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Accélération.

Une reprise sous le signe de l’hydrogène

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Une reprise sous le signe de l’hydrogène

Crédit photo Grégoire Hamon

En Europe, les plans d’investissements pharaoniques se multiplient en faveur de la mobilité hydrogène. La France, qui peaufine encore son plan, voit émerger de nombreux acteurs, et les projets se multiplient, avec une forte dimension territoriale.

Alors que l’Europe vient de rendre publique sa stratégie pour optimiser l’apport de l’hydrogène dans la transition énergétique, la course est déjà lancée au niveau mondial pour renforcer la compétitivité des entreprises du secteur: le 20 août 2020, l’Espagne a annoncé un plan ambitieux de 8,9 milliards d’euros pour la mobilité hydrogène avec 150 à 200 bus d’ici à 2030 et 5 000 à 7 000 véhicules légers et lourds, tandis que l’Allemagne a prévu 9 milliards d’euros (et la Chine 16 milliards de dollars). À l’heure où nous bouclons ce numéro, la France peaufine encore son plan de reprise, dont le montant devrait être largement supérieur à celui du plan Hulot, lancé en 2018, qui avait mobilisé 100 millions d’euros pour soutenir la recherche.

Le nouveau volet de soutien à la filière hydrogène, qui sera intégré au plan de sortie de crise, devrait miser sur les développements industriels. Il fera écho aux nombreuses initiatives de coopération menées actuellement dans les territoires. Ainsi, en région Auvergne Rhône-Alpes, l’équipementier Symbio, qui conçoit des kits de piles à hydrogène qui peuvent être intégrés dans plusieurs formats de véhicules électriques (utilitaires, bus, poids lourds), a signé, le 10 juillet 2020, un accord-cadre de collaboration avec le CEA sur la recherche et le développement de technologies hydrogène, avec l’idée de passer à la phase industrielle.

Initiatives locales

Côté production, le producteur nantais d’hydrogène vert Lhyfe a indiqué, le 30 juin, s’être associée au CEA Tech, au consortium européen Marine Energy Alliance et à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) pour mener des projets de R&D. Le but? Produire de l’hydrogène vert offshore avec des éoliennes déployées en mer, par électrolyse de l’eau de mer. Un premier démonstrateur, à échelle réduite, est prévu pour 2022. À plus court terme, le 26 septembre prochain, Lhyfe va officiellement poser la première pierre de son site de production d’hydrogène vert à Bouin, en Vendée, au pied d’un parc éolien, dans le cadre du projet H2Ouest. L’hydrogène produit va permettre de faire fonctionner des véhicules des collectivités locales vendéennes, regroupées au sein du Syndicat départemental d’énergie de la Vendée (SyDev). Les agglomérations de La Roche-sur-Yon et des Sables d’Olonnes se sont déjà déclarées intéressées pour se doter de bus fonctionnant à l’hydrogène.

En Bourgogne, Dijon Métropole a créé, avec la société Rougeot Énergie, une société de projet nommée DMSE (pour Dijon Métropole Smart EnergHy). La première étape du plan de déploiement consiste à implanter, au nord de Dijon, une solution constituée de deux stations hydrogène destinées à alimenter 27 bus du réseau Divia, neuf bennes à ordures ménagères et une quinzaine de véhicules légers (avec 200 bus, 50 bennes à ordures et 250 véhicules légers d’ici à 2030). Ici, l’hydrogène sera produit à 90 % avec de l’électricité provenant d’un incinérateur de déchets ménagers et les 10 % restants proviendront d’énergies renouvelables produites localement. Le ton est donné. L’hydrogène a le vent en poupe, et de nombreuses collectivités vont miser sur ce vecteur pour assurer leur mobilité, qui sera d’autant plus propre que l’hydrogène sera produit de manière verte.

Bus urbains: la CATP et l’Ugap passent à l’hydrogène

La Centrale d’achat du transport public (CATP) a annoncé mi-juillet le référencement des bus Safra à hydrogène de 10 et 12 m, équipés d’une pile à combustible de marque Symbio/Michelin. Le Businova H2 offre la possibilité de choisir de rouler en mode full hydrogène ou en mode prolongateur d’énergie. Le 11 juillet, l’Union des groupements d’achat publics (Ugap) lançait à son tour une consultation en vue de référencer des bus à hydrogène. Le marché est divisé en deux catégories (véhicules d’une puissance inférieure ou égale à 40 kW, ou véhicules d’une puissance supérieure ou égale à 60 kW). Cette segmentation devrait permettre de retenir plus d’un constructeur.

Symbio et le CEA s’unissent pour accélérer l’industrialisation de systèmes hydrogène

L’équipementier Symbio a signé le 10 juillet 2020 un accord-cadre de collaboration avec le CEA sur la recherche et le développement de technologies hydrogène. Cet engagement fait suite à une collaboration entamée depuis 2010 et portant sur un premier contrat de licence et de coopération R&D. Avec ce nouvel accord-cadre, les deux organismes élargissent le champ de cette collaboration, en ligne avec le développement du marché: « Les équipes de R&D travailleront conjointement pour accélérer l’industrialisation de systèmes hydrogène pour les transports, moins coûteux, plus performants, et plus faciles à intégrer dans les véhicules. Le développement de ces systèmes hydrogène clés en main couvrira notamment: la caractérisation des composants clefs et des évolutions du stack, l’assemblage de la membrane-électrode, la durabilité, la modélisation pour une optimisation des piles à hydrogène et de leur intégration dans les véhicules », indiquent les deux partenaires. Au travers de cette collaboration, Symbio et le CEA souhaitent participer à la structuration rapide de la filière industrielle aux niveaux français et européen, dans la lignée de l’appel à manifestation d’intérêt lancé par le Gouvernement français en janvier 2020.

Un projet de « dorsale hydrogène » européenne

Début juillet, la Commission européenne a présenté sa stratégie hydrogène pour une Europe neutre pour le climat et mis en avant le besoin de créer un réseau transnational de canalisations dédiées à ce vecteur énergétique. Onze gestionnaires d’infrastructures gazières en Europe (Enagás, Energinet, Fluxys Belgium, Gasunie, GRTgaz, Net4Gas, OGE, ONTRAS, Snam, Swedegas et Teréga), opérant dans neuf États membres, ont répondu à cet appel en proposant leur vision du développement de cette « dorsale hydrogène » européenne, qui doit permettre de produire de l’hydrogène bas-carbone et renouvelable « là où il sera peu cher et le ramener vers les grands centres de consommation ». Ces onze partenaires indiquent être en mesure de proposer un début de réseau hydrogène dès le milieu de la décennie, pour atteindre d’ici 2030 un premier ensemble totalisant 6 800 km reliant les différentes vallées européennes de l’hydrogène (Hydrogen Valleys). En 2040, le réseau hydrogène pourrait ensuite couvrir 23 000 km, constitué à 75 % de canalisations existantes de gaz naturel converties et complété par 25 % de nouvelles canalisations hydrogène. « À terme, deux réseaux de transport de gaz parallèles et complémentaires coexisteront et participeront à la neutralité climatique: un réseau dédié à l’hydrogène et un réseau dédié au (bio)méthane », indiquent ces partenaires. Le coût de création de ce réseau est estimé entre 27 et 64 milliards d’euros, jugé « bien inférieur à celui d’un réseau entièrement neuf ». Le coût moyen de transport est estimé entre 0,09 et 0,17 euros par kg d’hydrogène par 1 000 km, à comparer au coût de production de l’hydrogène renouvelable de 2,50 à 5,50 euros par kg visé par la stratégie européenne.

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  • Grégoire Hamon
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