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La fabuleuse épopée des transports en commun aux Seychelles

Destination touristique de luxe, micropays éparpillé en une kyrielle d’îles et îlots, les Seychelles n’en ont pas moins un réseau de transport en commun digne de ce nom. Au moins sur les deux principales îles, Mahé et Praslin. Ce réseau a une histoire particulière, liée à un homme, Guy Albert.

L’histoire commence à Mahé, la plus importante île de l’archipel, à la fin des années 50. La maman de Guy Albert, elle-même descendante d’une vieille famille française, arrivée aux Seychelles au XVIIIe siècle. C’ est l’une des rares habitantes à se risquer à bicyclette sur les routes qui serpentent entre océan et montagnes. Et c’est bien elle qui emmène tous les jours sur son porte-bagages jusqu’à son lieu d’études, le Couvent, école tenue par les Sœurs, le jeune France-Albert René. Celui-ci n’est autre que le futur président de la République des Seychelles, à l’origine d’un coup d’État en 1977. À cette époque, transports de voyageurs, de bestiaux et de marchandises n’étaient pas dissociés. Des camions appartenant à des sociétés individuelles, pour la plupart, parcouraient les routes en véhiculant tout ce qu’il y avait à transporter: personnes, animaux et biens. Joseph-Albert, le père de Guy, lui, en avait cinq, des Chevrolet, ex-véhicules militaires réaménagés qui se démenaient comme ils pouvaient sur la green-line depuis anse Boileau jusqu’à baie Lazare et vers Takamara. Roger Albert, son frère, en avait deux qui reliaient anse aux Pins à la capitale Victoria, et desservait aussi le sud de Mahé, vers port Glau. Il y avait également quelques camionneurs chinois, par exemple Low Thee, à anse Royale. Progressivement, les premiers autobus apparurent. Ils s’agissaient de véhicules fabriqués aux Seychelles (sauf le châssis) par la mission catholique.

Désormais, voyageurs et animaux font transport à part

Dès son arrivée au pouvoir en 1977, France-Albert René se lance dans une grande politique inspirée des idées socialistes de l’époque: l’égalité des chances, l’éducation pour tous… Et, sur ce dernier point, pour se rendre à l’école, il ne tolère plus qu’écoliers et animaux partagent le même véhicule, dans la puanteur moite. L’une de ses premières mesures consiste en la création de la Seychelles Transport Public Corporation (SPTC). Compagnie publique donc, elle rachète aux anciens propriétaires les vieux véhicules et en acquiert d’autres, des autobus indiens, les célèbres Tata qui circulent partout dans cette zone de l’océan Indien. Des véhicules de 40 places assises et 15 debout, à la livrée bleue. Dans le contrat, figure aussi la présence durant trois ans de techniciens indiens. Guy Albert, quant à lui, s’est forgé dans le même temps, une solide expérience dans le transport. Dès la fin des années 60, il a suivi des études techniques poussées en Rhodésie. Puis, il a travaillé auprès des grands du secteur, Ratcliff ou la compagnie américaine Barlows Africa, devenant l’un des spécialistes reconnus de l’industrie du diesel. Quand il retourne aux Seychelles, en 1971, il est sans aucun doute celui qui connaît le mieux la question. Car ici, le transport rencontre des difficultés particulières. Comme la maintenance. Les véhicules sont soumis à rude épreuve. Les routes sont étroites et tortueuses, le relief est escarpé, avec des pentes supérieures à 12 %, le climat, avec le vent et la pluie, torture les infrastructures… Il faut faire face en permanence à la végétation luxuriante dont la générosité et la voracité dévorent le goudron. Pire encore, le gasoil est de mauvaise qualité. On est loin de la qualité du réseau des Départements d’outre-mer, celui de La Réunion, assez voisine, par exemple, “mais les routes sont bien meilleures qu’en Afrique!”, rappelle Guy Albert. Il ouvre le premier atelier fermé, avec trois ouvriers qu’il a formé. “On travaillait jusqu’à 10 h 00 du soir”, se rappelle-t-il. Quand la SPTC est créée, forcément, c’est une opportunité pour lui.

Guy Albert s’offre un aller-retour à la SPTC

Sauf que la rémunération ne suit pas: “1 000 roupies* par mois pour ce qui me concerne et 500 roupies pour les mécaniciens”, se souvient-il. Car la gestion de la société a été confiée à Franck Purin, son premier gérant. “Vous êtes trop qualifié, on ne peut pas vous payer”, regrette-t-il. Résultat, Guy Albert quitte l’entreprise et les ennuis ne tardent pas à s’accumuler. Très vite, le parc tombe en ruine: les services scolaires ne sont plus assurés, les retards sont conséquents… Déjà, la liste des véhicules immobilisés est impressionnante. Le ministre des transports, Philibert Loiseau, revient à la charge: “Guy Albert, pourquoi ne voulez-vous pas travailler avec nous, combien voulez-vous?”, demande-t-il. Un accord financier est trouvé. “J’ai été très largement augmenté”, reconnaît aujourd’hui Guy Albert. Aussitôt, il se remet au travail. “J’ai formé six personnes et, dès le premier jour, nous avons remis sur la route six véhicules.” Dès lors, la SPTC connaît un essor sans précédent. En 1981, le transport de fret disparaît et le réseau maille désormais la totalité des routes, celles carrossables, des deux principales îles des Seychelles, Mahé et Praslin. Il connaît à peu près la même configuration qu’actuellement. Quant à la Digue, la troisième île d’importance, elle préfère perpétrer la tradition de transport par chars à bœufs qui font la joie des touristes et des photographes. En 1982, Guy Albert devient directeur général de la SPTC. Le rôle de cette dernière s’est considérablement accru. C’est elle qui prend en charge certains aménagements routiers, qui s’occupe de la voirie, qui pratique l’élagage d’arbres qui poussent à grande vitesse, qui participe au débroussaillage… “Ce sont des taches qui impactent le transport et dont personne ne voulait s’occuper”, justifie Guy Albert. En 1989, lorsque Guy Albert quitte la SPTC.

Un réseau en ordre de marche

Avec un effectif de 420 personnes, la SPTC offre aujourd’hui l’image d’un réseau d’une réelle envergure qui jouit auprès de la population d’un véritable attachement. Une image toujours portée grâce à ses véhicules à la même livrée bleue, rehaussée depuis peu des couleurs flamboyantes du drapeau seychellois. Abribus(r) et marquage sur chaussée sont légion à travers les routes de l’île. À Mahé, ce ne sont pas les embouteillages ou l’asphyxie de la circulation qui poussent les habitants à opter pour les transports en commun. La densité de la population n’est pas trop élevée et les habitants sont assez bien répartis sur l’ensemble de l’île. Le parc est conséquent avec plus de 200 véhicules pour 70 000 habitants. Au-delà des historiques Tata, toujours prédominants, sont arrivés des Fiat Cacciamali et des Leyland Ashok. Le réseau est riche de 66 lignes, avec une gare routière, à Victoria, datant de 1997, qui a fière allure. Des services cadencés fonctionnent de 5 h 30 jusqu’à 19 h 30 avec, en plus, un service circulaire nocturne à 20 h 30. En outre, la SPTC est particulièrement impliquée dans la vie des Seychellois. Elle intervient pour la fourniture de bus à l’occasion de l’organisation de pique-niques, mariages, funérailles… pour des groupes variant de 10 à 50 passagers. Le réseau doit faire face aux mêmes problèmes que n’importe quel autre: présence d’agents de sécurité en civil, installation de caméras de vidéosurveillance, informatisation de la vente des titres de transport, mise en ligne des informations… Par exemple, depuis cet été, a été présenté au bureau exécutif de la société, le kit éthylotest, pour des contrôles aléatoires menés par la police auprès des conducteurs. Un problème qu’avait en son temps pressenti Guy Albert. “Nous serons amenés, demain, à employer davantage de conducteurs féminins car elles boivent moins que les hommes”, analyse-t-il à l’époque. La SPTC innove aussi. Depuis 2004, elle a mis en place un système de billetterie prépayée accessible grâce à un lecteur embarqué.

Aujourd’hui, celui qui a contribué à donner ses lettres de noblesse à la SPTC s’est tourné vers de nouveaux horizons, toujours dans l’archipel: une implication dans l’activité textile avec la société Agm Design Private Ltd.; une autre dans celle de transport de matériaux lourds avec Rapid Transport Ltd. et, avec d’autres membres de sa famille, dans une compagnie d’eaux minérales, GMMC (Guy, Maurice, and Marie-Claire Company) Private Ltd. Cette dernière exploite la marque Nouvelle Découverte à Praslin.

Au cours d’aujourd’hui: 100 Roupies Seychelloises = 6,20 euros.

Auteur

  • Jean-François Bélanger
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