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Modes doux

La Rochelle veut faire marcher ses habitants

Dans le cadre de la démarche Carrefour de Mobilité de Transdev, la mairie et l’agglomération de La Rochelle expérimentent des parcours originaux et ludiques pour inciter les gens à changer leurs habitudes de déplacement, et marcher dans la ville.

En matière de mobilité, La Rochelle a toujours eu une longueur d’avance. Sous l’impulsion de son maire Michel Crépeau, qui a tenu les rênes de la ville durant près de 30 ans, la cité charentaise n’a cessé de se distinguer par ses initiatives pionnières. C’est en effet sur cette terre de littoral que sont nés, dans les années soixante-dix, le premier secteur piétonnier de France et les vélos en libre-service, précurseurs des vélib’ parisiens. Ici aussi, a été lancée en 1997 la journée sans voiture. Dix ans plus tard, le vent vert insufflé par l’édile radical Michel Crépeau continue de transporter la ville vers des modes de déplacements toujours plus doux.

Des temps de marche surestimés

Après les voitures électriques, les vélos et les bateaux électro-solaires, la marche à pied est devenue le nouveau dada des élus locaux! Comme sur le Vieux-Port l’année dernière, ils ont désormais l’ambition de redonner de l’espace aux piétons dans des quartiers de la ville où la voiture règne en maître. Pour mieux repérer ces zones, une étude a été réalisée en 2015 afin d’identifier les itinéraires empruntés par les piétons, comme ceux qu’ils délaissent, même si les temps de trajet sont très courts. « On a repéré des lieux tout à fait fermés à la marche dans l’esprit des habitants, et on s’est aperçu que les gens surestimaient les temps de parcours », observe l’anthropologue Sonia Lavadinho, spécialiste de la marche urbaine et directrice du cabinet Bfluid. Elle a travaillé sur cette étude avec la mairie, la communauté d’agglomération de La Rochelle et Transdev, opérateur d’une partie du réseau de transport local Yélo.

Solutions frugales

Une première expérimentation est menée depuis cet été dans le quartier du canal, coincé à l’est de la ville entre le quartier touristique du Vieux-Port et le centre hospitalier de La Rochelle. Seulement 1 kilomètre et quinze minutes de marche à pied séparent les deux sites de la ville. Pourtant, dans l’inconscient collectif, le parcours n’est pas perçu comme un espace « marchable ». « Contrairement aux environs du marché et au quartier Saint-Nicolas, la zone du canal et du quai Maubec n’apparaissait pas dans les premières cartes mentales des gens », se souvient Sonia Lavadinho.

Pour y remédier et inciter les habitants à se réapproprier cet espace jusque-là dévolu à la voiture, les parties prenantes du projet ont dû procéder à des réaménagements urbains. Pas de grands chantiers longs et coûteux, mais des solutions simples, frugales, ludiques et rapides à mettre en œuvre. Une signalétique au sol aux couleurs de Yélo indique aux piétons les directions et les temps de trajet vers le centre-ville, la gare, le Vieux-Port ou le marché central. Des tables d’orientation, un belvédère et des installations artistiques signalent l’arrivée en centre-ville et invitent à ralentir le pas. Enfin, cerise sur le gâteau, la création d’un sentier gourmand, parsemé d’herbes aromatiques et de plantes sauvages, a permis d’ouvrir une passerelle naturelle et piétonne entre l’arrêt de bus Hôpital et le pont de Suire!

Les avis sont partagés

Trois mois après la mise en œuvre du projet Carrefour de Mobilité (voir encadré), « les résultats sont positifs et encourageants », se félicite Sonia Lavadinho. « Un quart des personnes interrogées affirment que cette expérimentation a changé leur vision du canal et 78 % s’expriment en faveur de sa poursuite. Pour le futur, ils nous demandent d’aller plus loin sur le développement de la nature en ville. Ils veulent plus d’arbres, plus de lieux de rencontre. »

Dans le quartier, il y a aussi des détracteurs, nostalgiques de leur ancien environnement. « Ils ont saccagé toute la haie avec les jasmins qui sentaient bon. Ils ont enlevé les six chaises publiques. Ils ont supprimé 5 ou 6 places de parking. On est accablés de voir une chose pareille », s’enflamme une riveraine, venue assister, le 22 septembre, à l’inauguration de ce carrefour de mobilité. « Que vous ayez supprimé les places de parking, c’est bien. Les cheminements piétons, c’est très bien. Mais il manque des bancs! », regrette pour sa part le président de l’association du quartier Saint-Nicolas. Sonia Lavadinho écoute les critiques et répond: « C’est un premier pas. Comme tout prototypage, il méritera d’être réajusté. Mettre les choses en mouvement et révéler les lieux, cet objectif a été atteint ».

Délais serrés et budget limité

La performance est d’autant plus remarquable qu’elle a été réalisée dans un cadre contraignant. Les équipes ont dû boucler le projet dans un délai serré de 9 mois, avec une enveloppe limitée à 300 000 €. Conséquences: toutes les idées imaginées au départ n’ont pas pu éclore dans la ville. « On avait des versions plus audacieuses, avec une rampe de skate flottante, des statues sur l’eau comme sur le lac Léman à Montreux », raconte Sonia Lavadinho. « Notre budget de départ a été divisé par deux », indique quant à lui Mathieu Vigerie, le jardinier permaculteur à l’origine du sentier gourmand. Il a donc dû réduire les frais au maximum et faire des choix. « Nous avons souhaité, dans un premier temps, faire un travail peu coûteux afin d’estimer les retombées », confirme Brigitte Desveaux, vice-présidente de la communauté d’agglomération de La Rochelle, en charge de la mobilité et des transports. Le challenge à venir autour de la place des Cordeliers, « jolie, mais asphyxiée par la circulation automobile » selon l’élue, sera une nouvelle occasion de mettre en œuvre des idées originales. Mathieu Vigerie cogite déjà sur la création d’un jardin mandala et d’un potager urbain pour les habitants du quartier.

La Rochelle: acte ii du Carrefour de Mobilité de Transdev

Transdev a inauguré la démarche Carrefour de Mobilité en 2014, à Échirolles dans l’agglomération grenobloise.

Dans le cas de La Rochelle, le Carrefour de Mobilité a pour objectif de faire découvrir de nouveaux parcours piétons, notamment aux usagers des transports en commun, et de les préparer à leur futur réseau de transport. La DSP de l’exploitation des lignes de transport public urbain de l’agglomération de La Rochelle est en effet en cours de renouvellement.

À Échirolles et à La Rochelle, Transdev a utilisé la même méthode. Elle repose sur six ingrédients:

1. Un diagnostic à 360° pour définir en un temps record la liste des actions à mener en priorité.

2. La technique du sprint. D’une durée d’un mois, chaque sprint comprend un plan d’action, des objectifs à réaliser et une analyse des résultats.

3. La dimension locale pour plus de réactivité, et des solutions sur mesure.

4. Le test de solutions frugales fondées sur des éléments évolutifs et modulables.

5. La co-construction avec les usagers.

6. La mesure des résultats à l’aide de capteurs, d’enquêtes qualitatives, etc.

Auteur

  • Marie-Noëlle Frison
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