La publication du classement des 200 premières PME du transport routier de voyageurs est l’occasion d’un retour sur l’année écoulée: conséquences de la loi NOTRe, grève à la SNCF, poursuite de l’évolution du marché des cars Macron… 2018 a également été marquée par l’arrivée sur le marché français du fonds d’infrastructures Cube.
Le transport routier de voyageurs a connu un véritable printemps en 2018. La grève des cheminots, organisée en protestation à la réforme du système ferroviaire, a paralysé les circulations ferroviaires pendant plus de trois mois. Résultat: une activité en hausse de 30 % en moyenne pour les autocaristes, du fait des reports sur les modes de transport routier, et de la mise en place de navettes de remplacement par la SNCF elle-même. Satisfaction pour les opérateurs SLO, qui ont enregistré une augmentation de 43 % de leur fréquentation au deuxième trimestre, et gagné ainsi de nouveaux clients. L’année s’est terminée tout autrement, avec le mouvement des gilets jaunes, qui a généré de nombreuses annulations de voyages et compliqué l’exploitation quotidienne en allongeant la durée des parcours pour éviter les blocages routiers.
Mais, paradoxalement, le fait saillant de l’année 2018 aura été l’arrivée du fonds Cube dans le paysage français du transport public de voyageurs. Ce fonds d’infrastructures se présente comme une alternative aux grands groupes publics et para-publics, un chevalier blanc, prêt à soutenir les PME à fort potentiel sans leur demander de vendre leur âme. Jusqu’ici, sa stratégie s’est concentrée sur l’Ile-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes. Après avoir mis la main sur VFD, en Isère, Cube a racheté le groupe francilien Lacroix en juillet et, pour terminer l’année, sa participation majoritaire dans Savac a été approuvée en décembre par l’Autorité de la concurrence.
Comme le souligne Géric Bigot, président de Savac (voir encadré), se rapprocher de Cube permet de continuer à jouer un rôle de premier plan alors que le paysage concurrentiel évolue. En Ile-de-France, les réseaux de grande couronne vont être ouverts à la concurrence par Ile-de-France Mobilité; et partout dans notre pays, les réponses aux appels d’offres lancés par les nouvelles grandes régions nécessitent des moyens humains et techniques que toutes les entreprises ne peuvent pas mobiliser. Certes, les groupements de PME proposent déjà des services d’assistance juridique à leurs adhérents… mais Cube a d’autres arguments, de gros moyens et une implantation internationale crédible. Et il est certain que notre classement n’aura pas la même allure l’an prochain!
Mais tous les autocaristes ne sont pas sous le charme. Certains s’interrogent sur la face obscure de Cube: basé au Luxembourg, le fonds y bénéficie de conditions fiscales avantageuses… même si c’est sa filiale française, CFTR, qui va répondre aux appels d’offres lancés dans notre pays, les circuits financiers pourraient poser question.
« En 2019, la composition du capital du Groupe Savac a évolué suite à une prise de participation de Cube à hauteur de 70 %. 30 % du capital sont toujours détenus par la famille Bigot. Cette évolution permet de donner une autre envergure à notre entreprise et lui promet un nouvel essor en Ile-de-France.
« Cette prise de participation ne modifie en rien la gouvernance et les valeurs de l’entreprise. Je reste président de Savac, mon frère conserve ses mandats de directeur, Monsieur et Madame Bigot vont continuer à jouer leur rôle. Chaque manager reste en place et il n’y a aucun changement d’organisation.
« La marque Savac continue de briller et nos véhicules conservent leurs couleurs.
« Le cahier des charges était d’ailleurs clair dès le départ. Nous n’aurions jamais accepté de voir l’entreprise familiale absorbée et se retrouver bousculée ou privée d’une partie de ses activités pour devenir une simple brique intégrée à une vaste organisation… Il était impensable de détruire ce qui avait été construit depuis plus de 80 ans!
« Le fonctionnement et le projet de Cube étaient compatibles avec nos attentes, et c’est pour cela que les discussions ont pu aboutir à un partenariat constructif. Nous avons eu affaire à des interlocuteurs à la fois respectueux et professionnels. L’exemple du Groupe Lacroix, qui ressemble au Groupe Savac et qui cultive les mêmes valeurs, a et va également jouer un rôle très positif dans cette association.
« Avec l’ouverture à la concurrence des réseaux de transports publics initiée par Ile-de-France Mobilités, nous devions trouver un partenaire nous permettant d’une part de bénéficier d’une expertise multi-mobilités et, d’autre part, de disposer d’une couverture territoriale plus pertinente.
« En rejoignant Cube, nous apportons aussi notre savoir-faire en matière de transition énergétique et de transports propres. Certaines entreprises du groupe localisées dans le nord de l’Europe sont très intéressées par notre retour d’expérience. »
L’année 2018 a vu se poursuivre l’évolution du marché des services librement organisés, également appelés « cars Macron ». La grève de la SNCF a particulièrement profité à l’autocar en général, et aux SLO en particulier, dont la fréquentation a fait un bond de 43 % au deuxième trimestre par rapport au deuxième trimestre 2017. La hausse s’est poursuivie au troisième trimestre, à un niveau plus modéré de 20 %, selon les chiffres publiés par l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer). L’augmentation de la fréquentation a été supérieure à celle de l’offre, impliquant une augmentation du taux moyen d’occupation des autocars à 61 % au troisième trimestre contre 54 % un an plus tôt.
La recette par passager s’établit à 15,40 €, en légère baisse de 30 centimes sur un an, en raison de la baisse de distance moyenne parcourue par les voyageurs (à 307 km, contre 322 km un an plus tôt). 2018 a confirmé la tendance au développement des lignes infrarégionales et des dessertes d’aéroport. Les lignes les plus fréquentées restent Paris-Lille, Grenoble-aéroport de Lyon Saint-Exupéry, et Paris-Rouen.
Les trois principaux opérateurs, Ouibus, FlixBus et Isilines, proposent 90 % du total national des dessertes. La concurrence reste féroce, surtout entre Ouibus et FlixBus, qui continuent de batailler pour la première place. À ce jour, aucun des trois gros opérateurs SLO n’est parvenu à équilibrer ses activités. L’année 2019 permettra de vérifier si le rachat de Ouibus par Blablacar, intervenu en novembre dernier, débouche sur une stratégie gagnante pour l’ancienne filiale de la SNCF.
Note: le classement publié dans ce numéro a été établi avec notre partenaire Ellisphère.
