Organiser ses déplacements sans utiliser de voiture personnelle, voilà le défi relevé à Helsinki par la start-up MaaS Global. L’offre Whim propose ainsi un abonnement illimité à tous les types de transports disponibles, aussi bien publics que privés.
Depuis octobre 2016, la capitale finlandaise Helsinki est pourvue d’une offre de mobilité intégrée appelée Whim. Créée par la start-up finlandaise MaaS Global, Whim est une application mobile qui permet de se passer de voiture, quels que soient l’heure, le lieu de départ ou la destination. Tous les modes de déplacement de la région d’Helsinki sont proposés aux usagers en fonction du trajet qu’ils ont à réaliser. Il s’agit d’une offre dite de Maas (Mobility as a service), soit d’un pack mobilité qui combine des offres de transport publiques et privées. Le cabinet de prospective ABI Research a estimé que la valeur des offres Maas dans le monde dépassera un trillion de dollars d’ici 2030. Elle est estimée à 9,5 milliards de dollars en Finlande par le promoteur du concept Maas et CEO de MaaS Global, Sampo Hietanen.
La grande question est de savoir si Whim suffira pour réduire le nombre d’automobilistes solos, sachant que les autorités souhaitent une disparition quasi totale de la voiture individuelle dans la région d’ici 2025. Le contexte serait particulièrement favorable à Helsinki: usage du smartphone élevé, bonne infrastructure numérique et forte utilisation des transports encommun.
L’offre Whim repose sur une promesse d’envergure: permettre aux individus de se déplacer n’importe où et à n’importe quelle heure dans la région d’Helsinki, sans utiliser leur voiture personnelle. Pour y parvenir, il est essentiel que tous les opérateurs, du transport alternatif à la voiture solo, qu’ils soient publics ou privés, soient intégrés à l’application.
À Helsinki, le pari est gagné. Avec l’appui de la collectivité, les transporteurs publics (bus, tramways, métros), les loueurs de voitures et les compagnies de taxis sont partenaires. À chaque demande de calcul d’itinéraire, le système combine ces modes pour apporter une garantie à l’utilisateur d’arriver à bon port et à l’heure. L’utilisateur a le choix entre faire une demande d’itinéraire en avance ou en temps réel; il peut aussi connecter son agenda à l’application. Dans ce dernier cas, l’application prend en compte l’ensemble des déplacements que la personne doit réaliser le lendemain et les planifie.
L’offre Whim simplifie l’organisation des déplacements, le paiement des opérateurs et la billetterie. Lorsqu’un déplacement peut être réalisé par différents moyens, l’utilisateur est invité à choisir celui qu’il préfère. Une fois le trajet validé, le paiement se fait automatiquement et le téléphone fait office de carte pour accéder aux offres. Le paiement des déplacements se fait soit à l’usage, soit avec un abonnement mensuel. Un premier abonnement de 49 € donne droit à une utilisation illimitée des transports en commun et à 10 € de dépenses en taxi dans un rayon de 5 kilomètres. Whim propose un second abonnement qui s’élève à 499 € par mois, ce qui correspond aux dépenses moyennes d’une personne qui utilise sa voiture quotidiennement. Cet abonnement premium donne droit à un usage illimité des transports en commun, des taxis, de l’autopartage et de la location de voitures.
Presque tous les transporteurs présents dans la région ont accepté de jouer le jeu: les loueurs Sixt et Veho, l’Helsinki Regional Transport Authority (HSL) qui gère les bus, tramways, métros et trains de banlieue, et les compagnies de taxis Taksi Helsinki et Lähitaksi. Le directeur du développement économique de Taksi Helsinki témoigne des avantages d’un service comme Whim: « Taksi Helsinki veut être en première ligne de ce développement. (…) Pour nos clients, ce partenariat signifie qu’ils peuvent accéder à des services fiables et de première classe dans un délai très court. »
Seul Uber est absent en raison d’une politique trop peu ouverte à ce jour, témoigne Sampo Hietanen, le CEO de MaaS Global. Dommage que le service Kutsuplus, réseau de minibus à la demande testé pendant quatre ans dans la capitale, ait été arrêté faute d’équilibre économique. Ce réseau avait notamment été développé pour concurrencer Uber.
Pour la collectivité, la question de l’intégrité de la start-up MaaS Global peut se poser sachant que des entreprises privées dans le secteur automobile font partie des investisseurs, à savoir notamment le constructeur Toyota, l’assureur automobile Aioi Nissay Dowa Insurance Company et le loueur et vendeur de voitures finlandaises Veho Oy Ab. Dès lors, comment garantir que l’application ne favorise pas les services privés de location de voiture au détriment des transports collectifs? Mari Flink, directrice communication et Marketing de HSL, s’interroge: « Whim pourrait promouvoir davantage le partage automobile et donc diminuer l’usage du transport public. » Mais ces doutes sont à relativiser au vu de l’implication du constructeur de véhicules commerciaux Karsan, et surtout de Transdev. L’opérateur soutient en effet MaaS Global depuis sa fondation et a réinvesti plusieurs millions d’euros dans l’offre lors de la levée de fonds de 14,2 millions d’euros en juillet 2017.
Whim a d’abord été expérimentée de novembre 2016 à juin 2017 auprès de plusieurs centaines d’utilisateurs. Ces huit mois de test ont prouvé que le service générait une augmentation de la part modale des transports publics et une diminution de la voiture personnelle. Une enquête réalisée auprès des utilisateurs de Whim montre en effet que la part des déplacements réalisés avec une voiture personnelle a diminué de 40 à 20 % et que celle des déplacements réalisés en transport en commun a augmenté de 48 à 74 %.
Le taxi a aussi gagné des parts. Les utilisateurs de Whim sont passés de 1 à 4,5 déplacements réalisés en taxi chaque mois. Cette augmentation retentit sur les recettes: alors que les Helsinkiens dépensent 31 € en moyenne pour se déplacer en taxi chaque mois, les utilisateurs de Whim y consacrent 125 €.
Qui plus est, l’adhésion à Whim est forte. À la fin de l’expérimentation, 2 000 personnes attendaient d’être inscrites. En janvier 2018, soit six mois plus tard, l’application est téléchargée plus de 37 000 fois et enregistre 20 000 utilisateurs.
Les résultats de Whim sont prometteurs et le service pourrait bien aider la région à supprimer l’usage des voitures personnelles. Les parts modales actuelles sont déjà encourageantes: 34 % des déplacements sont réalisés en transport public, 32 % à pied, 21 % en voiture personnelle, 11 % à vélo et 2 % avec d’autres modes (taxis, voiture partagée…). D’ici 2020, la start-up MaaS Global prévoit une augmentation de l’usage des transports publics de 34 à 48 % et une disparition totale des déplacements réalisés avec une voiture personnelle. Un partage automobile plus intense est aussi attendu avec 13 % de déplacements réalisés en taxi, 2 % avec une voiture louée et 2 % en autopartage.
L’étude de janvier 2018 intitulée « Londoners’ attitudes towards car-ownership and Mobility-as-a-Service: Impact assessment and opportunities that lie ahead
• Étude sur les MaaS réalisée par le cabinet de prospective ABI Research:
• Étude sur les MaaS réalisée par le cabinet d’études Chronos et le collectif Ouishare:
https://www.le-lab.org/vers-un-transport-de-maas-defis-et-opportunits
• Rapport final sur le service Kutsuplus rédigé par HSL:
https://www.hsl.fi/sites/default/files/uploads/8_2016_kutsuplus_finalreport_english.pdf
• Étude sur les MaaS réalisée par l’UCL pour Transport for London:
https://docs.wixstatic.com/ugd/a2135d_33f08862a08148-389c89de1e908ac8a0.pdf
1 Traduction: Les attitudes des Londoniens concernant la possession automobile et les offres de Mobility as a Service: évaluation des impacts et opportunités qui se profilent.
