L’organisme, qui remplace l’OPCA Transports et services à l’issue d’une genèse sous tension, va devoir faire face à de grands défis, à commencer par le renforcement de l’attractivité des métiers du transport. Surtout, l’organisme devra apporter des solutions aux 21 branches qui le composent…
« C’est fait, mais ça ne va pas forcément être simple à gérer étant donné les nouveaux équilibres internes à trouver », résume un pilier de l’OPCA Transports et Services, appelé à se dissoudre dans les mois qui viennent. Nouvelle cheville ouvrière de la gestion de la formation, l’Opérateur de compétences (OPCO) de la mobilité a en effet fini par se constituer, le 19 mars. À cette date, il regroupait 21 branches reliées au transport et à la mobilité dont le Conseil national des professions de l’automobile (CNPA), l’UTP avec ses composantes urbaines et ferroviaires, l’OTRE, la Confédération des nouvelles mobilités à laquelle appartient la FNTV, ainsi qu’une entreprise, la RATP. Depuis, d’autres branches mineures ont demandé leur adhésion.
Issu de la dernière réforme de la formation professionnelle votée en 2018 pour réduire le nombre de structures, cet organisme a pour mission de définir les besoins et d’organiser les formations, depuis l’apprentissage jusqu’à la formation permanente. Son périmètre recouvre un ensemble de 1,6 million de salariés et de 210 000 entreprises, auxquels s’ajoutent 50 000 alternants. Le défi est de taille, et l’on verra si l’OPCO est plus efficace que les dispositifs préexistants pour pourvoir les dizaines de milliers d’emplois qui manquent dans la branche routière.
C’est Jean-Louis Vincent (TLF), ex-drh de SNCF Logistics et ex-président de Klésia, qui a été élu à la présidence de ce nouveau vaisseau. La coprésidence syndicale a échu à un représentant de FO Métallurgie, Bertrand Mazeau. Le poste stratégique de secrétaire général est assuré par Patrick Omnes, venu de l’Association nationale pour la formation automobile (ANFA) l’ex-organisme collecteur OPCA du CNPA.
La genèse de l’OPCA n’a pas été simple, elle a donné lieu à une crise au sein de la branche du transport routier. Claude Blot, qui visait à 73 ans la présidence de l’OPCO à l’issue de son mandat de président de TLF, a dû jeter l’éponge face à la fronde syndicale. Les principaux syndicats (CFDT, CFTC, FO, CGC) lui reprochaient d’avoir, avec la FNTR, imposé un rapprochement avec la branche des services automobiles (CNPA), en cédant dans la gouvernance beaucoup de pouvoir à celle-ci, pourtant moins importante en termes d’effectifs salariés représentés. Ce rapprochement a court-circuité l’OPCA Transports et Services, qui travaillait à une alliance avec le commerce de gros (CGI), qui représente le transport pour compte propre.
Refusant d’adhérer à l’accord constitutif signé en décembre 2018, les syndicats ont bloqué l’adhésion de l’ensemble de la branche route. « Certes, il fallait aller vite mais nous n’avons pas apprécié de ne pas être associés à cette négociation. Au final, il faut penser à l’intérêt des salariés, et la raison a fini par l’emporter, car il aurait été impensable de ne pas être partie prenante de l’OPCO », résume Noël Thoraval (CGC).
La crise s’est dénouée sur le nom d’un nouveau président et quelques adaptations sur la représentativité des partenaires sociaux. Au sein de l’OPCO, l’équivalent de conseil de métiers va organiser les formations. À signaler que dans le bureau composé de cinq membres côté patronal, Claude Faucher (UTP) assure le secrétariat, Claude Leopold (RATP) et Valérie Boned (Entreprises de voyages) ayant été élus membres. Côté syndical, Jean-Marc Dubau (CFDT), ex-président de l’OPCA est secrétaire adjoint, Stanislas Bauge (CGT) trésorier, Maxime Dumont (CFTC) membre.
La FNTV siégera au titre de la CNM au conseil d’administration de l’OPCO et au sein du Conseil de métiers transports routiers. Pendant les prochains mois nécessaires à la mise en œuvre de l’OPCO Mobilité, l’OPCA Transports et Services continue de fonctionner et reste l’interlocuteur des entreprises. Dans une première phase, l’OPCO Mobilité proposera aux OPCA préexistants une convention de mandat permettant à ces derniers d’assurer une continuité de services. La bascule se fera donc à la rentrée de septembre.
Ports et manutention
Distributeurs conseils hors domicile
Entreprises de transport et services maritimes navigants officiers
Ferroviaire
Manutention ferroviaire et travaux connexes
Marine marchande personnels navigants d’exécution
Navigation personnels sédentaires
Marine marchande personnels navigants officiers
Navigation intérieure marchandises personnels sédentaires
Navigation intérieure marchandises ouvriers
Navigation intérieure passagers ETAM Cadres
Passages d’eau personnels navigants d’exécution
Passages d’eau officiers
Remorquage maritime navigants d’exécution
Remorquage maritime officiers
Services de l’automobile
Transports routiers et activités auxiliaires du transport
Transports publics urbains de voyageurs
Voies ferrées d’intérêt local
Voyages agences
Voyages guides accompagnateurs.
+ RATP
La réforme de la formation voulue par le gouvernement fixe comme grand principe une individualisation croissante des choix de carrière. Pour en finir avec les formations effectuées de façon quasi automatique et sans nécessité réelle, le nouveau dispositif fait reposer le cursus de formation continue sur les épaules du salarié. C’est à lui de définir ses orientations, et non plus à l’employeur de l’envoyer en formation, sauf quand celles-ci sont rendues obligatoires par l’exercice de sa profession, ce qui est le cas dans les métiers de la conduite.
Pour prendre le contrôle du processus, le salarié doit commencer par ouvrir son compte personnel de formation, sur lequel se retrouvent les droits précédemment acquis. Mais attention! Les droits acquis au titre du DIF qui n’auront pas été utilisés avant la fin 2020 seront perdus. Or, le DIF peut représenter jusqu’à 1 800 € par salarié…« Cette disposition peut permettre d’anticiper les montées en compétences, ou de former des salariés à la conduite », remarque Vincent Baldy, à la direction du développement, de la communication et des écoles de l’Aftral. En effet, si le salarié reste libre d’utiliser son DIF comme il l’entend, rien n’empêche l’employeur de lui proposer un accord, et de prendre en charge une partie du coût de la formation, ou de lui permettre de l’effectuer pendant ses heures de travail. Cette discussion peut avoir lieu dans le cadre des entretiens annuels prévus par la loi.
Co-construire la formation
C’est d’ailleurs l’esprit de la réforme, qui vise à mettre en place un CPF co-construit entre le salarié et l’employeur. D’ailleurs, l’entreprise doit jouer un rôle dans l’accompagnement de ses salariés, ne serait-ce qu’en les informant de la teneur de la réforme, et de l’utilisation du CPF. Les OPCO prennent ensuite le relais, en publiant l’information générale sur les opportunités de formation dans la branche, et en conseillant les salariés au cas par cas sur leurs possibilités d’évolution professionnelle. L’offre de l’OPCO Mobilité est segmentée en fonction de la taille des entreprises, et du niveau de cotisation ou des versements volontaires qu’elles effectuent.
« De plus en plus souvent, dans les appels d’offres, les donneurs d’ordre mettent l’accent sur la politique RH de l’entreprise, souligne Vincent Baldy. La réforme de la formation professionnelle peut les aider à passer d’une approche de gestion des effectifs à une logique d’investissement dans les compétences, propre à dynamiser leurs équipes. »
