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Des pistes explorées par Transilien et la région Île-de-France

Entretien croisé avec Nathalie Coutrot, responsable études et mobilités SNCF Transilien, Catherine Priol, responsable valorisation de l’immobilier des gares en Île-de-France SNCF Gares& Connexions et Olivier Trapani, chef de marché entreprises et BtoB SNCF Transilien

Bus&Car Connexion: Pour commencer, pouvez-vous nous donner quelques chiffres sur les déplacements liés au travail en Ile-de-France?

Nathalie Coutrot: Sur le réseau Transilien, nous enregistrons plus de trois millions de voyages par jour en semaine et 7 déplacements sur 10 se font pour le travail, en considérant les déplacements pendulaires (domicile-travail), les motifs professionnels et les recherches d’emploi. Cela représente 80 % des déplacements aux heures de pointe le matin et 40 % des motifs de déplacement dans les heures creuses de la journée.

BCC: Comment expliquez-vous ces volumes en dehors des heures de pointe?

N. C.: Il y a beaucoup de salariés en Ile-de-France. On a cette idée de la journée type mais elle est remise en cause. Seul un quart des actifs sont concernés par un travail du lundi au vendredi, du matin au soir. C’est un stéréotype. En réalité, il y a des emplois de toutes sortes.

Olivier Trapani: Malgré ce stéréotype, il ne faut pas négliger le fait que les heures de pointe sont doublement saturées en termes de voyageurs et de circulation. Sur certains tronçons, il est déjà très difficile de faire circuler plus de trains. Au vu de l’augmentation de trafic annuel (autour de 3 % par an) qui se répartira en partie sur l’heure de pointe, le comportement de l’usager devient un levier supplémentaire. Tout l’enjeu consiste à lisser les augmentations de trafic à venir, à les répartir sur les flancs de pointes et sur les heures creuses.

BCC: Comment vont évoluer les déplacements ces prochaines décennies?

N. C.: Nous savons que l’on va avoir des augmentations de population en petite et en grande couronne d’ici 2025 et même au-delà. Le Grand Paris apportera des maillages différents et de nouvelles habitudes de transport mais compte tenu de la croissance constante en IDF, cela ne résoudra pas d’un coup tous les sujets d’affluence des années à venir.

BCC: Concrètement, quelles solutions mettez-vous en place pour désaturer les lignes aux heures de pointe?

O. T.: À travers des plans de mobilité, nous réfléchissons à diversifier les modes de transport et à décaler les heures de déplacement. Par exemple, il s’agit de ne pas organiser de réunions aux heures de pointe ou de prévoir un temps de présence dans l’entreprise en milieu de journée. Cette solution s’est concrétisée en Seine-Saint-Denis en 2014. Nous avons accompagné Plaine Commune et plusieurs entreprises de la zone pour agir sur trois leviers: les horaires, la pratique du travail à distance et celle de la multimodalité. Aujourd’hui la Région s’est emparée du sujet et souhaite l’appliquer à d’autres territoires franciliens.

Catherine Priol: On ne travaille pas forcément sur la désaturation mais sur l’optimisation de la vie du voyageur du quotidien. On cherche à faire gagner du temps sur le parcours, en permettant au voyageur de faire des choses qui lui évitent de faire un détour (bornes, livraison de courses, services administratifs…). Les espaces de coworking et les crèches s’inscrivent dans cette dynamique.

BCC: Quels résultats obtenez-vous au sein des espaces de coworking?

C. P.: Ce que nous disent les opérateurs, c’est qu’il y a un vrai intérêt pour s’implanter en gare car on est au cœur des mobilités. On n’est pas dans Paris, on est plus proche de chez soi, on évite des trajets supplémentaires et on est au cœur de son territoire. Les espaces de coworking sont développés avec et pour les collectivités. Ils participent à l’attractivité territoriale des communes. D’ailleurs la région Ile-de-France soutient le projet financièrement car il s’agit d’un enjeu d’aménagement du territoire. La Région est en effet intéressée par le développement de ces espaces en grande banlieue.

BCC: Selon vous, où en sont les entreprises dans leur réflexion et leur niveau de maturité sur le lien entre travail et mobilité?

C. P.: De mon côté, je sens plutôt les entreprises subir un mouvement qui vient des salariés. Il y a bien entendu le sujet des saturations des transports, mais aussi une forte demande des populations jeunes de travailler autrement et d’avoir une autre vie. Je pense que les entreprises ne sont pas encore très mûres mais qu’elles sont obligées de suivre le pas. C’est comme ça que je le vois car c’est lourd de mobiliser les gros employeurs. Ce sont les petites structures et les entrepreneurs qui font en effet avancer le sujet.

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