En matière touristique, les autocaristes possèdent un précieux savoir-faire: la connaissance du terrain, du réseau, des infrastructures et des lieux à visiter. Avec des spécificités locales très diverses: la montée en stations de ski, des dessertes pour des randos itinérantes, le transport de pèlerins… les transporteurs saisissent les opportunités pour renforcer l’attractivité de leurs territoires, et dynamiser leur activité.
Pour promouvoir la place de l’autocar dans l’industrie du tourisme, IFTM Top Resa organise cette année un Village des Autocaristes en partenariat avec la Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV). Alternative économique et écologique à la voiture, l’autocar fait valoir ses atouts dans la redécouverte du tourisme de proximité. A l’heure où le stationnement devient de plus en plus difficile et onéreux dans les grandes villes ou sur les sites les plus fréquentés, faire le trajet en car évite bien des tracasseries. Au final, que l’on opte pour un circuit ou une formule à la carte, le coût total reste inférieur à celui d’un trajet en voiture, sans risque de se faire flasher et sans la fatigue de la conduite.
Les professionnels ne s’y trompent pas, et multiplient les offres: sight-seeing, excursions, allers-retours vers les plages ou les pôles touristiques, véhicules transformés en lieux festifs… l’autocar se réinvente en surfant sur la tendance au tourisme urbain et aux courts séjours.
« Les autocaristes et les conducteurs connaissent parfaitement leur région, ils sont coutumiers de la fréquentation de sites, ils peuvent conseiller, orienter les gens vers des lieux intéressants et adaptés », dit le transporteur Thierry Schidler, dont la société est à Metz (Moselle). Et d’illustrer son propos: « Si des clients font un tour en bateau sur des écluses, pour ne pas faire le même chemin au retour, on peut les récupérer et proposer une variante, un autre circuit touristique. » Depuis peu, les transports Schidler proposent des produits atypiques aux personnes visitant Metz. À commencer par le Bar-bus qui a ouvert en juin: aménagé en zinc, le véhicule permet de boire un verre tout en découvrant la ville et son agglomération. Depuis fin mai, l’entreprise s’occupe d’un classique touristique: le petit train. En le faisant passer à l’électricité, les transports Schidler ont décroché la concession pour six ans.
Du côté des Voyages Duclos, à Toulouse, qui ont créé en 2015 leur brochure de voyages organisés, des formules à la journée proposent la découverte du Tarn-et-Garonne, la Transhumance du Haut Salat, le Pic du Midi, Dali et Jonquera… Et ce sont justement les journées « surprise », concoctées et conduites par Maurice Duclos lui-même, qui rencontrent le plus de succès. La création de ces voyages demande une connaissance forte des circuits touristiques et des attentes de la clientèle. Les journées thématiques « à la Duclos » ont séduit 10 217 passagers en 2017, 16 464 passagers en 2018, et totalisaient déjà 10 304 passagers fin août 2019.
« Connaître le tissu local est indispensable, ça fait partie du job! », confirme Virginie Delbos, qui co-dirige l’entreprise familiale des cars Delbos, basée à Figeac (Lot), avec sa sœur Alexandra. Elles se sont réparti les tâches: Virginie s’occupe de la partie tourisme avec Fitour Voyages, et Alexandra du transport régulier. « Il faut connaître la prestation et s’assurer que le site est accessible à tous. » Multicartes, les autocaristes doivent donc dégager du temps pour rencontrer les prestataires. « On le fait à la saison creuse. » Ainsi, cette année, juste avant le salon Destination Occitanie, qui s’est tenu à Toulouse début avril, le Comité régional du tourisme avait organisé pas moins de sept eductours sillonnant les 13 départements, auxquels ont pris part des autocaristes. En fin de séjour, tous se sont rejoints sur la piste des Géants, à Toulouse, pour faire connaître ce nouvel équipement regroupant le musée L’Envol des Pionniers, qui retrace les débuts de l’aéropostale toulousaine, et la Halle de la Machine, où stationnent les créations de la compagnie de François Delarozière.
Sophie Douillet, qui réalise de courtes excursions pour le groupe Delbos, a participé à l’eductour Pays cathare passant par l’Ariège, l’Aude et la Haute-Garonne. « Je réalise mes brochures en novembre et décembre, ça me permet d’avoir des idées pour la programmation et aussi de répondre aux demandes particulières des clients », dit-elle.
La mise en réseau permet aux autocaristes de se tenir au courant des nouveautés, via des salons, mais aussi les Offices et Comités départementaux du tourisme. Virginie Delbos ajoute: « Nous faisons partie de l’association Touristic vallées Lot et Dordogne », qui réunit une centaine d’entreprises et prestataires touristiques.
Les grands rendez-vous et l’événementiel leur donnent également l’occasion de construire des produits d’actualité. Comme le Festival des lanternes à Gaillac dans le Tarn, très suivi encore l’hiver dernier. « On peut accoler un événement à une autre prestation pour créer une journée. »
Et lorsqu’un chauffeur revient d’un déplacement, « on leur demande toujours un compte rendu ».
« Notre plus-value est notre expérience de 30 ans, poursuitVirginie Delbos. Quand on a commencé, l’atout de Fitour était de prendre en charge les clients au plus proche de chez eux ». C’est toujours leur force. « On a bâti la programmation autour de ce service de proximité. » En allant chercher les voyageurs en minibus pour les acheminer jusqu’au car qui les mènera en vacances, ou en les conduisant aux ports et aéroports, ce qui leur permet d’éviter la location d’un parking.
Fitour travaille avec les aéroports locaux comme Brive-la-Gaillarde, Limoges et Bergerac, qui proposent des vols low-cost. Dans les années 1990, le groupe Deltour s’est associé à 50-50 avec l’autocariste aveyronnais Chauchard pour créer le tour operator Triangle Voyages. « Cela nous permet d’agrandir notre zone géographique, de mutualiser nos forces, nos autocars, pour développer le tourisme régional, souligne Virginie Delbos. On nous demande des thématiques, des séjours dans le grand sud-ouest mais aussi la Côte d’Azur, Paris et même des tours d’Europe. »
Quant à la partie réceptive, elle est basée à Muret, dans le sud toulousain. En mai dernier, le groupe a participé à l’accueil des clientèles japonaises du tout premier vol direct Tokyo-Toulouse. Une initiative mise sur pied notamment par le Comité régional du tourisme. Delbos a véhiculé les touristes nippons sur plusieurs circuits, incluant le Canal du Midi, la cité de Carcassonne, mais aussi Albi, Montpellier, Nîmes et la Camargue ou encore Bordeaux et sa Cité du vin.
La plus grosse partie de l’activité de l’autocariste Loyet, basé à Aime-la-Plagne en Savoie, est d’organiser des transports secs. Avec cette spécificité locale: la montée en stations de ski. Commandées hiver comme été par le Département, les navettes embarquent les vacanciers en gare d’Aime-la-Plagne et les emmènent à Montalbert et aux différentes stations de La Plagne, mais aussi depuis la gare de Landry jusqu’à Montchavin-les-Coches. Avec des horaires calqués sur ceux des trains. « On connaît nos routes et nos cars sont équipés de pneus neige. On a des chaînes si besoin et nos conducteurs sont habitués à la conduite sur neige. Si la montée en station est bloquée, on n’envoie pas les touristes sur les routes. » L’autocariste a aussi un rôle de conseil, rappelant aux usagers, lors de leur réservation, de s’y prendre en avance pour redescendre de station lors des grands chassés-croisés du samedi, d’autant plus en cas de mauvais temps. « Le week-end, tout le monde est sur le pied de guerre, toute la flotte est occupée! » Les rotations se préparent tout au long de la semaine, avec un poste de commande samedi et dimanche pour dispatcher les véhicules. Véhicules dûment équipés d’armoires à ski, mais aussi de remorques à vélos ou rafts.
Autre prestation, les navettes opérées pour le compte de tours operators en véhiculant leurs clients (souvent anglais, allemands, néerlandais ou russes) depuis les gares de la vallée ou les aéroports de Lyon, Genève, Chambéry ou Grenoble, jusqu’en stations. Une activité réalisée en collaboration avec d’autres autocaristes de la région. Le transporteur travaille également pour la SNCF afin d’affréter des cars sur des lignes TER peu usitées reliant Chambéry. Ou encore des navettes hivernales à Notre-Dame-de-Belllecombe. L’autocariste est alors opérateur pour la collectivité qui fait le choix d’un service gratuit pour les usagers. Autre besoin local: une liaison desservant les thermes de Brides-les-Bains et Salins-les-Thermes. Enfin, Loyet fait aussi découvrir la Savoie et la Haute-Savoie. Il propose également à ses clients des circuits organisés, sur demande ou sur catalogue. Une fois le contenu défini, « on prend le client à un endroit convenu et on l’emmène visiter ».
Le véhicule n’a conservé que quelques sièges, le reste a été transformé en bar avec un petit salon et un zinc percé de trous pour poser son verre pendant que le bus roule. Sans oublier un espace pour danser si les convives apportent leur play-list. 35 personnes peuvent embarquer. « C’est un bus qui est un bar et dans lequel on peut consommer en circulant », explique Thierry Schidler, qui a lancé son Bar-bus au début de l’été. Parmi ses premiers clients, « une quinzaine de personnes qui ont voulu visiter Metz de façon atypique. On a pris une guide de l’Office de tourisme. On peut aussi y ajouter le service d’un traiteur ». Le véhicule circule pendant deux heures sur le périmètre urbain de l’agglomération messine. « Soit nous suggérons un trajet, soit les gens savent ce qu’ils veulent », détaille le responsable. À l’intérieur, un fût de bière et des boissons sans alcool sont offerts.
Basé au Puy-en Velay, véritable carrefour de randonnées en Haute-Loire, l’autocariste Migratour a eu l’idée en 2011 de développer un service de transports pour les marcheurs sur le chemin le plus couru, celui de Saint-Jacques-de-Compostelle. Si la clientèle était bien au rendez-vous (il n’y a qu’à prendre le TER qui mène au Puy pour s’en apercevoir: la majorité des passagers arborent chaussures de rando et sac à dos), les choses se sont révélées difficiles car le trajet jusqu’à Conques, dans l’Aveyron, traverse plusieurs départements et régions. En 2015, la loi Macron change la donne, « il n’y avait plus besoin de demander d’autorisation », rappelle le gérant, Xavier Turin, qui ouvre alors une ligne quotidienne entre le Puy-en-Velay et Conques. « La distance est de 200 km, on peut faire l’aller-retour dans la journée avec un véhicule et un chauffeur. » Avec un arrêt dans chacune des 25 villes étapes.
Question de visibilité, « on a cherché un nom, car Migratour parlait aux gens d’ici, mais pas aux autres. Il fallait un nom qui puisse dire ce que c’est: un bus sur le chemin de Compostelle. » Ce sera le Compostel’Bus. Le Camino « attire beaucoup de gens, dont des novices… », d’où un besoin accru de transports, quand les pieds ou le dos font souffrir, quand il pleut ou qu’il fait trop chaud… « Un bus qui passe tous les jours, ça rassure. » Le Compostel’Bus roule six mois d’affilée, du 15 avril au 15 octobre. L’an dernier, il a transporté 5 000 marcheurs.
Mais cela demande une certaine souplesse de la part du transporteur: « Les gens s’inscrivent et au-delà de 15 personnes, on reçoit une alerte et on affrète un bus plus grand. Au-delà de 25, on rajoute un véhicule. » Et les chauffeurs connaissent les aléas locaux: les manifestations touristiques, la transhumance en Aubrac… Il n’y a guère que le Tour de France qui oblige à suspendre le service quand il emprunte le circuit du bus, comme cet été.
Il existe aussi un service à la demande qui s’adresse aux groupes souhaitant réserver un véhicule. Le premier service de réservation avait été développé par le réseau Réunir, puis Compostel’Bus l’a repris à son compte. En plus des horaires et des prix, le site indique l’emplacement précis des arrêts, les hébergements, et renvoie même sur d’autres chemins de grande randonnée, les fameux GR: Stevenson, la Régordane, le tour des volcans du Velay… Sans oublier un renvoi sur l’agence de voyages de Migratour, qui propose des excursions locales, pour découvrir l’Auvergne, aller à la Fête des lumières, à Lyon…
Parmi les adaptations, les horaires ont dû être modifiés pour s’aligner sur ceux des trains ramenant les marcheurs à Saint-Étienne ou Lyon, où ils doivent souvent prendre une correspondance.
Prochaine évolution en réflexion: augmenter la fréquence, avec un départ du Puy en début d’après-midi en plus de celui du matin. Xavier Turin entrevoit aussi de « continuer jusqu’à Saint-Jean-Pied-de-Port ».
À Lourdes, les transports Lalubie-Manterola sont spécialisés dans le transport de pèlerins. Ces derniers profitant de leur séjour dans la cité mariale pour s’octroyer des excursions dans les Pyrénées, comme à Gavarnie et Pont-d’Espagne sur une demi-journée, ou plus loin avec des déplacements sur la côte basque. Le transporteur assure les transferts depuis les aéroports de Lourdes ou de Pau.
Depuis que la SNCF n’affrète plus de voitures spécialement aménagées, les personnes malades ou handicapées se sont reportées sur les cars. « On va chercher des gens partout en France, en Belgique et aux Pays-Bas », explique Denis Manterola. Sur les 12 véhicules du parc, 9 sont équipés pour les personnes à mobilité réduite, avec des fauteuils roulants fixés sur des rails, des sièges à grande inclinaison et des toilettes accessibles. L’entreprise familiale réalise l’essentiel de son activité d’avril à octobre, durant la saison des pèlerinages. Passant alors d’une dizaine à une quinzaine d’employés.
Basé dans l’Aveyron, l’autocariste Deltour s’est lancé il y a 25 ans dans… le vélo! Le gérant, Bruno Deltour, étant un passionné de la discipline. Désormais, des clubs cyclo, entreprises, CE et tours operators s’adressent à lui pour un tour de Corse ou de l’Aveyron, la traversée des Alpes ou celles des Pyrénées, l’ascension du Ventoux, une semaine dans le Pays Basque ou le Périgord Noir. Mais aussi des escapades en Espagne, Portugal, Italie, Maroc, Grèce, Croatie… ou même au Canada.
Ainsi, Deltour emmène des sportifs venus du bout du monde, tels des Australiens, sur les mêmes routes et cols que ceux empruntés par les coureurs du Tour de France, « ils sont heureux de payer pour une belle prestation, ils veulent des souvenirs de rêve! », explique Bruno Deltour. Aussi les remorques sont-elles équipées de douches chaudes. « On récupère les cyclistes en haut d’un col, pour leur assurer un point chaud. On les récupère même en chemin, si quelqu’un abandonne, on remet le vélo dans la remorque. » Les vélos évoluant sans cesse, remorques et fixations doivent s’adapter tout aussi vite.
Il a fallu deux ans de réflexion à Philippe Bihan avant de lancer le Brest CityTour. « Depuis quelques années, Brest s’embellit et devient de plus en plus attractive. Le port accueille également des escales de paquebots de croisière. Pourquoi ne pas y faire circuler un car sight-seeing? Etant adhérent au réseau Réunir, et je suis donc allé voir d’un peu plus près le service mis en place à Lyon par les Cars Berthelet. » En octobre dernier, sa décision était prise. Six mois plus tard, le projet se concrétisait, grâce au partenariat engagé avec Olivier Michel, dirigeant de Lyon CityTour et Yvon Labat, patron des Voyages Le Bris, et au soutien de l’Office de tourisme de Brest. Présent à Lyon depuis 14 ans, Olivier Michel estime que la formule est adaptable dans de nombreuses villes, en bonne intelligence avec les collectivités locales: « 250 villes ont des petits trains touristiques, et seulement une dizaine sont parcourues par des bus sight-seeing », souligne-t-il. A Brest, les tours durent une heure et sont proposés en cinq langues. Le ticket, valable une journée, permet aux touristes de monter et descendre à leur guise.
Dans la ville rose, les Voyages Duclos proposent un CityTour Toulouse en partenariat avec Toulouse Welcome, agence réceptive dirigée par Adrien Duclos. Un bus cabriolet assure la visite de la ville en 1 h 10, toujours sur le principe du hop on – hop off. Il fonctionne toute l’année, et deux véhicules sont mobilisés pendant la période estivale et certaines vacances scolaires. En plus des itinéraires urbains, les CityTour Sud-Ouest proposent des excursions d’une journée vers Carcassonne d’une part, et Albi et Cordes-sur-Ciel d’autre part. la formule inclut le transport A/R et des réductions pour les visites, entrées aux monuments et activités sur place. Une formule qui permet aux touristes de visiter librement ces sites, sans avoir le souci de stationner sur place. Ces CityTour ont totalisé 1 362 passagers en 2017, 2 978 passagers en 2018, et 1 947 passagers à la fin août 2019. Une progression qui aurait sans doute été plus forte sans l’impact du mouvement des Gilets jaunes.
