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Deux-roues

Smoovengo prend le guidon du nouveau Vélib’ parisien

Le renouvellement du marché public initié en 2007 pour Vélib’ a été attribué au consortium mené par la PME montpelliéraine Smoove pour 15 ans. Après un feuilleton juridique intense, le contrat est signé. Les Franciliens pourront enfourcher leurs nouveaux vélos dès le 1er janvier 2018.

C’est le plus gros marché de vélos en libre-service du monde (hors la Chine) devant Londres, Barcelone et New York. À Paris, Vélib’ change de main et roule à présent avec le consortium Smoovengo. 600 millions d’euros sur 15 ans, l’appel d’offres concerne une flotte d’environ 20 000 vélos dont 30 % à assistance électrique, près de 1 500 stations ainsi que l’exploitation du service dans la capitale et les communes environnantes de 2018 à 2032. Six entreprises ont postulé, issues du monde entier, comme les Américains Bicycle et les Canadiens Nextbikes. Seuls trois consortiums français ont accédé à la finale: le sortant JC Decaux, la PME montpelliéraine Smoove et le groupement composé de SFR et Tracetel, qui n’a finalement pas remis d’offre.

Les protagonistes

JC Decaux, qui gérait depuis 2007 le système de vélos en partage de la capitale, s’était allié à la SNCF et à la RATP pour répondre au nouvel appel d’offres. Le 12 avril, le syndicat mixte Autolib et Vélib’ Métropole, qui regroupe 101 communes, 6 établissements publics territoriaux, le département des Hauts-de-Seine, la région Île-de-France et la Métropole du Grand Paris, a pourtant décidé d’attribuer Vélib’ au consortium concurrent Smoovengo. Ce dernier est emmené par Smoove, la PME de l’Hérault, qui équipe déjà Helsinki, Moscou, Nice, Marrakech, Vancouver et Bangkok. « Nantes, sous la forme d’un dialogue compétitif, et Bologne sont les prochains marchés que nous espérons décrocher, dévoile Laurent Mercat, président de Smoove, lors d’une conférence de presse le 10 mai. Le vélo en libre-service (VLS) devient un métier d’expert. Nous gérons 8 800 vélos dans le monde, générons 9 millions d’euros de chiffre d’affaires. Cette année, nous recruterons une vingtaine de personnes. Nos vélos ont la particularité d’embarquer une technologie rompue à l’usage. À 80 %, la valeur ajoutée du système est fabriquée en France. »

Pour remporter le marché, Smoove s’est associée à l’espagnol Moventia (2 600 salariés), spécialisé dans les services de mobilité ainsi qu’à Indigo, exploitant français de parkings (5 300 parkings dans le monde), filiale de Vinci. Quatrième membre du consortium, l’actionnaire de Smoove: Mobivia, leader européen de l’entretien et de l’équipement de véhicules multimarques (Norauto, Midas…). Avec son accélérateur de business Via ID, l’entreprise accompagne sur le long terme des start-up dédiées à la mobilité partagée, connectée et urbaine. « Ce partenariat est capitalistique et humain, explique Yann Marteil, directeur général délégué de Mobivia, chargé du dossier social pour Smoovengo et directeur général de Via ID. Nous mettons à la disposition de la PME une cinquantaine de personnes, ponctuellement ou sur la durée. Il y a deux ans, Smoove comptait seulement 15 personnes. À présent elle en salarie 38. Grâce à cette alliance avec les grands acteurs de la mobilité, Smoove a pu changer de dimension et répondre à cet énorme appel d’offres. »

Le Vélib’ connecté

Présidente du syndicat Autolib’ et Vélib’ Métropole, qui gère le marché, Marie-Pierre de la Gontrie, a imposé tout au long du processus du dialogue compétitif qui a duré un an, les grands principes d’amélioration du service actuel. Dans le cahier des charges se trouvait donc la présence de vélos électriques, l’allégement du poids du vélo, la mise en place de stations autoportantes, facilement déplaçables afin de pouvoir desservir les événements métropolitains, comme le festival Rock en Seine. La possibilité de déposer son Vélib’ dans une station pleine, appelée l’overflow ou la surcapacité, est également une avancée en Île-de-France. « Grâce à son système de dépose des vélos tête-bêche, il est possible de doubler la capacité des stations sans envahir l’espace public et sans aucun coût additionnel », précise le Syndicat.

Le Velib’ fait aussi la part belle au numérique. En témoigne Smoove Box, boîtier électronique protégé par un brevet international, embarqué dans le guidon pour rendre le vélo connecté. Les usagers pourront ainsi utiliser le calcul d’itinéraires avec l’indication de guidage visuel via Bluetooth sur l’écran graphique du vélo. Ils pourront également s’authentifier avec la majorité des supports sans contact via une application Near Field Communication (NFC) intégrée à leur smartphone (Android), partager leurs usages et suivre leurs locations ainsi que leurs performances. L’une des principales demandes du cahier des charges était la lutte contre les incivilités, le système d’attache de Vélib’1 étant trop facilement fracturable. À l’inverse, la « fourche cadenas » de Smoovengo sécurise le vélo en station mais aussi en cas d’arrêt minute. Résultat: le groupement table sur un taux de vandalisme de 15 %, soit 5 fois moins qu’à l’heure actuelle.

Du côté du design, Smoove s’est associé au cabinet français Design Pool et au bureau 3D Studio. « Une touche classique réinterprétée dans une certaine modernité permet au mobilier urbain de s’intégrer à la variété des quartiers de Paris », précise Smoovengo. Le vélo a été complètement redessiné. Il est plus léger: 20 kg contre 22 kg actuellement. La jupe arrière est plus fine et aérée. Le panier peut contenir un cartable standard dans sa largeur et sera muni de sandows de fixation.

Le Vélib’ électrique

La version mécanique du vélo sera alimentée par une dynamo. Cependant, 30 % du parc seront à assistance électrique avec une batterie logée dans le cadre. « Transformer un vélo mécanique en vélo électrique ne prend que 30 minutes », souligne Laurent Mercat. En fonction de la demande, le parc pourra donc évoluer. L’idée est d’attirer davantage d’abonnés, actuellement au nombre de 300 000. « Le service sera aussi plus étendu géographiquement dans la métropole parisienne », ajoute Marie-Pierre de la Gontrie. Le périmètre des villes concernées n’est pas encore connu. « Avec la Petite Couronne, le projet parisien est devenu métropolitain », souligne Yann Marteil, directeur général délégué de Mobivia. Outre Paris, 55 communes sont libres d’adhérer. « De 18 000 vélos et 1 230 stations, on peut passer à 23 000 vélos et 1 600 stations, indique-t-il. C’est là où le système de vélos à assistance électrique prend tout son sens: les distances sont plus longues, les côtes plus raides. »

Au plan financier, les collectivités vont devoir contribuer au coût de ce marché. Ainsi, la Métropole du Grand Paris apporte-t-elle aux communes adhérentes une aide d’environ 4 millions par an pour l’installation et l’exploitation des stations, sachant que leur coût unitaire est de 10 000 euros par an hors Paris, le double dans la capitale. « Le nouveau Vélib’ reste un service public. Le but n’est pas de perdre au passage des usagers mais au contraire d’en gagner », conclut Marie-Pierre de la Gontrie. Même si les prix risquent d’augmenter, les principes de la grille tarifaire seront conservés: les 30 premières minutes gratuites et le paiement à la minute. « Les évolutions tarifaires prendront en compte les nouveaux services, l’accès aux vélos électriques et le périmètre plus large du service sur toute la métropole », précisent-ils.

Continuité du service

La transition entre le sortant et le nouvel arrivant s’effectuera sans discontinuité du service: « Dès octobre 2017, les anciennes stations seront démontées et remplacées jusqu’à décembre. Une station Vélib’ sur deux sera déposée et remplacée par une nouvelle station Vélib’ avec de nouvelles bornettes permettant la recharge des vélos électriques et un totem accueillant de nouvelles fonctionnalités. Chaque station sera mise en veille jusqu’à la date d’ouverture du futur service. » Le 1er janvier 2018, le service Vélib’ opéré par JC Decaux s’arrêtera et les nouvelles stations exploitées par le groupement Smoovengo seront activées. Dès le démarrage, les nouveaux Vélib’ seront mis en service avec 30 % de vélos électriques.

Après le 1er janvier 2018, le remplacement des anciennes stations Vélib’ se poursuivra. Une information locale, un site web et une application « chantiers Vélib’ » permettra à tous les Franciliens de suivre le déploiement des stations en temps réel et ainsi d’être informés de l’arrivée de nouvelles stations proches de leur domicile. « Ce basculement aura lieu en hiver, une saison moins active pour les locations afin de minimiser les nuisances pour les abonnés », précise le Syndicat. Les anciens vélos seront recyclés. « Nous exploitons de nombreux vélos en libre-service qui se basent sur le même concept technologique que le Vélib’, explique Albert Asséraf de JC Decaux. Les vélos en bon état seront réutilisés ou démontés en pièces détachées pour d’autres systèmes dans le monde. »

Échec du recours judiciaire

Le 10 avril, JC Decaux a déposé un recours en référé auprès du tribunal administratif de Paris pour contester l’attribution du marché à Smoovengo. Albert Asséraf, directeur général de la stratégie, des data et nouveaux usages, donne deux raisons à cette action en justice. Tout d’abord, « le non-transfert des 315 collaborateurs qui ont fait le succès de Velib’ depuis 10 ans, d’abord. Les salariés auraient dû être repris de plein droit aux mêmes conditions. Or l’appel d’offres ne le prévoyait pas ». 110 à 120 mécaniciens vélo en atelier ou en station, 55 collaborateurs au centre de relations clients à Paris, des agents de maîtrise, des techniciens, entièrement dédiés au Vélib’. De son côté, Smoovengo assure reprendre le maximum de salariés. « Nous n’avons pas prévu de fonctionner avec moins de gens qu’avant. D’après ce que nous savons, les niveaux de salaires sont proches, garantit Yann Marteil, directeur général délégué de Mobivia. C’est un sujet qui se traite avec la collectivité, le sortant et les salariés concernés. »

Deuxième motif de contestation pour JC Decaux: « L’assistance à maîtrise d’ouvrage a été confiée au cabinet de conseil Inddigo [différent du gestionnaire de parking du consortium, NDLR], dans lequel travaille Nicolas Mercat, le frère de Laurent Mercat. Nous y avons vu un possible conflit d’intérêts », poursuit Albert Asséraf. Cependant, le tribunal a rejeté ce recours le 4 mai. « Le marché a été signé immédiatement après, nous privant de tout recours devant le Conseil d’État », constate Albert Asséraf.

Vélo: 15 % de part modale en 2020

En dépit des 225 000 déplacements effectués chaque jour dans la capitale, la part modale du vélo atteint tout juste 5 % à Paris. Loin derrière les bons élèves néerlandais (29 % de part modale en moyenne aux Pays-Bas), ou les imbattables danois: à Copenhague, un déplacement sur deux est effectué à bicyclette. La maire de Paris, Anne Hidalgo et son adjoint aux transports, Christophe Najdovski, se sont fixé l’objectif de 15 % de part modale en 2020, soit l’équivalent de la ville championne française, Strasbourg. Vélib’ doit représenter 35 % de ces déplacements en 2020, contre environ un tiers aujourd’hui. Le Plan vélo adopté en 2015, assorti d’une enveloppe de 150 millions d’euros, prévoit le déploiement d’un réseau express vélo et de pistes cyclables séparées (environ 20 km engagés cette année) mais aussi de doubles sens cyclables dans le cadre de la généralisation de la vitesse à 30 km/h. (Une partie des travaux ont eu lieu cet été, et se poursuivront jusqu’en mai 2018. Dès cet automne, une piste cyclable bidirectionnelle sera aménagée sur une partie de la voie Georges-Pompidou. Aux portes de Paris, des liaisons cyclables seront également créées cet automne afin de faciliter les déplacements à vélo en toute sécurité entre Paris et les communes voisines. Ces aménagements structurants seront aussi un atout pour la métropolisation du réseau Vélib’.

Auteur

  • Caroline Albenois
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