Comptant parmi les villes pionnières d’Europe, Milan a établi un péage urbain dès 2012 dans son hyper-centre, assorti d’une zone à faibles émissions. Alors que la zone s’étend en 2019, place au bilan de l’opération.
Milan, capitale de la Lombardie, compte 1,3 million d’habitants, et un total de 3,4 millions pour l’ensemble de l’agglomération. 58 % des déplacements y sont effectués en voiture. Le taux de pollution est 30 % plus élevé qu’à Paris, du fait notamment de conditions climatiques particulières (très peu de vent). Pour améliorer la qualité de l’air (plus de 100 jours de dépassements du seuil par an), la ville a opté en 2012 pour une limitation des déplacements de véhicules en prenant l’exemple de Londres, et lança une « zone à basses émissions ». Les résultats, très probants, de cette politique ont été exposés par Matteo Satta, responsable des projets européen à Issy Media, lors de la présentation du livre blanc « Nouveaux usages, nouvelle mobilité », édité par la ville d’Issy-les-Moulineaux et le réseau de veille InnoCherche (voir Bus&Car Connexion n° 1064).
En 2012, l’hyper-centre est laissé accessible aux voitures, mais il devient payant pour la plupart des véhicules, en dehors des week-ends. Cette zone, appelée « area C », ainsi que ses accès sont donc équipés avec des caméras pour contrôler les véhicules par lecture de plaque. Les résidants ont droit à un accès gratuit (plafonné à 40 passages, au-delà, ils bénéficient d’un tarif réduit), les autres conducteurs doivent régler leur droit d’entrée dans le 24 heures en payant 5 € (3 € pour les commerçants). De plus, les véhicules les plus polluants sont bannis, avec un ciblage particulier sur les diesels (Euro 0 et 1 en essence, Euro 0 à 4 pour les diesels). Cela s’applique aussi aux véhicules publics. À l’inverse, les scooters, véhicules électriques et hybrides (ces derniers jusqu’en octobre 2019) peuvent librement accéder au centre-ville.
En retour, la municipalité propose 22 parkings relais aux portes de la ville, avec une connexion directe pour le centre-ville. « Les places peuvent être réservées et garanties jusqu’à dix heures du matin », précise Matteo Satta. Le tarif, volontairement attractif, est limité à 32 € par mois (avec des réductions pour les détenteurs d’un abonnement aux transports en commun). Les transports en commun ont été améliorés sur plusieurs points, à commencer par une offre plus « smart », avec la création d’une carte électronique rechargeable, complétée par un système de validation avec QR code qui permet aux voyageurs de passer les bornes du métro avec leur smartphone. Il est également possible de payer son ticket par SMS. La ville a aussi conçu un portail et une application sur smartphone qui propose en open data une vision d’ensemble de la mobilité en temps réel (trains, transports publics, parkings, trac routier). Le site propose aussi d’accéder à une carte interactive qui permet de calculer des parcours, localiser des points d’intérêt et visualiser les principaux événements importants de la circulation automobile et du transport public.
En complément, Milan a lancé ou amélioré plusieurs services destinés à ne plus utiliser les véhicules privés, comme l’émergence de voitures partagées. Ainsi, en échange d’une redevance fixée à 1 100 € par an et par véhicule, quatre opérateurs de voitures en free-floating se sont lancés en 2013 à Milan (enjoy, Car2go, drivenow, share’n’Go). Chacun doit proposer au moins 80 véhicules. Ces derniers ont un accès gratuit à l’area C et aux parkings payants en voirie. Selon l’Observatoire italien de la mobilité partagée, 12 750 véhicules ont été utilisés chaque jour en 2017, et le nombre de véhicules disponibles s’était accru de 49 % par rapport à 2016. Ce boom a aussi porté le lancement de plusieurs services de « scooter sharing » électriques. En n, la ville a amélioré son offre de vélos en libre-service, avec plus de 15 000 utilisations par jour (en hausse de 44 % entre 2016 et 2017).
L’étude des deux premières années de mise en place de la zone à faibles émissions (2012-2013) donne des résultats jugés positifs, avec une baisse de 40 000 véhicules par jour dans l’hyper-centre et de 30 % du trac. Les bénéfices sont probants: baisse de 26 % du nombre d’accidents (50 % d’accidents mortels en moins), 10 % de l’espace de parking libre en plus, et une baisse de 34 % de la pollution aux PM10 entre 2010 et 2013. Cette amélioration se poursuit dans les années suivantes, certes à un rythme moindre (– 2,4 % de véhicules entre 2016 et 2017). L’area C génère environ 30 millions d’euros de revenus par an, réinvestis dans la mobilité, ce qui a par exemple permis de financer une augmentation de la fréquence de bus et de métro (250 passages de bus et 32 de métro supplémentaires par jour en 2012), une augmentation des vélos en libre-service d’environ 75 % et un investissement de 20 M€ dans des pistes cyclables. Mais la ville veut aller plus loin. Depuis le 21 janvier 2019, Milan a étendu les restrictions à une zone encore plus large, qui couvre 75 % du territoire, appelée « area B ». Cette zone restera gratuite mais sera interdite en semaine, de 7 h 30 à 19 h 30, aux véhicules essence Euro 0 et aux diesels Euro 0-3 (Euro 4 en octobre). Les restrictions évolueront progressivement jusqu’à interdire tout diesel en 2030. La mesure devrait permettre de réduire le taux de particules fines de 14 % dès cette année, et de 24 % en 2020.
