Permettre un échange d’expériences, évoquer les nouveaux services coordonnant différents modes de déplacement, comme la localisation augmentée, et la gouvernance qui va de pair. Telle est l’essence de la 6e édition des journées nationales du management de la mobilité, qui s’est tenue à Toulouse, avec le soutien des pouvoirs publics.
Les échanges ont duré deux jours. De conférences en ateliers et tables rondes, 330 participants ont échangé sur les innovations en termes de mobilité et les nouvelles formes de gouvernance. Sur la liste des invités figuraient des collectivités territoriales, des autorités organisatrices de transports, des associations et des offreurs de solutions.
« Cela permet de collecter les expertises », résume Johan Ransquin, directeur adjoint du service villes et territoires durables à l’Ademe. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie coordonnait ces 6e journées nationales du management de la mobilité, avec le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema), le Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT), et Tisséo, qui organise les transports dans la métropole toulousaine.
Chacun a présenté de nouveaux services, des innovations sociales et marketing individualisé, des initiatives citoyennes… Dont l’application Ticket Easy mise en place par Tisséo, la première dans un réseau fermé permettant de payer et de valider son titre de transport. Son utilisation est encore timide, avec des pics le week-end.
Point d’orgue des discussions: une gestion des déplacements désormais centrée sur la demande plutôt que sur l’offre. « Notre quotidien est bouleversé en termes de gouvernance par des opérateurs qui proposent des services à la mobilité, souligne Christophe Doucet, directeur de la direction planification et éco-mobilité chez Tisséo. Il faut apprendre à travailler ensemble. »? C’est le concept de MaaS (Mobility as a Service), « de nouveaux services à la demande, avec localisation de l’usager pour adapter les réponses à ses besoins à l’instant T », explique Johan Ransquin. Ils offrent la possibilité d’interconnecter les modes: covoiturage, autopartage, train, vélo… Le tout sur un smartphone. « Si une personne attend le bus, on peut lui proposer d’utiliser un vélo, mais seulement s’il y en a de disponibles à proximité et si la météo est favorable », explique Arnaud Chevailler, directeur commercial de la plate-forme Connecthings, qui travaille avecdes autorités organisatrices de transports, en France et à l’étranger. Et d’ajouter: « Cela permet à nos clients de savoir où sont les utilisateurs et ce qui se passe autour d’eux pour pouvoir proposer une solution. C’est une forme de localisation augmentée. »
« Le management de la mobilité consiste à s’efforcer de combiner la totalité des modes de déplacements. Pour être clair: sortir de l’autosolisme », rappelle Johan Ransquin. Afin de réduire la pollution engendrée par l’automobile, les nuisances sonores et les routes engorgées. Pas question de diaboliser la voiture, mais d’en encourager « une utilisation pertinente. Replacer l’automobile dans un bouquet de mobilités. Développer des infrastructures ne suffit pas, il faut changer les comportements. Le travail ne porte pas seulement sur l’offre, mais sur les besoins, les modes de vie. C’est une affaire de sociologie. Il faut replacer l’humain au centre ». D’où l’intérêt pour les nouveaux comportements, comme le télétravail et le coworking.
« Les flux de données sont aspirés. Pour les collectivités territoriales, c’est une capacité d’observation inégalée », souligne Johan Ransquin. Toutefois, Hervé Marchyllie, de la société MT3, apporte un bémol: « Intégrer les offres publiques et privées nécessite la construction et la gestion d’énormes bases de données. La question qui se pose est celle de la gouvernance, la collectivité publique doit garder la gouvernance totale. » Mais sont-elles de taille à rivaliser avec les géants du numérique?
« Avant, les transports jouaient le rôle de variable d’ajustement, déclare Jean-Michel Lattes, président de Tisséo Collectivités, qui régit les transports dans la métropole toulousaine. Désormais, la construction se fait en commun, on intègre la problématique des transports en amont. » Ainsi Tisséo a-t-elle des temps de rencontres avec la Région, le Département, les agglomérations et l’État pour assurer une cohérence entre le développement des territoires et leur desserte. Les grandes entreprises aussi se voient présenter la feuille de route et peuvent exposer leurs besoins, leurs nouvelles habitudes de travail, comme le coworking et le télétravail.
Sur la zone aéroportuaire et aéronautique, toujours très sujette aux bouchons, un projet européen vise à tester un système de gestion collaborative public-privé de la mobilité: une application locale donnera des informations aux salariés sur différents modes de transports, en temps réel.
Au quotidien, une communauté d’innovateurs gravitent dans le sillage de Tisséo. Comme avec l’appel à projets lancé avec la métropole pour dessiner des pôles d’accès multimodaux. « L’idée est d’aller chercher les compétences. » Enfin, Tisséo organise aussi le pilotage du schéma directeur cyclable de l’agglomération.
