de trois ans. Pour le conquérir, après appel d’offres, Régis Martelet a investi dans un site évolutif basé à Nuits-Saint-Georges, à 20 km au sud de Dijon, opérationnel depuis janvier et bâti en un temps record (les travaux avaient commencé en août après acquisition du terrain en en juin). Soit 5 300 m2 couverts sur une zone de 65 000 m2. En tout, 5 M€ investis comprenant le terrain, le bâtiment et les travaux, réalisés avec l’aide d’un architecte aux petits soins. « Nous sortons du périmètre du transport pur pour nous diversifier dans le sur-mesure pour un client, avec un fort engagement en immobilier, de la réserve foncière et des capacités financières. On a su surmonter toutes les contraintes, dans un délai réduit », précise François Vassard. Le site emploie une trentaine de personnes, dont une majorité de caristes. Il peut utiliser deux embranchements fer. Cette réalisation a respecté le triptyque cher à François Vassard : suivre les clients dans leurs projets ; rester local ; et garder ses racines dans le transport et la logistique.
FLO n’est pas resté à l’écart de la distribution palettes. Dédié à la distribution spécifique de lots d’une à cinq palettes, FLO Palettes compte 45 adhérents (soit 90 exploitants, 850 conducteurs formés, 600 véhicules équipés de hayons et sous liaison permanente) et apparaît comme une organisation unique du groupement. La plateforme nationale de groupage/dégroupage est basée à Orléans. « Les liaisons planifiées entre ces Adhérents FLO et cette plate-forme, sur un modèle d’organisation unique », dit-on chez FLO. Lequel a réélu Guy Casset à la présidence du groupement FLO, pour un mandat d’un an. L’assemblée générale a eu lieu le 26 mai, à Paris. Trois nouveaux membres, Patrick Mendy (Transports P. Mendy), Christophe Jung (Transports Jung) et Stéphane Robinet (TLR), ont intégré le conseil d’administration de 21 membres. Le groupement fêtera ses 20 ans en 2013.
